‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 3)Chapitre 3 sur 44 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

faveur se peut dire d'un pareil emploi , qu'elle était le prix d'un petit ouvrage de circonstance intitulé : /ro/z^nous à Paris?

Si cette supposition est fondée, Lemontey ne se crut pas quitte envers l'Empire par son premier ouvrage de ce genre; il est auteur de deux autres , le premier intitulé iLa vie du Soldat français^ en trois dialogues 9 et le second : Thibaut ^ ou la Naissance d'un comte de Champagne^ poème en prose composé à l'occasion de la naissance du fils de Napoléon.

Toutefois, il faut dire à la louange de Lemontey qu'il y avait alors en lui deux hommes, l'homme en place, qui se croyait obligé à des complaisances envers le pouvoir qui l'employait; l'homme privé, libre, indépendant, spirituel et caustique, qui ne se faisait pas faute dans le monde d'expressions sévères sur la marche du gouvernement et le despotisme du chef. Ainsi fit-il , depuis la chute de l'empire, sous la restauration, où il se montra attaché à sa place sans être, hors cette place, infidèle à ses opinions politiques.

L'ouvrage où la pensée intime de Lemontey s'est montrée le plus à découvert est son Essai sur V Établissement monarchique de Louis XlFj qu'il publia en 1 8 1 8 , à la suite des Nouveaux Mémoires de Dangeau. Ce morceau , qui devait servir d'introduction à une histoire critique de la France pendant le dix-huitième siècle, est remarquable par l'élévation des vues ctlejugement portésur l'administration deLouisXI V,

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jugeroent dont la publication récente des Mémoires complets de Saint-Simon confirme aujourd'hui la rare impartialité.

Dans cette même année 1818, I^emontey fit deux bonnes actions. La première fut un petit écrit fort ingénieux en faveur de la Caisse d'épargne; institu* tion admirable, qu'on ne saurait assez encourager , puisqu'elle est destinée à protéger les économies du pauvre, et à les arracher à l'appât immoral et trompeur de la loterie. La seconde fut de remettre à l'Académie française, sous le voile de l'anonyme, une médaille d'or de la valeur de 1200 francs, pour un prix de poésie sur les Ai>antages de V Enseignement mutuel ^ ce qui, pour le dire en passant, ne s'accorde guère aveclaréputation d'avarice qu'il eut dans ses dernières années.

Lemontey fut élu membre de l'Académie Française dans le mois de mars 18 19, et fut reçu dans la séance publique du 1 7 juin de la même année; il y lut l'éloge de l'abbé Morellet, son compatriote, auquel il succédait. M. Campenon, qui présidait l'assemblée^ lui répondit, et, tout en faisant l'éloge du dernier ou* vrage de Lemonley, il se ciiit obligé d'en blâmer avec aigreur l'esprit et les principes.

Lemontey avait attaché un très-grand prix à cette place; et lui qui, plusieurs années auparavant, dans la Séance des Observateurs de la Femme , s'était moqué très-spirituellement des ridicules académiques.

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une fois membre de l'Académie, il mit à ses moindres usages une importance presque exagérée. Lemontey était fort assidu aux séances particulières de cette compagnie; c'est là qu'il lut plusieurs notices destinées à la Galerie Française > dont quelques-unes ont été insérées dans la Reifue Encyclopédique, et une Élude littéraire sur la partie historique' de Paul et Virginie. Dans la séance publique du 24 avril 1824^ il lut un morceau de critique littéraire d'un goût exquis , intitulé : De la Précision,, considérée dans le style , les langues et la pantomime. Dans celle du 2 5 août 1825, il prononça l'éloge de Vicq-d'Azyr, avec lequel il avait eu des relations de société. C'est là son dernier ouvrage; mais, cette même année, il avait composé une Introduction à la traduction des fables russes de KrilofT, donnée par le comte Orloff, chez qui Lemontey avait coutume de passer la belle saison , dans une agréable maison de campagne que le comte possédait à Passy.

Lemontey était fort répandu dans le monde, qu'il aimait, et dont il était recherché. Sa conversation était spirituelle et piquante; un léger bégaiement y ajoutait du charme et de loriginalité. Ses mœurs étaient douces, son caractère facile et son commerce sûr. Quoiqu'il eût beaucoup d'esprit, et qu'il aimât à le montrer dans ses écrits, il avait ime grande bonhomie dans les relations habituelles de la vie. J'ai souvent parlé des qualités do son cœur, et ce qui en fait

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le meilleur éloge , c'est qu'il eut de nombreux amis, qu'il a conservés jusqu'à la fin.

Dès le commencement de 18216 , il éprouva divers symptômes fâclieux. Une légère blessure au pied eut des suites plus graves qu'on ne devait le supposer, et le força de garder long-temps la diambre. Accoutumé à une vie active, il se plaignait souvent du repos auquel il était condamné. Peu de temps après, il eut une ophthalmie accompagnée de phénomènes singuliers. Un soir, en rentrant chez lui , il crut voir la neige tonUier à gros flocons, quoique nous fussions au mois de mars ; rillusion était si complète , qu'il ne cessait de secouer la prétendue neige de ses habits. Arrivé dans son appartement , sitôt que ses yeux furent frappés par la lumière, les flocons de neige se changèrent en une multitude de papillons noirs dont sa chan^bre lui parut remplie. Dès lors il n'eut plus de doute sur la cause de cette vision extraordinaire , et il se coucha avec la cruelle pensée que peut-être le lendemain il se réveillerait aveugle. Ce triste pressentiment ne se réatisa pas; mais depuis ce moment-4à il fut obligé à de grands ménagemens et à un régime suivi. Il espérait que la belle saison et l'air des champs lui feraient du bien. Vers la fin de mai, il se rendit à Sceaux, chez l'amiral russe TzitzakofT; il y était depuis quelque temps, lorsqu'il tomba dangereusement malade. Il fut ramené à Paris dans un état déplorable. x\ iion arrivée, le mal avait déjà fait des progrès ter-

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