‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 69 sur 292 · ACTE V, SCÈNE III. ï3i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. ï3i

VIRIATK^

N'achèveras-tu point 7

THAMIRE

Madame , il ne vit plus.

VIKIATE.

Il ne vit plus ! ô ciel ! Qui te la dit , Thamire ?

THAMIRE

Ses assassins font gloire eux-mêmes de le dire ; Ces tigres , dont la rage , au milieu du festin , Par l'ordre d'un perfide a tranché son destin , Tout couverts de son sang , courent parmi la ville Émouvoir les soldats et le peuple imbécille ; Et Perpenna par eux proclamé général Ne vous fait que trop voir d'où part ce coup fatal.

VIRIATE.'

Il m'en fait voir ensemble et l'auteur et la cause. Par cet assassinat c'est de moi qu'on dispose ; C'est mon trône, c'est moi qu'on prétend conquérir; Et c'est mon juste choix qui seul l'a fait périr*

Madame, après sa perte , et parmi ces alarmes, N'attendez point de moi de soupirs ni de larmes , * Ce sont amusements que dédaigne aisément Le prompt et noble orgueil d'un vif ressentiment : *

> n semble qae Vautear, refroidi lai-méme dans cette scène, fait répéter à Viriate les mêmes vers et les mêmes choses qae dit Cornélie en tenant l'urne de Pompée , à cela prés que les vers de Cornélie sont très touchans, et que ceux, de Viriate languissent.

a Ce sont amuaementa est comique ; et le prompt et noble orgueil n*a point *de sens. On n'a jamais dit, un prompt orgueil , et assuré-

1^2 : SERTORIUS. I

Qui pleure Tafibiblit.; qui soupire Fexhale. \

Il faut plus de fierté dans une âme royale ; !

Et ma douleur^ soumise aux soins de le venger. ... j

ARISTIE. I

Mais vous vous aveuglez au milieu du danger : Songez à fuir, madame.

THAMIRE

Il n'est plus temps; Âufide, Des portes du palais saisi pour ce perfide , En fait votre prison , et lui répond de vous. Il vient, dissimulez un si juste courroux ; Et jusqu'à ce qu'un temps plus favorable arrive. Daignez vous souvenir que vous êtes captive. *

VIRIATE

Je sais ce que je suis, et le serai toujours, N'eussé-je que le ciel et moi pour mon secours.

ment ce n'est pas un sentiment d'orgueil qu'on doit éprouver quand on apprend l'assassinat de son amant,

' J'ai dit souvent qu'on doit soigneusement éviter ce concours de syllabes qui offensent Voreille y Jusqu'à ce que. Cela paraît une minutie ; ce n'en est point une : ce défaut répété forme un style trop barbare. J'ai lu dans une tragédie :

Nous Tattendrons tous trois jasqa*à ce qu'il se montre , Parce que les proscrits s*en vont à sa rencontre.

Page 1