‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 255 sur 292 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Vous avez jusqu'ici fait parôître un vrai zèle , Un cœur si généreux, une âme si fidèle. Que par toute la Grèce on vous loue à Fenvî : Mais lé temps quelquefois inspire uue autre envie. Comme vous Thémistocle avoit fort bien servi. Et dans la cour de Perse il a fini sa viel

LYSANDER

si c'est avec raison que je suis méooiitient.

Si vous-même avouez que j'ai lieu dé me plaindre,

Et si jusqu'à te point on me croit important

Que mes ressentiments puissent vous être à craindre,

Oserois-je vous demander

Ce que vous a fait Lysander Pour leur donner ici chaque jour de quoi naître , Seigneur? et s'il est vrai qu'un homme tel que moi , Quand il est mécontent , peut desservir son roi ,

Pourquoi me forcez-vous à l'être?

Quelque avis que je donne, il n'est point écouté; Quelque emploi que j'embrasse, il m'est soudain ôté : Me choisir pour appui, c'est courir à sa perte. Vous changez en tous lieux les ordres que j'ai mis; Et, comme s'il falloit agir à guerre ouverte.

Vous détruisez tous mes amis , Ces amis dont pour vous je gagnai les suffrages Quand îl fallut aux Grecs élire un général , Eux qui vous ont soumis les plus nobles courages, Et fait ce haut pouvoir qui leiir est si fatal. Leur seul amour pour moi les livre à leur ruine ; Il leur coûte l'honneur, l'autorité, le bien : Cependant plus j'y songe, et plus je nùi'examine^

4^6 âgésilas.

Moins je trouve ^ seigneur ^ à me reprocher rien.

AGESILAS

Dites tout f vous avez la mémoire trop bonne Pour avoir oublié que vous me fîtes roi ,

Lorsqu'on balança ma couronne

Entre Léotychide et moi.

Peut-être n'osez-vous me vanter un service

Qui ne me rendit que justice , Puisque nos lois vouloient ce qu'il sut maintenir; Mais moi qui l'ai reçu , je veux m'en souvenir. Vous m'avez donc fait roi , vous m'avez de la Grèce Contre celui de Perse établi général; Et quand je sens dans l'âme une ardeur qui me presse

De ne m'en revancher pas mal, A peine sommes-nous arrivés dans Éphèse, Où de nos alliés j'ai mis le rendez-vous , Que, sans considérer si j'en serai jaloux,

Ou s'il se peut que je m'en taise ,

Vous vous saisissez par vos mains

De plus que votre récompense ; Et tirant toute à vous la suprême puissance *

Vous me laissez des titres vains.

On s'empresse à vous voir, on s'eflforce à vous plaire; On croit lire en vos yeux ce qu'il faut qu'on espère; On pense avoir tout fait quand on vous a parlé. Mon palais près du vôtre est un lieu désolé; Et le généralat comme le diadème

* Voyez la préface de Voltaire, fl devait convenir que , si Texécntion de cette scène est défectueuse , l'intention en est très belle ' encore, et digne de Corneille, P.

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