‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 59 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE IIL n · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IIL n

Le tyran après moi vous craint plus qu'aucun autre y Et ma tête abattue ébranleroit la vôtre. . Nous ferons bien tous deux d'attendre plus d'un an.

PSRP&NNA.

Que parlez-vous , seigneur., de tête et de tyran?

SERTORIUS

Je parle de Sylla, vous le devez connoître.

PERPENNA

Et je parlois des feux que la reine a fait naître.

^ SERTORIUS

Nos esprits ëtoient donc également distraits'; Tout le mien s'attachoit aux périls de la paix ; Et je vous demandois quel bruit fait par la ville ' De Pompée et de moi l'entretien inutile. Vous le saurez , Aufide ?

AUFIDE

A ne rien déguiser.

Seigneur, ceux de sa sxiite en ont su mal user; *

1 Quel bruit fait par la ville eit da style de la comédie , comme on le sent assez. Mais ce que Sertorias fait trop sentir , c'est qu'en effet la conférence qu'il a eue avec Pompée n'a rien produit dans la pièce. Ce n'est » comme on l'a déjà dit, qu'une belle conversation dont il ne résulte rien 9 un beau. dialogue de politique. Si cette entrevue avait fait nidtre la conspiration de Ferpenna , ou quelque autre intrigue intéressante et terrible, elle eût été une beauté tragique, au lieu qu'elle n'est qu'une beauté de dialogue.

Remarquez que cette tragédie est un tissu de conversations souvent très embrouillées 9 jusqu'à ce que le béros de la pièce soit assassiné- De là naît la froideur qui prodmt l'ennui.

> Xes gène d^ la euite de Pompée qui en ont eu mal uèer ; le coup dune erreur qu'on veui rompre opofii qu'elle groaeiaae ; une pourpre

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ti6 SERTORIUS.

J'en crains parmi le peuple un insolent murmure :

Ils ont dit que Sjlla quitte sa dictature ^

Que vous seul refusez les douceurs de la paix ,

Et voulez une guerre à ne finir jamais.

Déjà de nos soldats 1 ame préoccupée

Montre un peu trop de joie à parler de Pompée;

Et si Terreur s'épand jusqu'en nos garnisons^

Elle y pourra semer de dangereux poisons.

SERTORIUS

Nous en romprons le coup avant qu'elle grossisse, Et ferons par nos soins avorter l'artifice. D'autres plus grands périls le ciel m'a garanti.

PERPENNA

Ne ferions^nous pas mieux d'accepter le parti , Seigneur? trouvez-vous l'offre ou honteuse ou mal sure?

SERTORIUS

Sylla peut en effet quitter sa dictature ;

Mais il peut faire aussi des consuls à son choix.

De qui la pourpre esclave * agira sous ses lois;

gui agit; V erreur qui a*épand juaqu'en nos garmsona ; dès gens comme von» deux et moi : Sylla qui prend cette mesure de rendre f impunité fort aûre; la reine qui est dune humeur sifière. Ce sont là des expressions peu convenables et bien vicieuses : mais le plas grand vice f encore une fois , c'est le manque d'intérêt ; et ce manque d'intérêt vient principalement de ce qu'il n'y a dans la pièce que des demi-desseins , des demi-passions et des demi-rolontés.

Sertorius conseille à Pefpenna d'épouser la reine des Dergètes, qui rendra aea volonléa bien plua tôt aatiafaitea; après quoi il lui dit qu'il i^a souper chez lui. Assurément il n'y a rien là de tragique.

* La pourpre esclave est une de ces expressions de igénie dont on ne trouve d'exemples que chez les poètes vraiment inspiiis; elle eût mérité que Voltaire en fit la remarque. P.

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