‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 48 sur 292 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

ARISTIE

Ce cjué voiis m'enseignez.

POMPÉE

Éteindre un tel amour ! '

ARISTIE

Vous-même l'éteig^ez.

POMPEE

La victoire aura droit de le faire renaître.

ARISTIE

Si ma haine est trop foible , elle la fera croître»

POMPEE

Pourrez-vous me haïr?

ARISTIE

J'en fais tous mes souhaits.

POMPEE

Adieu donc pour deux jours.

ARISTIE

Adieu pour tout jamais. *

' Si Pompée est en effet si amoureux, il n'a pas dû se séparer d'Aristie ; et s'il n'a pas une passion violente , tout ce qu'il dit de cet amour refroidit au lieu d'échaufferé

A Pour jamais est bien plus fort que /}0<<r tout jamais. Ce dialogue pressé , rapide , coupé , est souvent , dans Corneille , d'une grande beauté. U ferait beaucoup d'effet entre deux amans ; il n'en fait point entre un mari et une femme qui ne sont pas dans une situation assez douloureuse. U était impossible de faire d'un tel sujet une véritable tragédie. Les demi -passions ne réussissent jamais à la longue; et les intérêts politiques peuvent tout au plus produire VIII. 7

98 SERTORIDS.

quelques beans vers qu'on aime 4 citer. Ia seule scène de Sertorios et de Pompée suffisait alors à une nation qui sortait des guerres civiles. On n'avait rien d'aucun auteur qu'on pût comparer à ce morceau suMime, et on pardonnait à tout le reste en £iveur de ces beautés qui n'appartenaient , dans le monde entier , qu'à Corneille.

FIN DU TROISIEME ACTE

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