‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 51 sur 292 · SCÈNE 11/ VIRIATE, SERTORIUS, THAMJRE · texte numérisé non relu

SCÈNE 11/ VIRIATE, SERTORIUS, THAMJRE

VIRIATE

On m'a dit qu'Arisûe a manqué son prc^et. Et que Pompée échappe à cet illustre objet. Seroit-il vrai , seigneur?

prostitaer ainm Fart de la poésie. Il est. honteux qu'il y ait en France on parterre où les spectateurs sont debout , pressés , gênés , nécessairement tumultueux; peut-être c'est encore un mal qu'on donae des spectacles tous les jours; s'ils étaient plus rares, ils pourraient devenir meilleurs :

Foluptatet commendat rurior utus,

^ Cette scène remplie d'ironie et de coquetterie semble bien .peu convenable à Sertorins et à Viriate. Les vers en paraissent aussi contraints que les sentimens. Mais quand on voit ensuite Sertorius qui dit qu'il aime malgré ses cheveux gria , et qu*il a cru qu'il ne lui en coûterait que deux ou trois soupirs , Sertorius parait trop petit. Viriate d'ailleurs lui dit à peu prés les mêmes choses qu'Aristie a dites à Pompée. li'ane dît x Me voulez-vous T ne me voule%-vous pas ? l'autre dit ! M'aimes^vous f L'une veut que Pompée lui rende sa main ; l'autre , que Sertorius lui donne sa main. Pompée a parlé politique à sa femme ; Sertorius parle politique à sa maîtresse. Viriate lui dit : Vous savez que Vamour n'est pas ce qui me presse. L'un et l'autre s'épuisent en raisonnemens. Enfin Viriate finit cette scène en disant :

Je sois reine; et qui sait porter une conronne, Quand il a prononoé , n'aime point qu'on raisonne.

Cest parler à Sertorius , dont elle dépend , comme si elle parlait & son domestique ; et ce n* aime point qu'on raisonne est d'un comique qui n'est pas supportable. La Hextê est ridicule , quand elle n'est pas à sa place.

io4 ^ SERTORIUS.

SCRTORIUS.

Il est trop vrai , madame ; Mais y bien qu'il l'abandonne , il l'adore dans l'âme ^ Et rompra , m'a-t-il dit , la trêve dès demain , S'il voit qu'eUe s'apprête à me donner la main.

VIRÏATE.

Vous vous alarmez peu d'une telle menace ?

SERTORIUS

Ce n'est pas en effet ce qui plus m'embarrasse. Mais vous^ pour Perpenna qu'avez-vons résolu?

VlRlATE.

D'obéir sans remise au pouvoir absolu ; *

Et si d'une offre en l'air votre âme encor frappée

Veut bien s'embarrasser du rebut de Pompée,

» Obéir sans remise , une offre en Voir, euaurer des nœuds, une frénésie poussée au dernier éclat.

Quels Ters ! quelles expressions ! Et de petits écoliers oseront me reprocher d'être trop sévère ! *

* Ces écoliers dont Voltaire parle avec indignation , et qn*il eût afiSigés davantage en n'en parlant pas , étaient les écrivains k la semaine , qpij lorsque cet ouvrage parut , s'érigèrent tous en vengeurs de Corneille, moins par zèle pour sa mémoire, que pour outrager Voltaire. Aucnn d'eux n'eût été capable de faire une seule des excellentes remarques dispersées dans ce commentaire ; mais ils relevèrent avec arrogance celles où Voltaire a pu se tromper, tandis qu'ils se récriaient d'admiration même sur les défauts les plus évidens de Corneille. Si l'on en croyait ces critiques, Théodore, Pertharite , Attila même, étaient des ouvrages 6n le génie de ce grand homme se montrait encore tout entier , et très supérieurs aux meilleures tragédies de Voltaire , qui ne les avait décriés que par jalousie. Tel était le zèle de ces messieurs pour la gloire d'un mort qu'ils auraient outragé pendant sa vie. Mais d'où venait leur emportement contre Voltaire ? du sentiment de leur médiocrité , qui les avertissait de son mépris. P.

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