LES RATS DU TEMPLE
Certain peuple un peu sot , dont je tais le pays , Adorait dans son temple une idole fameuse.
Mais ce dieu , plus fêlé qu'un danseur à Paris, N'était qu'une machine creuse Où de profanes souris Avaient logé leur famille nombreuse.
Quand les dévots se retiraient , Laissant leul* pieuse offrande , Aussitôt les rats descendaient , Et sur les mets sacrés cette vorace bande Officiait par contrebande.
Le lait , le miel ,' là chair et les gâteaux , Bien bénis, bien choisis pour des bouches célestes ,
Engraissaient de vils animaux.
Le dieu, s'il eût mangé, n'aurait eu que des restes. Un jour pourtant il se fôcha De ce scandale abominable , Et vertement aux souris reprocha D'oser braver les dieux, et se tttettre à leur table. Mais la gent parasite , au lieu de Sr'effrayer, Rit beaucoup de lar^rlmaude.
R II est plaisant, ce mannequin' d'osier,»
Dit même un Cicéron delà troupe gourmande , M Et je ne croyais pas cpieles di«ux ftissent fous. « 11 te sied bien , misérable fiéticke ,'
« Dt te plaindre de nous.
« Sais— tu pourquoi ton temple est riche , .
« Pourquoi mille dévots te consacrent leur foi ? « C'est qu'ils pensent quetu digères « Les offrandes journalières « Que nous dévorons pour toi.
« Depuis long-temps sans nous , avec ignominie , « Gomme un bois impuissant au feu l'en t'eût jeté; u Souffre notre glouto nnerie , « Qui fait ta divinité. »
Celui qui veut imposer au vulgaire Doit savoir endurer les outrages secrets.
On verrait plus d'un grand inconnu sur la terre.
Sans les jongleurs qui vivent à ses frais.