‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 97 sur 292 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

MASSINISSE, ÉRYXE, BARCÉE, MÉZÉTULLE.

MASSINISSE

Enfin , maître absolu des murs et de la TÎlle,

Je puis vous rapporter uu esprit plus tranquille >-

Madame^ et voir céder en ce reste du jour

Les soins de la victoire aux douceurs de l'amour.

Je n'aurois plus sujet d'aucune inquiétude ,

N'était que je ne puis sortir d'ingratitude ,

Et que dans mon bonheur il n'est pas bien en moi

De m'acquitter jamais de ce que je vous doi. .

Les forces qu'en mes mains vos bontés ont remises^ Vous ont laissée en proie à de lâches surprises. Et me rendoient ailleurs ce qu'on m'avoit ôté , Tandis qu'on vous ôtoit et sceptre et liberté.

Une femme jalciase i cent mépris s'expoee, Pliu elle fait de brait , moins on en fait d'état.

Est-ce là une. comédie de Montfleuii? est-ce une tragédie de Cor^ neille. ...

' Cette scène est aussi froide et aussi comiquement écrite que la précédente. Massiuisse est non seulement le maitre de la ville , mais aussi des murs. // voU céder lea soins de la victoire aux douceurs de l'amour en ce reste de jour* Il n'auroii plus sujet d'aucune inquié» lude , n*étoit qu*il ne peut sortir (C ingratitude. Quand on fait parltr ainsi ses héros , il faut se taire. Éryxe dit autant de sottises que Masttinisse : j'appelle hardiment les choses par leur non^ ; et j'ai cette hardiesse, parce que j'idolâtre les beaux morceaux dû Cid ,' ù* Horace, de Cinna , de Polyeucte et de Pompée.

YllI, l3

J94 SOPHONISBE

Ma première victoire a fait votre esclavage j Celle-ci, qui le brise, est enoor votre ouvrage; Mes bons destins par vous ont eu tout leur eflTet, Et je suis seulement ce que vous m'avez fait. Que peut donc tout l'effort de ma reconnoissance , Lorsque je tiens de vous ma gloire et ma puissance ? Et que vous puis-je offrir que votre propre bien, Quand je vous offrirai votre sceptre et le mien ?

ÉRYXB.

Quoi qu'on puisse devoir, aisément on s'acquitte,

Seigneur, quand on se donne avec tant de mérite :

C'est un rare présent qu'un véritable roi

Qu'a rendu sa victoire en6n digne de moi.

Si dans quelques malheurs pour vous je suis tombée ^

Nous pourrons en parler xm jour dans Hyarbée,

Lorsqu'on nous y verra dans un rang souverain,

La couronne à la tête , et le sceptre à la main.

Ici nous ne savons encor ce que nous sommes :

Je tiens tout fort douteux tînt qu'il dépend des hommes,

Et n'ose m'assurer que no» amis jaloux

Consentent l'union de deux trônes en nous.

Ce qu'avec leurs héros vous avez de pratique

Vous a dû mieux qu'à moi montrer leur politique.

Je ne vous en dis rien : un souci plus pressant ,

Et, si je l'ose dire, assez embarrassant.

Où même ainsi que vous la pitié m'intéresse,

Vous doit inquiéter touchant votre promesse.

Dérober Sophonisbe au pouvoir des Romains ,

C'est un pénible ouvrage, et digne de vos mains ;

Vous devez y penser.

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