‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 268 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

SPÏTRIDATE.

N'égalez point au mien un feu mal allumé. Le sexe vous apprend à régner sur vos âmes.

MANDÂNE.

Dites qu'il nous apprend à renfermer nos flammes.

Dites que voire ardeur à force d'éclater ,

S'exhale, se dissipe, ou du moins s'exténue.

Quand' la nôtre grossit sous cette retenue

Dont le joug odieux ne sert qu'à l'irriter.

Je vous parle , seigneur , avec une âme ouverte ;

Et si je vous voyois capable de raison,

Si quand l'amour domine elle étoit de saison....

SPÏTRIDATE.

Ah î si quelque lumière enfin vous est offerte , Expliquez-vous , de grâce , et pour le commun bien Vous ni moi ne négligeons rien.

MANDANE

Notre amour à tous deux ne rencontre qu'obstacles

Presque impossibles à forcer; Et si pour nous le ciel n'est prodigue en miracles , Nous espérons en vain nous en débarrasser. Tirons-nous une fois de cette servitude

Qui nous fait un destin si rude.

Bravons Agésilas , Çotys et Lysander.

Qu'ils s'accordent sans nous s'ils peuvent s'accorder. Dirai-je tout? cessons d'aimer et de prétendre,

Et nous cesserons d'en dépendre.

SPÏTRIDATE.

N'aimer plus! Ah! pia sœur!

446 AGÉSILAS-

HANDAiri:»

J'^n soupire à mon tour; Mais un grand cceur doit être ^U-dessus de lamour. Quel qu'en soit le pouvoir^ quelle qu'en soit l'atteinte.

Deux ou trois soupirs étouâfés, *.

Un moment de murmure, une heure de contrainte. Un orgueil noble et ferme , et vous en triomphez.

N'avons-nous secoué le joug de notre prince Que pour choisir des fers dans une autre province? Ne cherchons-nous ici que d'illustres tyrans

Dont les chaînes plus glorieuses Soumettent. nos destins aux obscurs différends

De leurs haines mystérieuses?

Ne cherchons-nous ici que les occasions De fournir de matière à leurs divisions. Et de nous imposer un plus rude esclavage Par la nécessité d'obtenir leur suffrage? Puisque nous y cherchons tous deux la liberté. Tâchons de la goûter, seigneur, en sûreté. Réduisons nos souhaits à la cause publique.

N'aimons plus que par politique ; Et, dans la conjoncture où le ciel nous a mis. Faisons des protecteurs , sans faire d'ennemis. A quel propos aimer, quand ce n'est que déplaire

A qui nous peut nuire ou servir ?

S'il nous ert faut Tappui, pourquoi nous le ravir? Pourquoi nous attirer sa haine et sa colère?

SPITRIOATE.

Oui, ma sœur, et j'en suis d'accord; Agésilas, ici maître de notre sort,

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