‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 50 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE I. loi · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I. loi

SERTORIUS

Il n'en est rien parti capable de me nuire, Qu'un soupir échappé ne dut soudain détruire : Mais la reine, sensible à de nouveaux désirs, Entendoit mes raisons, et non pas mes soupirs.

THAMIRE

Seigneur, quand un Romain, quand un héros soupire. Nous n'entendons pas bien ce qu'un soupir veut dire ; Et je vous servirois de meilleur truchement, Si vous vous expliquiez un peu plus clairement. Je sais qu'en ce climat , que vous nommez barbare , L'amour par un soupir quelquefois se déclare : Mais la gloire, qui fait toutes vos passions. Vous met trop au-dessus de ces impressions; De tels désirs , trop bas pour les grands cœurs de Rome. . .

SERTORIUS

Âh ! pour être Romain , je n'en suis pas moins homme : ' J'aime, et peut-être plus qu'on n'a jamais aimé; '

un peu (Temportement euix plus humbles devoirs d'un accahîement ! eiiûn Tantre qui lui réplique qu'iV n'en est rien parti capable de lui nuire, et qu'un soupir échappé ne pûi détruire ! Ce n'est pas le lutin qui a fait de tels vers.

> Ce vers a quelque chose de comique ; aussi est-il excellent dans la bouche du Tartufe , qui dit :

Ah ! pour être dévot , je n'en suis pas moins homme. Mais il n'est pas permis à Sertorius de parler comme le Tartufe.

• Ce vers prouve encore qae ceux qui ont dit que Corneille dédaignait de faire parler d'amour ses héros , se sont bien trompés. Ce vers est d'autant plus déplacé dans la bouche de Sertorius , qu41 n'a rien dit jusqu'ici qui puisse faire croire qu'il ait une grande passion. Rien

I03 SERTORIUS

Malgré mon âge et moi ^ mon cœur s'est enflammé.

J'ai cru pouvoir me vaincre, et toute mon adresse

Dans mes plus grands efforts m'a fait voir ma foiblesse ;

Ceux de la politi<pe, et ceux de l'amitié ,

M'ont mis en un état à me faire pitié.

Le souvenir m'en tue, et ma vie incertaine

Dépend d'un peu d'espoir que j'attends de la reine.

Si toutefois....

THAMIRE

Seigneur, elle a de la bonté; Mais je vois son esprit fortement irrité ; Et si vous m'ordonnez de vous parler sans feindre , Vous pouvez espérer, mais vous avez à craindre. N'y perdez point de temps, et ne négligez rien ; C'est peut-être un dessein mal ferme cjue le sien. La voici. Profitez des avis qu'on vous donne. Et gardez bien surtout qu'elle ne m'en soupçonne. *

ne déplait plos au théâtre que les expressions fortes d'un sentiment faible ; plus on cherche alors à attacher , et moins on attache.

Et qu'est-ce qu'une reine qui est sensible â de nouveaux désirs, et qui entend des raisons et non pas des soupirs? Et cette suivante qui n'entend pas bien ce qu'un soupir veut dire , et qui serait un meilleur truchement ? Non , jamais on n'a rien mis de plus maurais sur la scène tragique: On dira tant qu'on voudra que cette critique est dure ; je dois et }e veux la publier , parce que je déteste le mauvais autant que j'idolâtre le bon.

' Profilez de mes avis , mata ne me nommez pas ; discours de soubrette ridicule. A quoi sert cette froide scène de comédie ? Mais il faut remplir son acte f mais il faut donner à un parterre , sonvent ignorant , grossier et tumultueux » trois cents vers pour les cinq sous ^u'on payait alors. Non y il faut bien plutôt ne donner que deux cents beaux vers par acte , que trois cents mauvais. JX ne faut point

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