FABLE VIII
LES iPODVAHTAILS.
Jean ne savait à quel saint se vouer Pour ôter aux oiseaux le goût de ses cerises. Déjà sans fruit il avait fait jouer
Ces vieilles ruses y ces surprises . Dont la tactique des guerriers
Enrichit l'art des jardiniers.
Toutes les nuits dans ses rêves il cherche
Quelque terrible épouvantail ; Puis le matin notre homme est au travail.
Tantôt il forme au sommet d'une perche
Un soldat, lance au poing , nez tors , œil h l'envers , £t fur le jtout grand chapeau de travers.
Tantôt il plante un vautour d^écritoire , Crins flottans , griffe sèche , et longue robe noire. Semblable au fameux sculpteur Qui fabriqua le maître du tonnerre , De ses épouvantails Jean lui-même a graiid'peur ; C'est que Jean a connu les procès et la guerre. Il n'en est pas ainsi de la bande légère Bu petit peuple maraudeur ; Car les voilà qui vont , par moquerie ,
Pincer le nez de l'estafier, Ou se nicher avec effronterie Dans la perruque du greffier ; Puis , pour refrain , la compagnie Fait gala sur le cerisier.
Jean est au désespoir, u Benêt , lui dit sa femme , « Laisse tes vilains mannequins , « Et chante sur une autre gamme « Avec tous ces petits mandrins. »
Jean fut de son avis. Avant jour il s'éveille ,
Prend de Margot la jupe et le corset , Et j près des ennemis planté comme un piquet , Tient sur sa tête une corbeille , Où des cerises jusqu'au bord. S'élevaient en pile vermeille.
Le jour luit; les brigands s'éveillent, et d'abord ,
Découvrant la corbeille pleine , Y volent tous. Ce fut leur dernière fredaine :
Sous la corbeille était un ttoa Par lequel maître Jean , glissant la main sans peine, Saisissait les voleurs et leur tordait le cou.
Point d'appareil y point de menace,
Avec ces fripons dQHtJ'^udace Se moqAe de tout frein et croît jusqu'à la mort ; Bonne police enfin doit se faire avec gvace ,
Et , quand elle tient , serrer fort.