‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 273 sur 292 · ACTE IV, Scène v · texte numérisé non relu

ACTE IV, Scène v

Au plus digne de vos mépris.

MANDANE

Donnez-moi donc, madame, un cœur comme le vôtre, Et je vous les redonne une seconde fois ;

Ou , si c'est trop de l'un et l'autre , Laissez-m'en le rebut , et prenez-en le choix.

AGLATIDE.

Si vous leur ordonniez à tous deux de m'en croire. Et que l'obéissance eût pour eux quelque appas. Peut-être que mon choix satisferoit ma gloire , Et qu'enfin mon rebut ne vous déplairoit pas.

MANDANE

Qui peut vous assurer de cette obéissance ?

Les rois même en amour savent mal obéir;

Et les plus enflammés s'efforcent de haïr

Sitôt qu'on prend sur eux un peu trop de puissance.

Je vois bien ce que c'est, vous voulez tout garder. Il est honteux de rendre une de vos conquêtes ; Et quoi qu'au plus heureux le cœur veuille accorder. L'œil règne avec plaisir sur deux si grandes têtes. Mais craignez que je n'use aussi de tous mes droits. Peut-être en ai-je encor de garder quelque empire

Sur l'un et l'autre de ces rois , Bien qu'à l'envi pour vous l'un et l'autre soupire ; Et si j'en laisse faire à mon esprit jaloux. Quoique la jalousie assez peu m'inquiète , Je ne sais s'ils pourront l'un ni l'autre pour vous

Tout ce que votre cœur souhaite.

454 AGÉSILAS

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