ACTE III, SCÈNE IV
ARISTIE
Ce cjué voiis m'enseignez.
POMPÉE
Éteindre un tel amour ! '
ARISTIE
Vous-même l'éteig^ez.
POMPEE
La victoire aura droit de le faire renaître.
ARISTIE
Si ma haine est trop foible , elle la fera croître»
POMPEE
Pourrez-vous me haïr?
ARISTIE
J'en fais tous mes souhaits.
POMPEE
Adieu donc pour deux jours.
ARISTIE
Adieu pour tout jamais. *
' Si Pompée est en effet si amoureux, il n'a pas dû se séparer d'Aristie ; et s'il n'a pas une passion violente , tout ce qu'il dit de cet amour refroidit au lieu d'échaufferé
A Pour jamais est bien plus fort que /}0<<r tout jamais. Ce dialogue pressé , rapide , coupé , est souvent , dans Corneille , d'une grande beauté. U ferait beaucoup d'effet entre deux amans ; il n'en fait point entre un mari et une femme qui ne sont pas dans une situation assez douloureuse. U était impossible de faire d'un tel sujet une véritable tragédie. Les demi -passions ne réussissent jamais à la longue; et les intérêts politiques peuvent tout au plus produire VIII. 7
98 SERTORIDS.
quelques beans vers qu'on aime 4 citer. Ia seule scène de Sertorios et de Pompée suffisait alors à une nation qui sortait des guerres civiles. On n'avait rien d'aucun auteur qu'on pût comparer à ce morceau suMime, et on pardonnait à tout le reste en £iveur de ces beautés qui n'appartenaient , dans le monde entier , qu'à Corneille.
FIN DU TROISIEME ACTE