‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 254 sur 292 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

D'aller finir sous d'autres cieux.

C'éloit là mon dessein ; mais celte même envie Qui me fait près de vous un si malheureux sort Ne sauroit endurer ni l'éclat de ma vie.

Ni l'obscurité de ma mort.

AGESILAS

Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'envie et la haine

^ Ont persécuté les héros.

Hercule en sert d'exemple , et l'histoire en est pleine : Nous ne pouvons souffrir qu'ils meurent en repos. Cependant cet exil, ces retraites paisibles. Cet unique souhait d'y terminer leurs jours , Sont des mots bien choisis à remplir leurs discours ; Ils ont toujours leur grâce , ils sont toujours plausibles :

Mais ils ne sont pas vrais toujours ; Et souvent des périls, ou cachés ou visibles. Forcent notre prudence à nous mieux assurer

Qu'ib ne veulent que figurer.

Je ne m'étonne point qu'avec tant de lumières

Vous ayez prévu mes refus ; Mais je m'étonne fort que , les ayant prévus. Vous n'en ayez pu voir les raisons bien entières. Vous êtes un grand homme, et, de plus , mécontenta J'avoûrai plus encor , vous avez lieu de l'être. Ainsi de ce repos où votre ennui prétend Je dois prévoir en roi quel désordre peut naître , Et regarde en quels lieux il vous plaît de porter Des chagrins qu'en leur temps on peut voir éclater. Ceux que prend pour exil ou choisit pour asile

Ce dessein d'une mort tranquille,

424 AGÉSILAS

Des Perses et des Grecs séparent les états.

L'assiette en est heureuse, et Faccès difficile j

Leurs maîtres ont du cœur, leurs peuples ont des bras;

Ils viennent de nous joindre avec une puissance

A beaucoup espérer, à craindre beaucoup d'eux;

Et c'est mettre en leurs mains une étrange balance.

Que de mettre à leur tête un guerrier si fameux.

C'est vous qui les donnez l'un et l'autre à la Grèce :

L'un fut ami de Perse , et l'autre son sujet.

Le service est bien grand, mais aussi je confesse

Qu'on peut ne pas bien voir tout le fond du projet.

Votre intérêt s'y mêlé en les prenant pour' gendres;

Et si par des liens et si forts et si tendres

Vous pouvez aujourd'hui les attacher à vous,

Vous vous les donnez plus qu'à nous.

Si malgré le secours, si malgré les services Qu'un ami doit à l'autre, un sujet à son roi, Vous les avez tous deux arrachés à leur foi , Sans aucun droit sur eux , sans aucuns bons offices^

Avec quelle facilité N'immoleiront-ils point une amitié nouvelle

A votre courage irrité , Quand vous ferez agir toute l'autorité De l'amour conjugale et de la paternelle! Et que l'occasion aura d'heureux moments

Qui flattent vos ressentiments!

Vous ne nous laissez aucun gage; Votre sang tout entier passe avec vous chez eux. Voyez donc ce projet connne je l'envisage. Et dites si pour nous il n'a rien de douteux.

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