‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 4)Chapitre 15 sur 19 · IV · texte numérisé non relu

IV

3a2 ARTICLES INÉDITS.

M. de Simiane tirera de sa charge environ t^S^ooo I. par an , et le maréchal de Villars tirera aussi plus de la Provence que M. de Vendôme , qui en avait le gouvernement avant lui.

98 Novembre^

On fit à Notre-Dame le service du feu roi.

L'abbé Maboul prononça Toraison funèbre, et reçut de grands applaudissemens. Les princes et beaucoup de courtisans dînèrent chez le cardinal de Noailfes. Le dîner fut fort magnifique.

a Décembre.

A l'assemblée du prima mensis de la Sorbonne, il s'est passé des choses dont on croit que le pape ne sera pas content. Ils ont déclaré, à la pluralité des voix , et des voix en grand nombre , qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de recevoir la bulle Unigenitus^ et que ce qu'ils avaient fait en cela n'était que pour obéir au feu roi.

7 Décembre.

Le prince Camille est mort à Nanci. U était fils de M. le Grand , fort infirme depuis long-temps , et fort aimé ici et en Lorraine. Il avait une pension de M. de Lorraine , de ^49^00 liv. Il en avait une en France sur l'archevêché d'Auch , de 8,000 liv., et le feu roi lui avait fait un don sûr les litières , qui valait bien autant.

ANNÉE 1716. 3a3

a Janvier 1716.

M. le duc d'Aumont et M. le duc d'Antin ont obtenu un dqn de vingt sob par jour sur chaque carrosse de remise qui sont dans Paris. On compte qu'il y en a ^environ trois cents 9 ce qui monterait à 36^000 écms par an pour eux deux.

5 Janvier. -

On a fait plusieurs représentations à M. le duc d'Orléans sur le don qu'il avait fait à MM", les ducs d'Aumont et d'Antin. Ce don n'était pas encore scellé , et l'affaire ne se fera point. M. le duc d'Orléans leur a promis de leur faire des grâces d'ailleurs.

i3 Janvier^

Les Juifs de Metz ont envoyé ici pour représenter leurs intérêts sur le don accordé au duc de Brancas. Ils prétendent avoir rendu de grands services à l'État y et on commence à croire que le duc de Brancas tirera moins d'argent de cette affaire qu'il ne l'espérait.

%i Janvier.

Madame la duchesse de Lesdiguières de Retz mourut ici dans son hôtel après une longue maladie ; le duc de Villeroi et son frère l'archevêquf en hériteront de plus de loo^ooo écus de rentes

8a4 ARTICLES INIËDITS.

en terres magnifiqueSty de Thôtel de Lesdiguières , et d'une infinité de beaux meubles.

if. D. A. ïlïadaine de Lesdiguières , reste àcs Gondi en France y était éû ^out 'point 'ektra6rdInaire.*Avec de l'esprit et 'des biens fiàmenses, eRe'éta^t'ràVî^le, et n'eût pas â'o'n'hé UQjtoaletàsesplus&milicrs. Eitte ne feovfftit ))i%dqiie jafmais de sa maison qui., fermée d'une fprîUe ^ laissât voir un Vrai palais de fée , tel (pie les dépeignent les romans. Le dedans , presque désert, y répondait pa'r sa magnificence et sa singularité. Son équipage et ses maures, avec leurs turbans et leurs plumes, en achevaient le tableau. On lui avait reproché sa liaison Xx^ marquée avec l'archevéqué de Paris, Harlay, jusiju'à la mort de ce prélat.

94 Janvier.

M. le Duc alla le soir en traîneau dans les mes de Paris. Il y a long-temps ^u'on n'y en avait vu.

4 Février.

On a kmvert le téstatnent de Cavdjre , dtfcdiîltliè il-élaît fort riche) qu'il n'aVait point d'énfetofe , ïA de parens de son ùorn^ tih èroyait qù^il ferait éës le^ èoiïsidéi^^tes à ses idmis ; ttlais fl y ktait r(nè donation mutuelle entre sa^ femme 6t lu| , et: il tifè fait des dons considérables qu'aux pauvres , à qui il donne le quart de son bien après la mort de sa feminè.

IVl i). A. On ne peindrait pas aisément le courage Âe cette lèiiiine , & la ^hiort de soh màfi , iii 1k 'séjiultare à 'laquelle îeHb ^ côlidaiilitt& au ttiMUèM mmSsi de' c^le Mèirt , k\ ^^'elfe

ANKÉË 1716. 3a5

a gardée avec une fidélité inpuie Elle conserva son premier deuil toute sa vie , ne découcha jamais de la maison où elle Tavait perdu y passa les journées dans une diapelle de Safait- S^lpioe où il fut ei^terré , n^ TOi\hit voir que les persaaiies qui se trouvc^rent k sa mor-t, ne s^occ^^ que de^bojiiiQs <)^iirvres, et presque toutes relatives au salut de son mari, et sp consuma de la sorte en peu d'années , sans avoir jamais reculé en rien d'une ligne. Une véhémence de cette égalité , sans relâche en quoi que ce soit , et toujours surnagée de religion j est peut-être un exemple unique.

a6 Février.

Les huit sœurs mariées du duc de Noailles sQpt ta duchesse de Guiche ^ etc. Je marque cela par la singularité de voir liuit filles de qualité de même père et àfi même ndèrç tQ^tes bi^iii m%ri^e^^

18 Avril.

Le roi voit^ dans la salle des Suisses j^ un petit Tol d*oiseaux qu'on avait dressés à prendre d^ moineaux.

7 Juillet.

1^. la ift>,<^ recomm^ce à demn^,, a^diçi^pe à ]|\f. le duc d'Qrlé^ns. M^i$ P^ 9^ h Im^ donqera point , s'il nç dit; siuparara^t ^^ maréchal dUxelles ce qu'il a ordre de dire. On veut savoir de 'quoi et comment il veut parler, afin de préparer la réponse. On s^attend bien qu'il n'a rien d'agréable à dire.

3a6 ARTICLES INEDITS.

a3 Août.

M. d'Aligre f président à mortier, a eu une pension de 6,000 livres qu'avait le feu' président de Maisons, et c'est une des quatre pensions qu'on appelle les pensions de Pontpise.

N, D. A, Lorsque , dans la minorité du feu roi , le parlement se divisa pour et contre la cour, et le marqua , les uns par leur désobéissance en continuant de le tenir à Paris , les autres obéissant aux ordres de la cour en allant le tenir à Pontoise, les prlncipaux.de ces derniers eurent 6,000 livres de pension , que le feu roi continua assez ordinairement dans leur famille, et c^st ce qui s'appelle des pensions de Pon-^ toise,

i*'* Septembre.**

On fit le service du bout de l'an pour le feu roi. Il n'y eut que les héraults qui firent les révérences ; les princes n'en firent point. La cérémonie, qui commença à dix heures et demie, ne dura pas deux heures.

ai Septembre.

M. le duc d'Orléans fit la revue des gardes-ducorps. Ils sont habillés de neuf, et leur habillement coûte 5o,ooo livres moins que les autres années ; mais il est plus habillement de guerre.

a5 Septembre.

La duchesse d'Âlbret et la maréchale d'Estrées voulaient avoir la maison de Bourvalais , qui est

dans la place Vendôme. M. le duc d'Orléans l'a fait donner à la duchesse d'Albret ^ qui était logée en maison d'emprunt.

16 Octobre.

Le roi Jacques , qui est toujours à Avignon , a envoyé un courrier à Maréchal , premier chirurgien du roi, pour le prier de lui envoyer diligemment un chirurgien accoutumé à faire la grande opération. Maréchal, ne pouvant y aller lui-même , y a envoyé son neveu. Ce pauvre petit roi est accablé de bien des rnalheurs , et fait grande pitié.

17 Décembre.

Le roi alla se promener à la plaine de Grenelle , où il savait que l'on devait passer par les armes un soldat aux gardes qui avait déserté , et il voulut y aller pour lui faire grâce. Le roi témoigna même beaucoup d'impatience que le prisonnier arrivât , et dès qu'il fut à portée de lui , il cria grâce ; et l'on voyait le plaisir qu'il avait à la faire. La promenade fut courte; il ne l'avait faite que pour cela : le temps était fort vilain.

3 Mars 1717.

Cette malheureuse femme qu'on appelle madame de La Fontaine, qui, pour prolonger son jugement, demandait à être confrontée avec M. Desmarets, a été convaincue, jugée, et con-

3a8 ARTICLES INÉDITS.

dftiDnée a» pilori. On d^t pocntanf qu'on i/j cohdamne pas le» femmes. M. Desmarefs est justifié sans avoir été obligé de comparaître.

iV. D. A. Cette femme^ fnrodhlife et soutenue par le duc de Noailles, voulait faire pendre Desq^turets, el pensa être pendue etle-méme.

\^ Mars.

On a appris j par le dernier ordinaire de Rome , que le pape avait fait brûler^ par la main du bourreau , les lettres que quelques curés du diocèse de Paris avaient écrites à M. le cardinal' de Noailles il y a quelquç temps.

Al|;>eFgotti mourut le matin* On le trouva presque mort en entrant dans sa chambré. II était gouverneur de Saar*^Louis, colonel de Royal-^Ita'* lien y et avait outre cela 1 2,000 livres de pension et beaucoup d'argent comptant.

iV*. Z>. A. C'était un Florentin dîgfne de figurer auprès de Catherine de Mëdicis , et d'être dii mène pays q«i^8lf^: Cest en deux mots beaucoup louer son esprit , et dire ce ^que ?alait son cœur. Du reste, avare à l'excès^ particulier, débauché obscur et secret, excellent oflicicr-général , mais dangereux selon ses vues personnelles; de la valeur la plus éprouyée, la plus froide , la plus soutenue , et à qui cependant les affronts publies les plus avérés ne coûtaient rien à rembourser en faveur de sa fortune; d'ailleurs froid, s'iencieux, dans l'iiïtimité de Meudon , et sUr un picd Ibrl agréable avec le roi. Il vivait beaucoup aiMoss^ 11 meuriit d'un aeeès dehaub-mal,

auquel il était sujet, et faute d*étre secouru , parce qu'il s'en

cachait infiniment.

3i Harsi.

M. d'Antîn a prié M. le duc d'Orléans de le décharger du soin de TOpéra. Il trouve que ceux qiii le composent sont 'des gens trop difficiles à gouverner.

7 Avrfl.

Madame Fagoa, femme du premier médecin du roi, est morte au Jardin du Boi. C'était une femme de beancomp d'esprit , mais fort extraordinaire. £11% était toujours malade, et passait presque toute sa vie à Bourbon ^ où. elle fetsfit beaucoup de bîesi et était fort hcmopée. £Ue se croyait f>lus grand miédecizi que son mari , qui était reconnu généralement pour être le plus grand médecin de France.

3o Mai.

On a nouvelle que le prince Eugène est parti de Vienne le 14. U a fait un testament par lequel il fait son neveu son héritier. On prétend qu'il y a. une prédiction fatale contre lui , et que l'Empereur sait ; mais il paraît que le prince Eugène n'en fait pBs grand cas et n^ fait aucune attention.

a4 Juin.

Deuz mousquetaires, qui faisaient du désordre à trois heuros du roçiti»^ on* été tué:^ par le gu^et.

33o ARTICLES INÉDITS.

lo Juillet.

L'affaire du duc de Bran cas sur les Juifs de Metz est ^fin réglée : on a prouvé qu'il j avait bien moins de familles de Jui£s dans cette ville-là qu'on n'avait cru, et que même la plupart étaient fort pauvres. Le duc de Brancas croyait en pouvoir tirer au moins 40^000 livres; cela est réduit à 169O00 livres; et la comtesse de FonHine, qui avait donné cet avis au duc de Brancas, a le tiers de ces 16,000 livres.

19 AoAt.

Madame de Mouchi est déclarée dame d'atours de xnadame la duchesse de Berri , et madame de Pons , qui l'est déjà, y demeurera. Ainsi ipadame de Berri en aura deux.

N. D, A, Les riottq^, les petites intrigues, les déplorables galanteries^ pour en parler modestement, de cette petite cour de madame la duchesse de Berri , n'ont que trop fait de bruit dans le monde, tant que Dieu l'y a laissée; mais elles rempliraient trop ces notes, et trop fadement, depuis que tout cela a passé avec elle.

i" Septen^bre.]

L'anniversaire du feu roi se fit à Saint-Denis, où il n'y avait de princes que M. le duc du Maine et M. le comte d'£u , et un assez petit nombre de courtisans. Les évêques qui y étaient voulurent avoir des carreaux. Le cardinal de Polignac était

ANNÉE 1717. 33i

avec eux. Od ne voulut point leur en donner.

Ils sortirent de l'église, et vinrent porter leurs plaintes à M. le duc d'Orléans.

8 Septembre.

On a pris la maison de Bourvalais pour en faire la maison des chanceliers. Le chancelier d'aujourd'hui , qui craint le bruit des carrosses et qui a beaucoup à travailler, fait faire un appartement pour lui sur le derrière de la maison , et il le fait faire à ses dépens.

27 Octobre.

On a donné au duc de Tresmes 80,000 livres , parce qu'à la mort du roi il n'a pas profité du deuil comme le premier gentilh#nme de la chambre avail^ fait à la mort du roi Louis XIII.

I a Novembre.

Crozat le cadet paie les bulles du père Massillon, nommé à Tévêché de Clermont.

18 Décembre.

Le sieur Lefèvre est mort àSaumur. 11 était fils du fameux Tanneguy Lefèvre, le plus savant homme de son temps. Celui qui vient de mourir avait été ministre en Suisse et en Angleterre. Il se fit ca- ^olique . il y a quatre à cinq ans , et le roi lui donna une pension de 2,000 livres. Il était frère de madame Dacier, femme illustre dans les sciences.

33a ARTICLES INÉDITS.

ao Péeembre.

Richard Mamilton est mort à Ppussaj^ chez sa nièceTabbesse, fille de la feue comtesse de Gram.mont sa sœur.

N'. D. A^ Richard Bamiltoii éiaîl nv. komoie de beaucoup ^'e^prit^^i savait, qui amusait, qui avait d^sg^açe^ et de rornçmçat, çt qui^ ayant çui^ne fort aimable. figure;, avait eu beaucoup de bonnes fortunes en Angleterre et en France, où la catastrophe du roi Jacques Tavait ramené. Il avait servi avec distinction, et la comtesse de Grammont, sa sœur, Far* vait aidé à s'initier dans les compagnies de la cour les plus choisies; mais elles ne lui procvrèrent aucune fortune, pas même le moindre abri de la pauvreté. Il était catholique , et sa sœur l'avait mis dans une grande piété , qui l'avait fait renoncer aux dames, pour qui il avait fait de très— jolis vers et des historiettes élégantes.* n alla mourir chez sa nièce, quoique pauvre elle-même, mais moins pauvre que lui, peur ne pas^

mpurir de faim^

!•■ Janvier 171 8.

Le feu roi , quaqd il éfait à Paris | all^t tous les premiers jours de Fan entendre le salut aux Jésuites , et c'est sur cet exemple-là qu'on y a mené le roi.

i**^ Février*

Il n'y eut point de bal à l'Opéra, quoique ee soit un des jours que ces bals-là se donnent; mats comme c'est la veille de Notre -Dame, on a craint que cela fit perdre la messe à quelques masques , et le bal a été remis au lendemain.

AlïMÉE 1718- 333

16 IPévrier.

 la thèse de l'abbé de Saint-Âlbin^ à)a Sorbonne^ et où Madame assista y les cardinaux et les prélats avaient des chaises à dos. M. de Conflans, premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans, en faisait les honneurs par ordre de son maître.

N» D. A, Jamais scaadalc si complet et si fou que celui'jde cette thèse, où le fils non reconnu d'une comédienne fut traite comme l'aurait pu être, et tout 'au plus fort, c(îlui de M. et de madame la duchesse d'Orléatis. Madame , qui, en grande princesse , ne se conduisait que par fantaisie , avait pris ce petit garçon en amitié, à peu près comme elle y prenait quelqu'un de ses chiens , et oubliait pour lui une naissance qu^elle déteâtait dans sa belle-fille et dans les aûtrefs bàtiirds durdi.

xs Mhrs.

Madame de Lorraine alla à la foire, et vit chez la (Bàtron un ^ectacle ^ui réjoait tout Paria? et où on va plus qu'à l'Opéra et à la comédte.

'î6 Mars.

M. le cardinal de Polignac a pris la résolution de se faire prêtre, et dès qu'il aura fini des procès qui l'occupent fort présentement ^ il se mettra en retraite pour cek.

19 Mars.

Lé parlement s'assembla , et eondaHiiiafh lettre

de M. l'archevêque de Reims à être brûlée par la main du ^bourreau , ce qui doit être exécuté lundi.

6 Mai.

Trois officiers de l'Académie rendirent compte à M. le duc d'Orléans de ce qui s'y était passé hier sur l'abbé de Saint-Pierre. Il approuva la déposition ; mais il dit qu'il fallait en user comme od avait fait de Furetière j qui fut déposé , et dont on ne remplit poif^t là placé.

ao Juin.

On surprit un conseiller au paîlement nommé Laville-aux-Clercs^ qui déchirait la nuit les affiches de l'arrêt du conseil de lundi après dîner. Il était à cheval dans les rues j et faisait d'autres désordres. On l'a mis en prison.

9 Juillet.

Quelques chanoines de Beauvais font une affaire cruelle à leur évêque, et l'accusent d'arvoir un commerce trop particulier avec une fille de leur ville, et que ce prélat voulait, disaient-ils, loger dans Févêché. Toute la famille de cet évêque est fort en mouvement pour approfondir cette affaire, et craint qu'il noyait quelque imprudence de sa part. Cette affaire fait d'autant plus de bruit qu'il était avant cela dans une grande réputation pour ses bonnes moeurs.

19 Juillet.

Les dames de la famille de M. Tévéque de Beauvais ont obtenu une lettre de cachet pour faire enfermer aux Madelonnettes la fille kjuI avait donné lieu au scandale , et cela fut exécuté hier matin. Les archers la vinrent pren4re dans un village auprès de Paris où cet évêque l'avait fait venir. Il se plaint fort du procédé de sa famille.

i\r. D. A, Le feu roi nomma l'abbé de Saint-Aignan à l'évécbé de Beauvais , malgré sa jeunesse et les représentations du duc de Bcauvilliers, son frère. Malheureusement le nouvel évéque, qui était un ange de piété, se mité. confesser; métier peu propre à son âge , et peu convenable à son état. Une jeune créature se mit en tête d'aller à lui pour le séduire. Elle n'y réussit que trop. Sa famille, le cardinal de Noailles^ tout vint à son secours pour le cacher et le coni|;ertir. Lui-même fit tout l'éclat , et la tête lui tourna si entié-

rement, qu'après de longs scandales avec différentes maîtresses , qui le ruinèrentet le possédèrent en entier, il projeta de passer en Angleterre. Il fallut e^fin changer son évêché en une abbaye , et le reléguer à Giteaux , où l'abbé n'oublia rien pour se faire décharger d'un pareil hôte.

5 Septembre.

n y eut une fort jolie fête la nuit au moulin de Javelles. C'est M. le prince de Conti qui la don nait à une dame de Normandie. On prétend que le mari de cette dame n'a pas été content, et qu'il a emmené sa femme en son pays.

336 ARTICLES IBIÉIHTS.

7 Octobre.

M. de Perraanglée, ftncien fnfarécbal^de-cjganp ^ bie& afflige de «'être point de la promoticm des Ueutenan^-géDéraux ^ parla à M. le duc d'OiAéaiis , qui lui dît qu'il ]i^a<vançait pennt les officiers qui étaient placés et qtïi araient; des gouvernemens. Sur C€da Jtt. de Fet*maiiglée dit quHl étaît ^rêt de dotfixer ^a idétiiissioû du gouveniement du ffert Louis. .M. le duc d'Oiiléans lui répoad>t::.cc De qt|pi vivriefic^vous^ monsieur, si vous n'aviez plus voire gouvememefit ? » Il lui répondit : « Je Vivrai de , pain et d'eau. » Et sortit comnt^ un liomme au désespoir.

lo Novembre.

Mademoiselle, qui s'est faîte religieuse à Chëlles, a appelé au futur concile, et sept à huit religieuses se sont jointes à elle pour cet appel.

#3 Novembre.

L'abbé Strikland.^ à qui M. Je duc d'Orléans avait promis l'abbaye de Préaux , à la recommandation des ministres du roi Georges, a été présenté ce matin à Son 'Altesse floyale, à^qui â a faîtises vemefoîemesis.

3i Décembre.

L'abbé Mongaist, précepteur ^de^M. 'le ^duc de

Chartres, prit 6a place àTAcadémie. Il fit un trèsbeau discours. M. de Sacy y répondit, et se chargea avec plaisir de la commission d'y répondre, les officiers ne le pouvant pas faire.

3o Janvier 17 19.

Madame la comtesse de Charlus est morte. La communauté avec son mari , qui est encore en vie, a été bonne.

jV. D. A, Il faut quelquefois uil conte pour délasser. Madame de Charlus s'appelait B'^'^'^, d'une famille anoblie. Avec le visage, la taille , le port, la saleté et le maintien de ces grosses vilaines vendeuses de morue , qu'on voit bouffies et jurantes dans leurs tonneaux , elle était d'une avarice que rien n'égalait, et faite et vêtue à se faire donner l'aumône. Outre cela , joueuse démesurée , glorieuse , grossière et brutale à l'avenant. Elle jouait un soir, déjà vieille, chavre et blanche , chez madame la princesse de Gonti , à une grosse partie de lansquenet, el y soupa pour jouer toute la nuit. Les femmes avaient alors ces coiffures si ridiculement hautes dont le feu roi ne put jamais les défaine , et les vieilles en portaient des bonnets tout coiffés, qui n'étaient point attachés, et qu'elles mettaient conrme les hommes font leurs perruques. Madame de Charlus se trouva à table auprès de l'archevêque de Reims, le Tellier , et, ne prenant pas garde à ce qu'elle faisait, mit le feu à sa coiffure. L'archevêque, qui la vit embrasée, lui jeta son bonnet par terre. Madiime de Chnrlus, qui ne s'était point aperçue du feu , se tourne en furie vers l'archevêque, et lui fait sauter au vicage un œuf qu'il tenait à la main, en lui chantant pouille. On peut juger quel spectacle ce lut que cette vieille chenue décoiffée et furibonde, IV. 22

338 ARTICLES INEDITS.

et le large visage de M. de ^eimsi toq^1>9rhouiUé d'qsuf.

L'éclat de rire fut universel. Madame de Gharlus fut surtout

piquée de voir l'archevêque rire comme les autres , et se

porta aux soufflets , qu'il parait du coude , en riant de plus

en plus. Madame la princesse de Gonti eut bien de la peine

à lui faire comprendre le hon office qu'on lui avait rendu ,

et de Fempêcher de rognonner toute la nuit. Elle était soeur

de Meziéres qui, avec un visage de grenouille pourrie, se

croyait ui^ petit Luxemjboiipg, parée qu'il était korriblie-

ment bossu par devant et par derrière. D'ailleur» bon ofBcier,

s'imaginant qu'il était couru de toutes lesdamçy , çt sf mirant

devant toutes les glaces. L'a^nour d'^ne p^rt , et la p^i^vreté

de l'autre, afV^ien.t fait son maifiage ^voc mac^empiseUe

Oglethorpe^ fille d'un gen.tilhonçime anglais, de bou li;eu, et

d'une blanchisseuse de 1^ reine d'Angleterre.

ag Mars.

M. le duc de Richelieu fut arrêté chez lui à neuf heure; du matin y par Duchevron , lieutenant de la prévôté , accompagné de plusieurs archers qui le menèrent à la Bastille. MM. ies p^rs trouvent qu'un pair devait ét,rç arrêté plus honorablaaaent

3 Avril.

M. le garde des sceaux et M. le Blaqc furent long-temps à la Bastille,,où l*oq a pçrçii^ à IVI. de Richelieu d^avQii: un valet de chambre, et on lui donne des livres, un trictrac et un basse de viole, qu^il avait demandés.

7 Juin.

M. Dupin, fameux docteur de Sorboune, est mort. M. Petitpied et un autre docteur ont eu des lettres de cachet.

A^. D, A. papin , docteur àt Sorbonne, et de plud infiniment docte et laborieux, est un étrange exemple d«? la conduite de notre cour qui , dans des temps de brouilleries avec Rome, se servit très-avantageusement de sa plume, puis le laissa manger aux poux. Il fut réduit à imprimer pour vivre. C'est ce qui a rendu ses ouvrages si précipités, et ce qui enfin le blasa de travail et d'eau-<de^vie , qu^tl pfenatif en écrivant pour se ranimer y et pour épargner d'autant sa nourriture. Bel et bon esprit , juste , judicieux quand il avait le temps de Pétre , et un ptiits de science et de doctrine , avec de la droiture > delà vérité et des mœurs.

i5 Juin.

Nyert, premier valet de chambre du roi^, mourut ces» joues passés.

N, D, A. CeNyert était an viéul singe , mais plus mal- Élisant qu'aucun de ces animaux. Son père avait fait fortune par sa voix et par son lutb, en cbaribant les ennuis de Louis XIH, lorsqu'en 162g il s'obstinait à forcer le pas de Suze, contre l'avis du cardinal de Ricbelieu qui l'y laissait à dessein se morfondre. Le petit-fils de ce chanteur fut un saint, et un saint très-aiitiabfe , dès sa prettiiéré jeuneâSe jusqu'à sa mfort.

7 Décembre.

Le père Quemel^qui a tant fait de bruit, et dont

34o ARTICLES INÉDITS.

les ouvrages en font tant encore, est mort à Amsterdam y et a feit en mourant une profession de foi qu'on a rendue publique.

II DécemHre.

M.Law fut élu ces jours passés à l'Académie des Sciences.

a 3 Décembre.

L'abbé Dubos fut élu à l'Académie française à la place de l'abbé Genêt, il y avait vingt-quatre académiciens , et il eut les vingt-quatre voix.

1er Janvier 1720.

L'abbé d'Entragues a fait une démarche si étonnante qu'on a peine à la croire quoiqu'il y eût long-temps qu'on a des soupçons de sa mauvaise croyance. Il alla ces jours passés chez l'ambassadeur (ie Hollande, où il fit abjuration publique de la religion catholique , et communia avec les protestaus. Il s'est même vanté d'avoir communié sous les deux espèces. M. le duc d'Orléans, qui en a été informé, avait donné ordre qu'on le mît à la Bastille. Mais des princesses ont intercédé p<fur lui, et ont cru quHI valait mieux le laisser sauver. Sa famille a eu peine à lui faire prendre ce parti , tant il est extraordinaire dans toutes ses manières.

, 4 Janvier.

Le parlement va faire le procès à l'abbé d'Entra-

gués. M. le duc d'Orléans dit que, si on Tavait pris, il l'aurait envoyé à Saint*Las^are, ou auiç Petites Maisons.

9 Janvier.

T/abbé d'Entragues qui avait été jusqu'à Anchin pour sortir du royaume^ au lieu d'aller de là à Tournay dont il était fort proche, a voulu aller à Lille , où il s*est présenté au gouverneur et s'est nommé. Le gouverneur a eftvoyé un courrier à M. le duc d'Orléans, pour lui mander qu'il Fa fait arrêter.

14 Janvier. ?

Madame de Rabodange est morte. Elle était fille du feu maréchal de la Ferté. Elle avait eu la petitevérole dans une maison dont ou l'avait fait sortir,

ce qui a fait un peu crier contre les maîtres de cette maison.

5 Février.

On a quitté le dessein qu'on avait de faire venir à Paris un Opéra italien. L'on a cru que cette musique-là , quoique fort belle , ne réussirait pas ici. Le prince de Carignan avait engagé les plus belles voix d'Italie à venir.

On a fait ces jours-ci un service à la Pitié pour le père Quesnel. On ne dit point aux dépens de qui ce service s'est fait , ni celui qui l'a ordonné.

34a ARTICLES INÉDITS.

On sait seulement que les évéques de Montpellier et de Boulogne y étaient , et on croit que celg n'a pas été agréable à la cour. On disait que ces deux évéques auraient des lettres de cachet.

17 Mai.

Od maade de Lille qut^ l'abbé d'Entragues s'est refait catholique, et $t fait son abjuration entre les mains de l'abbé de Chauipigny. On ne sait pas encore s'il aura la permission de revenir à Paris.

N. D, A. L'abbé d'Entragues, parent de madame la priacesse de Gootv^ et/ort répandu dans la plus haute société, était un grand homme sec^ bien fait^ avec des manières ai? sées , mesurées , très— polies , dVin esprit extrêmement orné , d'un langage agréable, et naturellement plaisant sans le vouloir être; habile à saisir les ridicules, et avouant les siens de bonne grâce ; se moquant fort de la cour , et d'ailleurs sans mœurs , sans honte et sans peur. Il se piquait d'4tre extraordinaire, et l'était en tout et au dernier point. Il affectait toutes les manières des femmes, travaillait en tapisserie, portait un éventail , et en déshabillé se coiffait comme eUes , avec une pâleur de mort , du rouge aux lèvres , du noir aux sourcils. Pelletier de Souzy le trouvant- un jour assis dans son lit , on peignpir , eu cornettes et eu rubans 9 et travaillant en tapisserie , crut s'être trompé , et s'enfuit. C'étaient là les fa^ns de ce bon ecclésiastique , qui s'était fait tel par choix, et avec la vocation qu'on voit par ce peu qu'on en dit , et le rare est saus poltronnerie, car cet homme -femme n'avait peur de rien. Il couchait ses mains suspendues pour se les rendre phis blanches, et se faisait saigner très— souvent dn pied; puis marchait tout le jour dans les rues , quoiqu'il eût

un carosae et d'assez bonnes abbayed. On Tavertissait qilMl deviendrait hjdropique ; il répondait qUe c'était sa friandise. Trés-rangé dans ses affaires quand le jeu ne le dérangeait pas; propre k l'excès; d'un goût exquis en babits, en ^meubles , en maisons , se crevant de fruits et de glaces jusqu'à là dernière vieilléése , ei dû reste très-sobre. On n*a jamais pu savoir y ûi lui non plus , ce qui le détermina à la surprenante démarcbe dont il s'agH. Il 6e piqua quel<^e te'mps du personnage de eon/èsséur persécuté. Il s'en lassa bientôt , et on se lassli aussi dé le tenir en prison. Il irentra au giron de l'Église y et fréquenta comme auparavi^t toutes les mai« sons des princes du sang , et autres. Il affecta d'abdrd de se Taire voir À la ïnesse , aVéc un grand bréi^iàîre ; Inàis il revint bientôt à sa vie ordinaire. Il ne laissait^as , avec ses moeurs dépravées, de donner beaucoup aux pauvres. 11 parvint à plus de quatre-vingts ans, sans infirmités, et mourut avec courage, et à ee qu'il parut, en bon èhr^en.

3$ ifai.

L'âbbé Alary entra pour la première fois à l'étude du toi y et l'entretint fort sur le blason. Le roi lui fit des questions fort à propos , et comme Uti homme a qui la matière plaisait.

6 Juin.

La comtesse de Gacé est sortie depuis quelques jours de son couvent. On ne sait où elle est allée. MM. de Matignon ont obtenu des lettres de cachet pour la faire reprendre partout où elle sera.

17 Juin.

Madame de Coësquen est morte à Rennes dans

uo couvent. Il y a long-temps qu'elle s'était retirée de la cour, où elle avait été fort bien avec feue Madame , et mêlée dans beaucoup d'affaires. Elle était sœur cadette de feue madame de Soubise , et quoique moins belle , elle plaisait presque autant.

N, D, A, Elle est fameuse pour avoir tiré de M. de 'Pa— renne, son amant, le secret du siège de Gand. Cette aventure y que M. de Louvoîs ne laissa pas ignorer, depuis qu'elle ne fut plus d'aucune conséquence, donna, tant le Français est admirable, beaucoup de relief à madame de Coè'squen. Elle ëfait belle , encore plus agréable ,. et de grande mine , avec de l'esprit^ et fort faite pour lacQur et le. grand monde ,' où elle figura long^-^mps. Le roi la cpnsidéraitt

i**' Août.

Le comte de Saxe , fils du roi de Pologne et de la Konismark , est en France depuis quelques mois. On vient de le faire maréchal-de-camp , comme il était dans les troupes du roi son père; et, pour s'attacher davantage au service de la France,, il a acheté le régiment de Link, qui est un régiment allemand qu'avait le comte Spaar pendant qu'il a servi en France. Il en donne plus de 100,000 liv.

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