‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 2)Chapitre 27 sur 45 · LES RATS DU TEMPLE · texte numérisé non relu

LES RATS DU TEMPLE

Certain peuple un peu sot , dont je tais le pays , Adorait dans son temple une idole fameuse.

Mais ce dieu , plus fêlé qu'un danseur à Paris, N'était qu'une machine creuse Où de profanes souris Avaient logé leur famille nombreuse.

Quand les dévots se retiraient , Laissant leul* pieuse offrande , Aussitôt les rats descendaient , Et sur les mets sacrés cette vorace bande Officiait par contrebande.

Le lait , le miel ,' là chair et les gâteaux , Bien bénis, bien choisis pour des bouches célestes ,

Engraissaient de vils animaux.

Le dieu, s'il eût mangé, n'aurait eu que des restes. Un jour pourtant il se fôcha De ce scandale abominable , Et vertement aux souris reprocha D'oser braver les dieux, et se tttettre à leur table. Mais la gent parasite , au lieu de Sr'effrayer, Rit beaucoup de lar^rlmaude.

R II est plaisant, ce mannequin' d'osier,»

Dit même un Cicéron delà troupe gourmande , M Et je ne croyais pas cpieles di«ux ftissent fous. « 11 te sied bien , misérable fiéticke ,'

« Dt te plaindre de nous.

« Sais— tu pourquoi ton temple est riche , .

« Pourquoi mille dévots te consacrent leur foi ? « C'est qu'ils pensent quetu digères « Les offrandes journalières « Que nous dévorons pour toi.

« Depuis long-temps sans nous , avec ignominie , « Gomme un bois impuissant au feu l'en t'eût jeté; u Souffre notre glouto nnerie , « Qui fait ta divinité. »

Celui qui veut imposer au vulgaire Doit savoir endurer les outrages secrets.

On verrait plus d'un grand inconnu sur la terre.

Sans les jongleurs qui vivent à ses frais.

Page 1