‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 3)Chapitre 4 sur 44 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

ribles; il résista aux soins les plus assidus et les plus éclairés. Lemontey, après une courte maladie, mourut le 26 juin 1826. Sa dépouille mortelle fut portée au cimetière du P. Lachaise , et M. Auger, au nom de l'Académie française, lut sur sa tombe un discours composé par M. Yillemain.

Nous ne pouvons mieux terminer cette courte notice que par un extrait du discours de M. Fourier, qui a remplacé Lemontey à l'Académie Française. Ce discours renferme une appréciation du mérite littéraire de Lemontey et de son caractère d'homme privé qui exprime en même temps le sentiment des gens de goût et celui des personnes qui ont pu le connaître.

ce Les titres littéraires de M. Lemontey, à qui je succède, sont connus de toutes les personnes qui s'intéressent à l'étude de la philosophie et de l'histoire. Lorsque vous l'avez appelé au milieu.de vous, celui qui présidait à sa réception apprécia ses ouvrages dans un diccours que l'on doit regarder comme un modèle pour la justesse des pensées et l'élégante précision du langage (i).

(1) M. CampenoD> dont il est ici question, mit pourtant un peu d'aigreur dans ce qu'il dit de V Essai sur la monarchie de Louis XlF'f ainsi que nous l'avons dit plus haut. Il est vrai que ce petit mouvement de reconnaissance en faveur d'un roi qui a fondé l'Académie amène, dans le discours de M. Campenon, l'éloge de Louis XVIII, qui régnait alors.

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« Pour moi, je ne puis consacrer à la mémoire de mon prédécesseur qu'un faible tribut , sans art, et sans autre dessein que d'exprimer le vrai caractère de son talent, autant qui| m'est permis de 1q saisir. Mais l'orateur célèbre qui doit prendre la parole après moi , suppléera fistcilçmeot à Timperf^ctipp de .0^ hommage. L'autorité de ses jugjemeqa littér^res est lefriiijt d'une étude pn^jfonde, et il les exprima ftvec cette éloquence admirable qui naît de l'élévation du

ce M. Lemontey exerça d'abord ses talens dans la carrière du barreau , et l'on pouvait craindre que ses premiers succès ne le détournassent des études litté-

raires; mais dans le même temps que la ville de Lyon applaii4is^«it à s^ talent , il gagnait des causes d'un auljrç genre à l'Académie de Marseille. Il y fut coui^mfé 4eax foi# ppqr le» Élogçp d^ fiibri de J^eiresfi et.d^. célèbre aavigateur Cook. l\ eqtreprit d^ lors de» ceçh^rohes vi^riées , et acquit une imtruction fort èb^nAw ddu« les brracbie» Icis plua diyiersie^ de l'histoire<9 de Xéconomà^ icîvile et de la lUtéraiture.

«Écrivain spirituel, lecteur cui^ui;: ^ vraiment in£|bgable, il porta dans \^ plupart d^ $^ ouvrages Iç^ tm^ d'upe satire iogéaieuse et: originale, U étudif^ toutes les sources de nos connaissances hiMoriqiies; et peuit-âtre il s'attacha moins à distinguer les grands résultas et les vues générales , qu'à découvrir les raf^rochemens singuliers et inattendus. I. b

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« Il se plaisait à recueillir dans les archives et dans les dépôts les plus secrets, des papiers d'État, des mémoires inédits et des documens originaux jusquelà ignorés^ Des recherches aussi étendues ont donné à ses. ouvrages historiques un caractère particulier- Même lorsque l'auteur ne rapporte que les événe» mens principaux, on peut juger, après un examen approfondi, qu'il a connu une multitude innombrable de faits.

/( Ses écrits sont remarquables par la diversité singulière des genres et des sujets. Il a traité les plus graves questions de l'histoire et de la philosophie morale; et il a publié des romans^ des fables^ des odes et des opéras. Ses Notices biographiques et ses Éloges rappellent des noms bien différemment célèbres, entre autres ceux de Colbert, du cardinal de Retz, de la duchesse de Longueville, de l'historien de Tlîou, de l'abbé de Ghaulieu , et des célèbres actrices Clairon et Le Couvreur. Il n'y a presque aucune de ces Notices où l'on ne trouve des vues entièrement nouvelles , et des faits importans qui n'avaient pas été remarqués.

<c II a imité, dans la littérature étrangère, Swift, Sterne, Hamilton, et même l'Ârioste, et quelques écrits de Franklin; et dans la littérature ancienne, Lucien et surtout Apulée. On peut juger, par cette seule énumération, de la flexibilité de son talent. Son style n'est pas exempt de recherche ; on y re-

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marque peut-être trop l'opposition contiauelle des idées y et même celle des mots. Mais ce style est animé, il intéresse, il abonde en saillies ingénieuses, surtout lorsque Fauteur se livre à son penchant fort naturel pour l'ironie. Enfin , s'il est aisé de critiquer ses ouvrage^, il est du moins presque impossible d'en cesser la lecture dès qu'on l'a commencée.

a Pour exceller dans les arts, il faudrait, suivant le conseil d'un grand critique, discerner d'abord la destination qu'on a reçue de la nature ^^ et diriger tous ses efforts vers un seul but, sans négliger toutefois les rapports que d'autres études peuvent avoir avec cet objet unique. M. Lemontey a écrit dans un temps où il lui eût été difficile de suivre ce précepte, et il a été entraîné par une facilité extraordinaire. C'est principalement dans ses contes philosophiques qu'il a montré un talent fécond , facile et original. Par exemple , dans ceux dont le sujet est l'Encan de Pertinax ou la singulière origine du sénat de Samos , et dans quelques écrits de ce genre, on trouve assurément autant d'imagination , et plus de pensées judicieuses, d'enjouement, de variété et de verve, que dans la longue métamorphose de Lucius Apulée.

«c De toutes les productions littéraires de M. Lemontey, celle que l'on a regardée comme la plus importante , a pour objet V Histoire de la Monarchie Française dans le dernier siècle. Il a publié en 1818 la première partie de cet ouvrage , qu'il avait com-

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mencé d'écrire douze années auparavant. Cette iii*trodUetion est un essai critique sur la monarchie de Louis Xiy. Les deux volumes suivans n'ont pas edcore été imprimés; il s'est élevé ^ au sujet dé cette publicatioii f des contestations judiciaires , dont tous leâ anfiis des lettres désirent une prompte et heureuse issue.

«c On trouve encore dans cette introduction le caractère que lui imprime une étude approfondie des sources de notre histoire. Mais un peintre immortd avait déjà présenté le tableau de ce règue roémcH rable ; et l'on a reconnu que son ouvrage est le fruit d'une longue étude des documens authentiques. M. Lemontey lui-même , aptes les recherches les plus attentives, n'a pu découvrir qu'uù trè6<«petit nombre de faits pak*ticulier8 qui eussent été ignorés de i'au-* teur.

« Ce tableau de Voltaire est d'une élégance inimi* table; il montre les lettres et les sfûiem^es honorées^ l'industrie florissante^ une marine formidable créée presque tant à coup s, et le nom français respecté du monde entier. Il montre l'influence d'un grand homme sur une nation généreuse, féconde en faéix»^ est sed-^ sible à tous les geiires de gloire. Il atteste les sentimens dont Louis fut toujours animé ^ et surtout cet invincible désir de maintenir la France au premier rang des nations. Il rappelle la noble constance du prince dans les plus grands malheurs, et l'aveu plus

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noble encore des erreui's de son règne , et réclat passager des victoires , et la gloire impérissable des arts.

« Le titre de grand administrateur, qui, selon M. Lemontey, dans son Essai critique , pourrait tenir lieu de tous ceux que Ton a décernes à Louis XIY^ est une expression vraie ^ mais incomplète, qui ne suffit pas à l'impartialité de Thistoire. L'auteur de cet Essai attribue aux infirmités corporelles dont le prince fut atteint, une influence imaginaire sur son génie. Il cherche une explication singulière de grands événemens dont la cause assez manifeste est la mort de Colbert , et lé triomphe de ses ennemie.

a L'ouvrage de Voltaire est un monument durable , parce qu'il est vrai dans toutes ses parties principales. I^'auteur ne dissimule ni les erreurs, ni les fautes de ce long règne. S'il rappelle la passion des conquêtes, les cendres du Palatinat , des persécutions funestes , il se montre fidèle à la vérité de l'histoire, à la conscience du genre humain et aux intérêts politiques de la France. Il ne loue que de grandes et nobles actions.

tt Déjà la voix de la postérité s'est fait entendre. Elle n'admirera point sans doute ces demeures royales tristement somptueuses^ ni cette lutte inutile et malheureuse de l'art et de la nature, ni tant de magnificences stériles ravies à la prospérité du royaume , ou à l'ornement de la capitale. Mais la postérité lie refusera pas ses hommages à tant d'auti^s monumens d'une gloire immortelle.

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