‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 55 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE IL m · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL m

Ayant que de souscrire à Thymen d'une reine; Et nous n'en fléchirons jamais k diiireté y A moins qu'elle nous doive et gloire et liberté.

VIRIATE

Je vous avoûrai plus, seigneur : loin d'y souscrire.

Elle en prendra pour vous une haine où j'aspire, *

Un courroux implacable , un orgueil endurci j

El c'est par où je veux vous arrêter ici.

Qu'ai-je à faire dans Rome ? et pourquoi , je vous prie?. . .

SERTORIUS

Mais nos Romains, madame, aiment tous leur patrie; Et de tous leurs travaux l'unique et doux espoir, C'est de vaincre bientôt assez pour la revoir. * '

VIRIATE

Pour les enchaîner tous sur les rives du Tage , Nous n'avonà qu'à laisser Rome dans l'esclavage : Ils aimeront à vivre et sous vous et sous moi , Tant qu'ils n'auront qu'un choix d'un tyran ou d'un roi .

SERTORIUS

Ils ont pour l'un et l'autre une pareille haine , Et n'obéiront point au mari d'une reine.

VIRIATE

Qu'ils aillent donc chercher des climats à leur choix , Où le gouvernement fi'ait ni tyrans ni rois.

> Prendre une haine t aspirer à une haine ! un orgueil endurci f et c'eat par là qu'on veut tarrêler ici /

* Vaincre assez pour revoir Rome ! *

^ Ce n*était , en efTet , qne par des victoires réitérées qae les compagnons de Sertorias pouvaient se flatter de revoir leur patrie ; et noas ne voyons j pas ce qiue Voltaire peut reprocher a cette expression. P.

lia SERTORIUS.

Nos Espagnols , formés à votre art militaire , Achèveront sans eux ce qui nous reste à faire* La perte de Sylla n'est pas ce que je veux ; Rome attire encor moins la fierté de mes vœux : ' L'hymen où je prétends ne peut trouver d'amorces Au milieu d'une ville où régnent les divorces ; Et du haut de mon trône on ne voit point d'attraits Où l'on n'est roi qu'un an , pour n'être rien après. Enfin , pour achever, j'ai fait pour vous plus qu'elle : Elle vous a banni, j'ai pris votre querelle ; Je conserve des jours qu'elle veut vous ravir. Prenez le diadème, et laissez-la servir. Il est beau de tenter des choses inouies , Dût-on voir' par l'effet ses volontés trahies. Pour moi , d'un grand Romain je veux faire un grand roi; Vous, s'il y faut périr, périssez avec moi : C'est gloire de se perdre en servant ce qu'on aime.

SERTORIUS

Mais porter dès l'abord les choses à l'extrême , Madame, et sans besoin faire des mécontents I Soyons heureux plus tard pour l'être plus long-temps. Une victoire ou deux jointes à quelque adresse....

VIRIATE

Vous savez que l'amour n'est pas ce qui me presse , '

* Attirer la fierté des vœux; c'est encore une de ces expressions impropres et sans justesse. Un hymen qui ne peut trouver cTamorces au milieu d'une ville ! des attraits ou ton n'est roi qu'un an /

Quand on examine de prçs cette foule innombrable de fautes » on est effrayé.

* Nous avons déjà remarqué ce vers. ( f^oyei le commencement de cette scène, )

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