FABLE X^II
LE THERlHOMiTRE PU QUAI D£ l'hORLOGE.
Au pied de cette tour que la noire Thémis
De son horloge a décorée , On voit un instrument où chaque jour gfatîs , Dans sa prison de verre , une liqueilr pourprée , Dit au peuple badaud S'il gèle ou s'il fait chaud.
Devant cet oracle fidèle, Depuis une heure au moins , en décembre dernier ,
Un homme faisait sentinelle..
C'était un profond marguillier Pour éclairer Paris venu de sa province, Ayant d'ailleurs , avec un corps épais , La visière assez cqurte et l'esprit assez mince.
Or, ce bourgeois lorgnant de près Le tube indicateur, faisait par son haleine
Monter la' savante liqueur,
35a ■ FABLES.
Tandis que près de lui Boréë , eiy^a fureur, D*un parquet de cristal d^jà couvrait la Seine. Un passant reconnaît 1 observateur transi , ^ Le tire par Ta manche , et lui dit : « D'un catarrhie , «Compère, vous voulez faire Templette. ici ? »»
Mais le bourgeois répond : « Tarare !
« Ne me dérangez pas .... le temps s'est adouci « Déjà.,., de trois degrés..*, par ma persévérance.... ««jâ'estun miracle, ... chut!.., tout bas je vous le di^... « Le bois est cher y je soulage la France . . . tt Un marguillier se doit à son pays. »
L'autre, en courant, laissa cette pécore Qui soufEe et se morfond encore.
Vous riez de ce sot ; moi , j'en connais plus d'un Qu'on n'a point conspué pour semblable méprise.
Dans les baats rangs ce travers est commun.
Aux effets passagers de sa propre sottise
Un fat croyant par. vanité , Prend le signe souvent pour la réalité.