‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 95 sur 292 · ACTE II, SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE L

Mais quand pour me répondre il s'est Êiit un effort, Son compliment au mien n'a point eu de rapport; Et j'ai trop vu par là qu'un si profond silence Attachoit sa pensée ailleurs qu'à m'a présence, Et que Femportemènt d'un entretien secret Sous un front attentif cachoit l'esprit distrait.

PARGEE;

Les soins d'un conquérant vous doni^ent trop d'alarmes. C'est peu que devant lui Cyrthe ait mis bas les armes, Qu'elle se soit rendue, et qu'un commun effroi L'ait fait à tout son peuple accepter pour son roi : Il lui faut s'assurer des places et des.portes. Pour en demeurer riiaitre y poster aes cohortes; Ce devoir se préfère aux -soucis les plus doux; Et s'il en étoit quitte , il seroit tout à vous»

.£RYXE.. . ...

U me l'a dit lui-même alors qu'il m'a quittée; Mais î'ai trop vii d'ailleurs son âme inquiétée ; Et de quelque couleur que tu' couvres ses soins, Sa nouvelle conquête en occUpe le moins. Sophonisbe , en un mot , et captive et pleurante. L'emporte sur Eryxe et reine et triomphante ; ' Et si je m'en rapporte à l'accueil différent. Sa disgrâce peut plus qu un sceptre qu'on me rend. Tu Tas pu remarquer. Du moment qu'il l'a vue , Ses troubles ont cessé , sa joie "est revenue : Ces charmes à Carthage autrefois adorés Ont soudain réuni ses regards égarés.

Tu l'as vue étonnée , et tout ensemble altière , Lui demander l'honneur d'être sa prisonnière,

IQ9 SOPHONISBE.

Le prier fièrement qu'elle pat en ses mains

Éviter le triomphe et les fers des Romains.

Son orgueil , que ses pleurs sembloîent vouloir dédire^

Trouvoit l'art en pleurant d'augmenter son empire;

Et sûre du succès ^ dont cet art répondoit^

Elle prioit bien moins qu'elle ne commandoit.

Aussi sans balancer il a donne parole

Quelle neseroit point tratnée au Capitole^

Qu'il en sauroit trouver un moyen assuré ;

En lui tendant la main , sur l'heuire il l'a juré>

Et n'eût pas borné là son ardeur renaissante ^

Mais il s'est souvenu qu'enfin j'étois présente ; <

Et les ordres qu'aux siens il avoit à donner

Ont servi de prétexte à nous abandonner.

Que dis-^e? pour moi seule affectant: cette fiiite^ Jusqu'au fond du palais de^yéux il l'a conduite; Et si tu t'én:souviens^ j'ai touîours soupçonné Que cet ambur jamais ne fut déraciné.

Chez moiy dans Hyarbee^ oùle mien trop làcile Prétoit à sa d^oute un favorable asile ^ • Détrôné , vagabond , et sans appui que moi^ Quand j'ai voidu parler contre ce coeur sans foi. Et qu'à cette infidèle imputant sa misère , J'ai cru surprendre un mot de haine ou de colère, Jamais son feu secret n'a manqué de détours Pour me forcer moi-même à changer de discours ; Ou, si je m'obstînois à le faire r^ondre , J'en tirois pour tout fruit de quoi mieux me coaSondre , Et je n'en arrachois que de profonds hélas , Et qu'enfin son amour ne la méritoit pas.

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