PERPENNA, ARISTIE, VIRIATE, THAMIRE, ARCAS
PERPENNA, à Virîate.
Sertorius est mort ; cessez d'être jalouse , Madame , du haut rang qu'auroit pris son épouse , Et n'appréhendez plus , comme de son vivant , Qu'en vos propres états elle» ait le pas devant. * Si l'espoir d'Aristie a fait ombrage au vôtre , Je puis vous assurer et d'elle et de toute autre ,
' C'est une chose également révoltante et froide que l'ironie avec laquelle cet assassin vient répéter à Yiriate ce qu'elle lui avait dit au second acte, qu'elle craignait qu'Aristie ne. prit le paa devant,
n vient se proposer avec des qualUéa où Yiriale tr^ouvera cfe quoi mériter une reine. Son bras l'a dégagé d'un choix abject. Enfin il fait entendre à la reine qu'il est plus jeune que Seitorius.
n n'y a point de connaisseur qui ne se rebute à cette lecture ; le seul fruit qu'on en puisse retirer, c'est que jamais on ne doit mettre un grand crime sur la scène , qu'on ne fasse frémir le spectateur , que c'est là où il faut porter le trouble et l'effroi dans l'âme , et que . tout ce qui n'émeut point est indigne de la scène tragique.
C'est une. règle puisée dans la nature , qu'il ne faut point parler d'amour quand on vient de commettre un crime horrible , moins par amour que par ambition. Comment ce froid amour d'un scélérat pourrait-il produire quelque intérêt? Que le fbrcené Ladislas, emporté par sa passion y teint du sang de son rival , se jette aux pieds de sa maîtresse , on est ému d'horreur et de pitié. Oreste fait un effet admirable dans Andromaque , quand il parait devant Hermione qui l'a forcé d'assassiner Pyrrhus. Point de grands crimes .saiis de grandes passions qui fassent pleurer pour le, criminel même. C'est là la. vraie tragédie.
i^ SERTORIUS.
Et que ce coup heureux saura vous maintenir *
Et contre le présent et contre l'avenir.
C'étoit un grand guerrier, mais dont le sang ni l'âge
Ne pouvoient avec vous faire un digne assemblage ;
Et, malgré ces défauts, ce qui vous en plaisoit^
C'étoit sa dignité qui vous tyrannisoit.
Le nom de général vous le rendoit aimable ;
A vos rois , à moi-même il étoit préférable ;
Vous vous éblouissiez du titre et de l'emploi;
Et je viens vous offrir et l'un et l'autre en moi ,
Avec dés qualités où votre âme hautaine
Trouvera mieux de quoi mériter une reine.
Un Romain qui commande et sort du sang des rois
( Je laisse l'âge à part) peut espérer son choix.
Surtout quand d'un affront son amour l'a vengée ,
Et que d'un choix abject son bras l'a dégagée.
ARISTIi:.
Après t'être immolé chez toi ton général. Toi , que faisoit trembler l'ombre d'un tel rival , Lâche, tu viens ici braver encor des femmes, * Vanter insolemment tes détestables flammes , T'emparer d'une reine en son propre palais , Et demander sa main pour prix de tes forfaits ! Crains les dieux, scélérat; crains les dieux, ou Pompée; Crains leur haine, ou son bras, leur foudre, ou son épée , Et, quelque noir orgueil qui te puisse aveugler,
1 Un coup qui «aura la mainienir ! Voilà encore ce mot de savoir aussi mal placé que dans les scènes précédentes.
a Pourquoi Aristie ne fait-elle aucun effet? c'est qu'elle est de trup dans cetle scène.