ACTE III, SCÈNE I
Que des raisons d'état et de jalouses craintes Qui me font malheureux et non pas criminel. Non, seigneur, que je veuille être assez téméraire Pour oser d'injustice accuser mes malheurs : L'action la plus belle a diverses couleurs; Et lorsqu'un roi prononce , un sujet doit se taire* Je voudrois seulement vous faire souvenir Que j'ai près de trente ans commandé nos armées Sans avoir amassé que ces nobles fiimées
Qui gardent les noms de finir.
Sparte, pour qui j'allois de victoire en victoire, M'a toujours vu pour fruit n'en vouloir que la gloire^ Et faire en son épargné entrer tous les trésors Des peuples subjugués par mes heureux efforts. Vou&-même le savez, que, quoi qu'on m*aiuvu faire, Mes filles n'ont pour dot que le nom de leur père; Tant il est vrai, seigneur, qu'en un si loiig emploi J'ai tout fait pour l'état, et n'ai rien fait pour mol. Dans ce manque de bien Cotys et Spitridate , L'un roi, l'autre en pouvoir égal peut-être aux rois, M'ont assez estimé pour y bortier leur choix ; Et quand de les pourvoir un doux espoir me flatte ,
Vous semblez m'envier un bien Qui fait ma récompense, et ne vous coûte rien.
AGESILAS
Il nous seroit honteux que des mains étrangères Vous payassent pour nous de ce qui vous est dû. Tôt ou tard le mérite a ses justes salaires , Et son prix croît souvent plus il est attendu. D'ailleurs n'auroit-on pas quelque lieu de vous dire.
43o A6ÉSILAS.
Si je vous permettoîs d'accepter ces partis^
Qu'amenant avec nous Spitridate et Cotys^
Vous auriez fait pour vous plus que pour notre empire^
Que vos seuls intérêts vous auroient fait agir?
Et pourriez-vous enfin l'entendre sans rougir ?
Vos filles sont d'un sang que Sparte aime et révère
Assez pour les payer des services d'un père.
Je veux bien en répondre , et moi-même au besoin
J'en ferai mon aflfaire , et prendrai tout le soin.
LYSANDER
Je n'attendois , seigneur^ qu'un mot si favorable
Pour fifliir envers vous mes importunités ;
Et je ne craindrai plus qu'aucun malheur m'accable,
Puisque vous avez ces bontés.
A^latide surtout aura l'âme ravie
De perdre un époux à ce prix j Et moi, pour me venger de vos plus durs mépris, Je veux tout de nouveau vous consacrer ma vie.