ACTE IV, SCÈNE III
SPÏTRIDATE.
N'égalez point au mien un feu mal allumé. Le sexe vous apprend à régner sur vos âmes.
MANDÂNE.
Dites qu'il nous apprend à renfermer nos flammes.
Dites que voire ardeur à force d'éclater ,
S'exhale, se dissipe, ou du moins s'exténue.
Quand' la nôtre grossit sous cette retenue
Dont le joug odieux ne sert qu'à l'irriter.
Je vous parle , seigneur , avec une âme ouverte ;
Et si je vous voyois capable de raison,
Si quand l'amour domine elle étoit de saison....
SPÏTRIDATE.
Ah î si quelque lumière enfin vous est offerte , Expliquez-vous , de grâce , et pour le commun bien Vous ni moi ne négligeons rien.
MANDANE
Notre amour à tous deux ne rencontre qu'obstacles
Presque impossibles à forcer; Et si pour nous le ciel n'est prodigue en miracles , Nous espérons en vain nous en débarrasser. Tirons-nous une fois de cette servitude
Qui nous fait un destin si rude.
Bravons Agésilas , Çotys et Lysander.
Qu'ils s'accordent sans nous s'ils peuvent s'accorder. Dirai-je tout? cessons d'aimer et de prétendre,
Et nous cesserons d'en dépendre.
SPÏTRIDATE.
N'aimer plus! Ah! pia sœur!
446 AGÉSILAS-
HANDAiri:»
J'^n soupire à mon tour; Mais un grand cceur doit être ^U-dessus de lamour. Quel qu'en soit le pouvoir^ quelle qu'en soit l'atteinte.
Deux ou trois soupirs étouâfés, *.
Un moment de murmure, une heure de contrainte. Un orgueil noble et ferme , et vous en triomphez.
N'avons-nous secoué le joug de notre prince Que pour choisir des fers dans une autre province? Ne cherchons-nous ici que d'illustres tyrans
Dont les chaînes plus glorieuses Soumettent. nos destins aux obscurs différends
De leurs haines mystérieuses?
Ne cherchons-nous ici que les occasions De fournir de matière à leurs divisions. Et de nous imposer un plus rude esclavage Par la nécessité d'obtenir leur suffrage? Puisque nous y cherchons tous deux la liberté. Tâchons de la goûter, seigneur, en sûreté. Réduisons nos souhaits à la cause publique.
N'aimons plus que par politique ; Et, dans la conjoncture où le ciel nous a mis. Faisons des protecteurs , sans faire d'ennemis. A quel propos aimer, quand ce n'est que déplaire
A qui nous peut nuire ou servir ?
S'il nous ert faut Tappui, pourquoi nous le ravir? Pourquoi nous attirer sa haine et sa colère?
SPITRIOATE.
Oui, ma sœur, et j'en suis d'accord; Agésilas, ici maître de notre sort,