‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 244 sur 292 · ACTE II, SCÈNE V. 4ii · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. 4ii

LYSANDER

Laissez-leur garder leur concpiête.

Peut-être qu'Elpinice avec plaisir s'apprête A vous laisser ailleurs trouver un sort plus doux , Quand un autre pour elle a d'autres yeux que vous, Qu elle cède ce cœur à celle qui le vole , Et qu'en ce même instant qu'on vous le surprenoit, Un pareil attentat sur sa propre parole Lui déroboit celui qu'eUe vous destinoit. Surtout ne craignez rien du côté d'Aglatide; Je puis répondre d'elle ; et quand j'aurai parlé , Vous verrez tout son cœur, où mon pouvoir préside. Vous payer de celui qu'eUe vous a volé.

COTYS.

Ah I seigneur, pour ce vol je ne me plains pas d'elle.

LYSANDER

Et de qui donc?

COTYS.

L'amour s'y sert d'une autre main.

LYSANDER

L'amour !

COTYS.

Oui, cet amour qui me rend infidèle....

LYSANDER

Seigneur, du nom d'amour n'abusez point en vain , Dites d'Agésilas la haine insatiable ; C'est elle, dont l'aigreur auprès de vous m'accable , Et qui de jour en jour s'animant contre moi, Pour me perdre d'honneur m'enlève votre foi.

4i2 AGÉSILAS.

COTYS.

Ah ! s'il y va de votre gloire ^ Ma parole est donnée, et, dussé-je en mourir ^ Je la tiendrai y seigneur, jusqu'au dernier soupir; Mais, quoi que la surprise ait pu vous faire croire,

iTaccusez point Agésilas D'un crime de mon cœur que même il ne sait pas. Mandane , qui m'ordonne à vos yeux de le dire , Vous montre assez par là quel souverain empire

L'amour lui donne sur ce cœur.

Ne considérez point si j'aime ou si l'on m'aime; En matière d'honneur ne voyez que vous-même. Et disposez de moi comme veut cet honneur.

LTSANDER.

L'amour le fera mieux; ce que j'en viens d'apprendre M'oflfre un sujet de joie où j'en voyois d'ennui :

Épouser la sœur de mon gendre

C'est le devenir comme lui.

Aglatide d'ailleurs n'est pas si délaissée Que votre exemple n'aide à lui trouver un roi; Et, pour peu que le ciel réponde à ma pensée. Ce sera plus de gloire et plus d'appui pour moi. Aussi ferai-je plus : je veux que de moi-même Vous teniez cet objet qui vous fait soupirer; Et Spitridate, à moins que de m'en assurer,

N'obtiendra jamais ce qu'il aime.

Je veux dès aujourd'hui savoir d' Agésilas S'il pourra consentir à ce double hyménée ,

Dont ma parole étoit donnée.

Sa haine apparemment ne m'en avoûra pa^ :

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