‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 54 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

Et qui se rempllroit de sa félicité Sans prendre aucun* souci de votre dignité ! Mais quand vous oubliez ce que j'ai pu vous dire ^ Puis-je oublier les soins d'agrandir votre empire ; Que votre grand projet est celui de régner ?

VIRIATE

Seigneur, vous faire grâce, est-ce m'en éloigner?

3ERTORIUS.

Ah! madame, est-il temps que cette grâce éclate?

VIRIATE

C'est cet éclat, seigneur, que cherche Viriate,

SERTORIUS

Nous perdons tout, madame, à le précipiter.

L'amour de Perpenna le fera révolter ;

Souffrez qu'un peu de temps doucement le ménage ,

Qu'auprès d'un autre objet un autre amour l'engage ;

Des amis d'Aristie assurons le secours

A force de promettre, en différant toujours.

Détruire tout l'espoir qui les tient en haleine ,

C'est les perdre, c'est mettre un jaloux hors de peine.

Dont l'esprit ébranlé ne se doit pas guérir

De cette impression qui peut nous l'acquérir.

Pourrions-nous venger Rome après de telles pertes ?

Pourrions-nous l'affranchir des misères souffertes ?

Et de ses intérêts un si haut abandon....

VIRIATE

Et que m'importe à mo^ si Rome souffre ou non ? ' Quand j'aurai de ses maux effacé l'infamie,

> Voilà enfin des sentiment dignes d'une reine et d'une ennemi»

iio SERTORIUS.

J'en obtiendrai pour fruit le nom de son amie I

Je vous verrai consul m'en apporter les lois.

Et m'abaisser vous-même au rang des autres rois !

Si vous m'aimez , seigneur , nos mers et nos montagnes

Doivent borner vos vœux, ainsi que nos Espagnes:

Nous pouvons nous y faire un assez beau destin ,

Sans chercher d'autre gloire au pied de FÂventin.

Affranchissons le Tage , et laissons faire au Tibre.

La liberté n'est rien quand tout le monde est libre;

Mais il est beau de l'être , et voir tout l'univers

Soupirer sous le joug, et gémir dans les fers;

Il est beau d'étaler cette prérogative

Aux yeux du Rhône esclave et de Rome captive ;

Et de voir envier aux peuples abattus

Ce respect que le sort garde pour les vertus.

Quant au grand Perpenna , s'il est si redoutable , Remettez-moi le soin de le rendre traitable : Je sais l'art d'empêcher les grands cœurs de faillir.

SERTORIUS

Mais quel fruit pensez-vous en pouvoir recueillir ? Je le sais comme vous, et vois quelles tempêtes. Cet ordre surprenant formera sur nos têtes. * Ne cherchons point, madame, à faire des mutins. Et ne nous brouillons point avec nos bons destins. Rome nous donnera sans eux assez de peine,

de Rome. Voilà des vers qui seraient dignes de Fentrevue de Pompée et de Sertoriusy avec un peu de correction.

Si tout le rôle de Viriate était de cette force , la pièce serait au rang des chefs-d'œuvre.

> Un ordre aurprenahi qui forme des tempêtes sur des têtes î

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