ACTE IV, SCENE IIL Ï
Et quand nous n'en craindrons aucuns ordres sinistres p Nous périrons par ceux de ses lâches ministres. Croyez-moi> pour des gens comme vous deux et moi^ ' Rien n'est si dangereux <pie trop de bonne foi. Sylla par politi<pie a pris cette mesure * De montrer aux soldats l'impunité fort sûre ; Mais pour Cinna^ Carbon^ le jeune Marins, Il a voulu leur tête , et les a tous perdus. Pour moi, que tout mon camp sur ce bruit m'abandonne, Qu'il ne reste pour moi que ma seule personne. Je me perdrai plutôt dans quelque affreux climat. Qu'aller tant qu'il vivra briguer le consulat. Vous.... <
PERPENNA
Ce n'est pas , seigneur , ce qui me tient en peine. Exclus du consulat par l'hymen d'une reine , Du moins si vos bontés m'obtiennent ce bonheur , Je n'attends plus de Rome aucun degré d'honneur; Et banni pour jamais dans la Lusitanie , J'y crois en sûreté les restes de ma vie.
1 Des gens comme voua deux !
• Un homme d'état prend des mesures , no ouvrier , un maçou , un taiUenr , un coidbnnier , prennent une mesure. '*'
* Fhrmi les mesures que prend un homme d*ëtat pour arriver à son hat, ne peut-il pas en être une sur laquelle il compte beaucoup plus que sur les autres? alors ne dirait-il pas très bien , au singulier , fai pris cette mesure, parce qu*elle m*a paru devoir me conduire infailliblement. an succès ? On dit , il est vrai , d'un tailleur et d*nn cordonnier, qa*iisprent. nent mesure , mais non qyCils prennent une mesure, La différence parait très petite , mais n*en est pas moins réelle. P.
ii8 SERTORIUS.
SERTORIUS
Oui ; mais je ne vois pas encor de s&reté Â ce que vous et moi nous avions concerté. Vous savez que la reine est d'une humeur si fière.... Mais peut-être le temps la rendra moins altière. Adieu : dispensez-moi de parler là-dessus.
PERPENNA
Parlez , seigneur : mes vœux sont-ils si mal reçus? Est-ce en vain que je l'aime^ en vain que je soupire?
SERTORIUS
Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.
PERPENNA
Elle m'a dit beaucoup : mais^ seigneur^ achevez^ Et ne fde cachez point ce que vous en savez. Ne m'auriez-vous rempli que d'un espoir frivole?
SERTORIUS
Non, je vous l'ai cédée, et vous tiendrai parole. Je l'aime, et vous la donne encor malgré mon feu; Mais je crains que ce don n'ait jamais son aveu. Qu'il n'attire sur nous d'impitoyables haines. Que vous dirai-je enfin ? L'Espagne a d'autres reines; Et vous pourriez vous faire un destin bien plus 'doux. Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous. Celle des Vacéens, celle des Ilergètes, ' Rendroient vos volontés bien plus tôt satisfaites; La reine avec chaleur sauroit vous y servir.
I On ne s'attendait ni à la reine des Vacéens , ni à ceUe des Ilergètes. Rien n'est plus froid que de pareilles propositions ; et, dans une tragédie, le froid est encore plus insupportable que le comique déplacé , et que les fautes de langage.