ACTE III, SCÈNE IL 43i
XENOCLÈS.
Oui : mais enfin , seigneur , il est temps de le dire. Tout soumis qu'il paroît , apprenez qu'il conspire ,. Et par où sa vengeance espère y réussir. Ce confident choisi, Cléon d'Halicarnasse,
Dont l'éloquence a tant d'éclat , Lui vend une harangue à renverser l'état. Et le mettre bientôt lui-même en votre place. En voici la copie, et je la viens d'avoir D'un des siens sur qui l'or me donne tout pouvoir. De l'esclave Damis, qui sert de secrétaire
A cet orateur mercenaire ,
Et plus mercenaire que lui.
Pour être mieux payé vous la livre aujourd'hui. On y soutient, seigneur, que notre république Va bientôt voir ses rois devenir ses tyrans , A moins que d'en choisir de trois ans en trois ans ,
Et non plus suivant l'ordre antique
Qui règle ce choix par le sang ; Mais qu'indifféremment elle doit à ce rang Élever le mérite et les rares services.
J'ignore quels sont les complices :
Mais il pourra d'Éphèse écrire à ses amis ; Et soudain le paquet entre vos mains remis
Vous instruira de toutes choses.
Cependant j'ai fait mon devoir.
Vous voyez le dessein , vous en savez les causes , Votre perte en dépend ; c'est à vous d'y pourvoir.
AGESILAS
A te dire le vrai , l'affaire m'embarrasse ; ^
432 âgésilas.
J'ai peine à démêler ce qu'il faut que je fasse , Tant la confusion de mes raisonnements
Étonne mes ressentiments.
Lysander m'a servi ; j'aurois une âme ingrate Si je mëconnoissois ce que je tiens de lui ; Il a servi l'état^ et si son crime éclate ,
Il y trouvera de l'appui.
Je sens que ma reconnoissance Ne cherche qu'un moyen de le mettre à couvert : Mais enfin il y va de toute ma puissance ;
Si je ne le perds, il. me perd.
Ce que veut l'intérêt , la prudence ne l'ose ; Tu peux juger par là du désordre où je suis. Je vois qu'il faut le perdre ; et plus je m'y dispose ,
Plus je doute si je le puis.
Sparte est un état populaire Qui ne donne à ses rois qu'un pouvoir limité ;
On peut y tout dire et tout faire
Sous ce grand nom de liberté.
Si je suis souverain en tête d'une armée , .
Je n'ai que ma voix au sénat , Il faut y rendre compte ; et tant de renommée Y peut avoir déjà quelque ligue formée.
Pour autoriser l'attentat.
Ce prétexte flatteur de la cause publique. Dont il le couvrira si je le mets au jour , Tournera bien des yeux vers cette politique Qui met chacun en droit de régner à son tour. . Cet espoir y pourra toucher plus d'un courage ; Et quand sur Lysander j'aurai fait choir l'orage , ,