‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 3)Chapitre 34 sur 44 · L'AMOUR DE SON PAYS · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE SON PAYS

Cet arbrisseau , que les zones brûlantes Avaient nourri pour d'autres habitans , Triste au milieu de vos serres brillantes , Languit sans fleur et périt au printemps.

Voyez encor la naïade fidèle.

Quand des rochers ont égaré ses flots , Pour retrouver la rive maternelle , Bondir dans Tair et tourmenter ses eaux.

Ainsi tout marche au gré de la nature; C'est par l'instinct qu'on échappe à l'erreur. Pourquoi si loin rechercher ^imposture , Quand près de soi l'on trouve le bonheur?

Dans les ennuis d'une trop longue absence , J'aime à rêver à mes anciens plaisii'S ; Mon cœur renaît; ma mUse est l'Espérance , Et je jouis en chantant mes désirs.

Nymphes y qui peuplez cette nve , Vos jeux augmentent mes regrets , Ah! laissez à ma voix plaintive Le silence de ces bosquets.

Viens dépouiller ce beau feuillage , Triste Aquilon , roi des hivers ; Un malheureux y dans son veuvage ^ Se plaît au deuil de l'univers.

J'aime la longue chevelure

Qui couvre ces saules pleureurs ;

Ils me disent que la nature

S'afflige jAussi de mes douleurs.

Mais, dans leur funéraire enceinte ,

Un monument frappe mon œil ;

Près des morts approcKebs san» crainte ,

Ils ne connaissent plus l'orgueil.

Mais déjà quel charme s'opère !

Mes soupirs sont moins déchirans.

Et d'une fraîcheur salutaire Le calme a pénétré mes sens.

Oui , je reconnais sa puissance , Ici Gessuier est l'enchanteur ; Toujours il fut de l'innocence Le peintre et le consolateur.

Chantre d'Abel , tu vois un frère Par ses frères persécuté ; Ainsi du méchant sur la terre L'exemple seul est imité.

Autrefois la France attendrie De ta lyre goûta les sons ; Mais elle admira ton génie Sans profiter de tes leçons.

D'une fastueuse guirlande Je n'orne point ton monument ; Quelques larmes sont une ofiFrande Que préfère le sentiment. ^

Puisque jamais l'aflEreuse envie Ne souilla ton cœur généreux , Souffre que le mien te confie Un devoir cher à tous les deux.

Estelle, Numa, Galatée, Viennent de rester orphelins; De leur père l'ame agitée N'a pu soutenir ses chagrins.

Quand parmi les ombres paisibles Tu connaîtras ses doux accens , Au nom de tous les cœurs sensibles Présente un myrte à ses talens.

Dans sa malheureuse patrie Peut-être on ignore sa mort, Ou d'une indifférence impie On a payé son triste sort.

Ainsi ^ dans un péril extrême, Gh^icun chargé de sa douleur, Réservant ses pleurs pour lui-même , En refuse à son bienfaiteur.

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