‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 2)Chapitre 35 sur 45 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

^ Le cœur de l'I^omme aux lieux de sa naissante Est enchaîné par un charme secret; Je plains celui dont la froide inconstance ^

Y vient sans joie ou les fuit sans regret.

Champs fortunes des jeux de notre enfance ^ Semés par nous de tendres souvenirs , 'Vous pouvez seuls doubler la Jouissance De nos premiers , de nos derniers plaisirs.

Ah ! qui voudrait poursuivre la victoire , S'il n'espérait rentrer dans ses foyers; C'est là qu'on aime à retrouver sa gloire Et son berceau couronné de lauriers.

Cet abandon qu'on appelle habitude , Si doux à suivre et si près d]i bonheur, Chez l'étranger n'est qu'une longue étude Qui flétrit l'ame et resserre le cœur.

(i) Cette pièce et la suivante furent composées pendant Tcmigration de Tauteur qui^ ayant porté les armes dans Tinsurrection royale de la ville de Lyon , en 1798 , fut proscrit par les vainqueurs et perdit sur Téchafaud une partie de sa famille. Le tombeau de Gessner, dont il s'agit dans la seconde pièce , est un monument en marbre , d'une construction élégante, que les habitans dé Zurich ont décerné à la mémoire de cet écrivain* leur compatriote. Il est situé dans un fort beau jardin public, au confluent

Qui me rendra les tombeaux de mes pères?

Qui leur dira mes vœ«x reconnaissans?

Ah ! le séjour des terres étrangères Ne peut offrir des attraits qu*aux mécHans.

Le titre vain de citoyen du monde De régoïsme est le masque trompeui^ Telle l'on voit la feuille vagabondç Errer sans vie et sécher sans honneur.

Ce vif amour du lieu qui nous vit naître , De l'univers maintient Tordre et la paix , Et la nature eut soin que, danâ chaque être ^ Il fût gravé comme un de ses bientEiits.

Quel étranger, dans ce lieu misérable , Du soleil même a voulu fuir l'éclat ?

C'est un banni qui, mcmrant, sur le sable Trace le nom de son pays ingrat.

Que peut le luxe et sa riche mollesse Sur ce Lapon qu'ont durci les hivers ?

Dans vos palais, il soi]y[)ire sans cesse Pour sa cabane et ses affreux déserts.

Ces deux oiseaux , qu'une tendre constance Rendait heureux dans leur ancien séjour, Semblent surpris de leur indifférence , Et , sans patrie , ils vivent sans amour.

de la Limmat et de la Silh. Chaque hiver on élère autour de oc mausolée nn bâtiment pour défendre , contre l'effet des gelées , les bas-reliefs qui représentent des scènes tirées du poème de la Mort tCAbel,

Cet arbrisseau , que les zones brûlantes Avaient nourri pour d'autres babitans j Triste au milieu dé vos serres brillantes , Languit sans fleuret périt au printemps.

Voyez encor la naïade fidèle, Quand des rocbers ont égaré ses flots j Pour retrouver la rive maternelle , Bondir dans Tair et tourmenter ses eaux.

Ainsi tout marche au gré de la nature ; C'est par l'instinct qu'on écbappe à l'erreur. Pourquoi si loin rechçrcbcr l'imposture , Quand près de soi l'on trouve le bonheur ? •

Dans les ennuis d'une trop longue absence , J'aime à rêver à mes anciens plaisii's ; Mon cœur renaît ; ma muse est l'Espérance , Et je jouis en chantant mes désirs.

Nymphes, qui peuplez cette rive, Vos jeux augmentent mes regrets-.

Ah! laissez à ma voix plaintive Le silence dje ces bosquets.

Viens dépouiller ce beau feuillage , Triste Aquilon , roi des hivers ; Un malheureux, dans son veuvage , Se plaît au deuil de l'univers.

J'aime la longue chevelure

Qui couvre ces saules pleureurs ;

Ils me disent que la nature

S*a£9ige aussi de mes douleurs^

Mais, dans leur funéraire enceinte ,

Un monument frappe mon œil ;

Près des morts approchons sans crainte.

Ils ne connaissent plus l'orgueil.

Mais déjà quel charme s'opère !

Mes soupirs sont moins déchirans, Et d'une fraîcheur salutaire Le calme a pénétré mes sens.

Oui , je reconnais sa puissance , Ici Gessner est l'enchanteur ; Toujours il fut de l'innocence Le peintre et le consolat^eur.

Chantre d'Abel , tu vois un frère Par ses frères persécuté ; Ainsi du méchant sur la terre

L'exemple seul est imité.

Autrefois la France attendrie De ta lyre goûta les sons ; Mais elle admira ton génie Sans profiter de tes leçons.

D'une fastueuse guirlande Je n'orne point ton monument ; Quelques larmes sont une offrande Que préfère le sentiment.

Puisqae jamais l'afireuse envie

Ne souilla ton cœur généreux ,

SoufiPre que le mien te confie

Un devoir cher à tous les àeu%. , '

Estelle , Numa , Galatée , Viennent de rester orphelins ; De leur père l'ame agitée N'a pu soutenir ses chagrins.

Quand parmi les ombres paisibles Tu connaîtras ses doux accens , Au nom de tous les coeurs sensibles Présente un myrte à ses talens.

Dans sa malheureuse patrie Peut-être on ignore sa mort, Ou d'une indifférence impie On a payé son triste sort.

Ainsi ^ dans un péril extrême, Chacun chargé de sa douleur, Réservant ses pleurs pour lui-même , En refuse à son bienfaiteur.

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