‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 40 sur 292 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

Il est doux de revoir les mors de la patrie : C'est elle par ma voix^ seigneur, qui vous en prie ; C'est Rome....

SERTORIUS

Le séjour de votre potentat , Qui n'a que ses fureurs pour maximes d'état ? * Je n'appelle plus Rome un enclos de murailles Que ses proscriptions comblent de funérailles ; Ces murs dont le destin fut autrefois si beau , M'en sont que la prison , ou plutôt le tombeau : Mais, pour revivre aiUeurs dans sa première force ^ Avec les faux Romains elle a fait plein divorce ; Et comme autour de moi j'ai tous ses vrais appuis , Rome n'est plus dans Rome , elle est toute où je suis.

Parlons pourtant d'accord. Je ne sais qu'une voie Qui puisse avec honneur nous donner cette joie. Unissons-nous ensemble , et le tyran est bas : Rome à ce grand dessein ouvrira tous ses bras. Ainsi nous ferons voir l'amour de la patrie , Pour qui vont les grands cœurs jusqu'à l'idolâtrie;

> Voilà encore un des plaa beaux endroits de Corneille : il y a de la force , de la grandeur , de la vérité ; et même il est supérieurement écrit , à quelques négligences , à quelques fatniliaiités prés ; comme le tyran eat bas , donner cette joie , ouvrir t0U9 ses bras, Madê quand une expression familière et commune est bien placée et fait un contraste, alors elle tient presque du sublime : tel est ce vers:

Je n*appelle plus Kome un enclos de murailles.

Ce mot enclos , qui ailleurs est si commun et même bas , s^nno^ blit ici y et fait un très beau contraste aveic ce vers admirable ; •

Eone n*est plus dans Rome , elle est toute o& je suis.

84 SERTORIÛS.

Et nous épai^[iierons ces flots de sang romain

Que versent tous les ans votre bras et ma main<

POMPÉE

Ce projet, qui pour vous est tout brillant de gloire, N'auroit-il rien pour moi d'une action trop noire? Moi qui commande ailleurs, puis-je servir sous vous?

SERTORIUS

Du droit de commander je ne suis point jaloux ; Je ne l'ai qu'en dépôt : et je vous l'abandonne. Non jusqu'à vous servir de ma seule personne ; Je prétends un peu plus : mais dans cette union De votre lieutenant m*envtriea&-vous le nom?

POMPEE

De pareils lieutenants n'ont des chefs qu'en idée;

Leur nom retient pour eux l'autorité cédée;

Ils n'en quittent que l'ombre; et l'on ne sait que c'est '

De suivre ou d'obéir que suivant qu'il leur plaît.

Je sais une autre voie , et plus noble , et plus sûre.

SyUa, si vous voulez, quitte sa dictature;

Et déjà de lui-même il s'en seroit démis.

S'il voyoit qu'en ces lieux il n'eût plus d'ennemis.

Mettez les armes bas, je réponds de l'issue,

J'en donne ma parole après l'avoir reçue.

Si vous êtes Romain , prenez l'occasion.

SERTORIUS

Je ne m'éblouis point de cette illusion.

> Il faut éviter ces expressions triviales que c'est, qui n'est pas français , et ce que c'eêi , qui , étant plus régulier , est dur à Toreille et da style de conversation.

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