Avril
II est arrivé de Rome un décret de l'inquisition contre le mandement du cardinal de Noailles et celui de l'archevêque de Tours , que l'on qualifie de captieux , scandaleux , téméraires , injurieux au Saint-Siège , et Fon ajoute même à «elui du cardinal de Noailles, sentant le schisme , et y conduisant.
II Mai.
On a exilé trois docteurs de Sorbonne , qui sont l'abbé Bidal , l'abbé de Bragelonne et M. Hulot.
14 Mai.
Depuis que le cardinal de Bouillon est arrivé à Rome , les cardinaux de la Trémoille et Gualterio lui ont rendu une visite comme au doyen des cardinaux. Le roi leur avait permis de lui rendre cette visite , et leur a ordonné de ne hii en pas rendre d'autres.
agô ARTICLES INÉDITS.
17 Mai.
M. le maréchal de Villars fut élu tout d'une voix à r Académie en la place de M. Tévéque de Senlis %ère de M. Chamiïlard. Il avait écrit une lettre à un académicien pour la lire à l'Académie après son élection , dans laquelle il mandait que M. le cardinal de Rohan , M. le cardinal de Polignac et moi pouvions assurer la compagnie qu'il recevait avec beaucoup de joie et de reconnaissance l'honneur qu'on lui faisait de le choisir.
N. D. A, L'Académie française se perdit peu à peu par sa vanité et par sa complaisance. Ëlte serait demeurée en lustre si elle s'en était tenue à son institution. La complaisance commença à la gâter. Des personnes puissantes par leur élévation ou par leur crédit , protégèrent des sujets qui ne pouvaient lui être utiles, et conséquemment ne pouvaient lui faire honneur. Ces protections s'étendirent après jusque sur leurs domestiques par orgueil, et ces domestiques, qui n'avaient souvent pas d'autre mérite littéraire , furent admis. De là cela se tourna en espèce de droit que l'usage autorisa , et qui remplit étrangement l'Académie. Pour essayer de se relever au moins par la qualité de ses membres, elle élut des gens considérables , mais qui ne l'étaient que par leur naissance ou leurs emplois , sans lesquels les lettres ne les auraient jamais admis dans une société littéraire, et ces personnes eurent la petitesse de s'imaginer que la qualité d'académiciens les rendait académiques. De l'un à l'autre, cette mode s'introduisit , et l'Académie s'en applaudit par la vanité de iaire subir à ces Hommes distingués une égalité littéraire. Tel qui eût été à peine assis chez un autre , se croyait quelque chose
de grand par ce mélange , et ne sentait pas que cette distinction intérieure et momentanée ne différait guère de celle des rois de théâtre et des héros d'opéra. Tant que l'Académie n'a été ouverte qu'à des prélats et à des magistrats, en petit nombre , distingués en effet par le*s lettres , et à des gens de qualité, même de dignité, s'il s'en trouvait de tels, elle leur a donné, et en a reçu un éclat réciproque ; mais depuis que, par mode et par succession de temps , les grandes places , et celles de domestiques , sans autres titres, s'y saut réunies , les lettres sont tombées dans le néant par le très-petit nombre de gens de lettres qui j ont eu place , et qui se sont découragés par les confrères qui leur ont été donnés, parfaitement inutiles aux lettres, et bons seulement à j cahaler des élections. On admirera la fatuité de plusieurs .gens considérables, qui s'y laissèrent entraîner, et celle de l'Académie à les élire.
8 Juin.
Il y a eu du désordre à Lyon. Les bouchers avaient animé la populace sur ce que la ville avait mis une imposition sur la viande. La sédition a été assez grande. Beaucoup de peuple avait pris les armes. Cela est un peu apaisé, parce que M. de Meillan l'intendant a fait ôter cette imposition nouvelle, dont on n'est pas trop content ici. I^e maréchal de Villeroi, qui est à Villeroi avec la goutte, a écrit au roi pour le prier de lui permettre d'y aller.
9 Juin.
Le roi permet au maréchal de Villeroi d'aller à Lyon, et lui sait très-bon gi*é de s'être offert. Il
îigS* ARTICLES INÉDITS.
partira le j5. On a envoyé à quelques-unes des troupes qui campent sur la Saône Tordre de marcher à Lyon , afin que le maréchal se puisse faire obéir, en cas que les mutins fussent en assez grand nombre pour vouloir s'opposer à ses ordres.
ao Juin.
Madame la duahesse de Bouillon alla sur les sept heures du soir de Paris à Clichi , où M. de Bouillon est malade depuis quelque temps. En y arrivant elle se trouva très-mal. Elle mourut sans qu'on pût lui donner' aucun secours ni pour Tame ni pour le corps.
N, D. A, Quoique la plus heureuse et la moins déraisonnable des nièces de Mazarin , sa vie avait été d'autant plus libre , qu'elle était échue au meilleur et au plus commode des maris. Visage aimable, beaucoup d'esprit, orné, hardi, mâle, entreprenant, dominant; de la hauteur en toni genre ; quoique répudiée du commerce de toutes les femmes qui avaient le moindre soin de leur réputation , elle s'était formé une cour des autres , et de ce qu'il y avait de plus distingué en hommes , ou par l'esprit , ou par l'éclat extérieur. Grand jeu et toutes sortes de jeux ; grande table soir et matin ; par grandeur sortant peu de chez elle. On pouvait dire avec raison que c'était lu reine de Paris et des lieux oii elle fut exilée. Ménagée et crainte de tout le monde , avec un mt de plaire , une politesse digne , un grand savoir-vivre , un reste du temps passé rehaussé de princerie. M. de Bouillon , toujours à la cour, ne la voyait guère. Elle y allait elle-même fort rarement. On l'entendait parler de deux pièces en arri-
yant chez le roi ; et si le roi, qui la craignait et ne l'aimait pas, ne lui disait rien , elle l'attaquait de conversation. Le courtij^n faisait partout foule autour d'elle. Monsieur l'aimait
fort, et allait presque toujours à Saint-CIoud avec elle. Elle n'avait pour M. de Ëpuillon qu'un épiderme de bienséance , et ne se contraignait pas de montrer tout le mépris qu'elle avait pour lui. Il en avait toujours été amoureux; et cet amour, de concert avec son peu d'esprit et sa bonhomie , lui avait fermé les yeux à tout ce qu'elle 110 «'était jamais embarrassée de cacher ni k lui ni à personne. Un coup de sang lui fit enfin justice , et sans avoir été malade , en arrivant de Paris pour dîner avec lui à Clichy, où il était venu de Versailles prendre le lait pendant quelques jours, elle tomba morte précisément à ses pieds. Le spectacle le toucha ; l'amour l'affligea ; sa fille lui en fit honte, et il n'osa montrer son affliction long-temps. C'était un très-bon homme, de point d'^esprit, de peu de sens, ruiné, volé, dominé à merveille p^iT tous les siens , aimé du ^os parce qu'on aime ien gros ces bénins jcaractères y mais .prince tant qu^ii pouvait et avec i^rand embarras; aimé du roi pour son assiduité, ses flatteries et ^a servitude. Il passa quatre-vingts ans avec une santé fort faible , et une mine plus qu'au-dessous de sa naissance et de sa fortune.
3 Juillet.
On a reçu des lettres de Lyon. Les désordres y sont apaisés. Quelques-uns des plus mutins ont quitté la ville avant que le maréchal de Villeroi y arrivât. Ce maréchal a rétabli tous tes droits que les séditieux avaient fait ôter, et il n'y a eu nulle opposition. On croit qu'on punira le commis des fermiers , qui avait un peu abu&é de soa emploi.
3oo ARTICLES INEDITS.
5 Jaillet
Le maréchal de Villars présenta au roi à son coucher la harangue qu'il avait faite à PAcadémie. C'est l'usage de les imprimer, et de les donner au roi.
9 Juillet.
Madame la Duchesse et les princesses ses filles vont tous les soirs se baigner à la rivière , en-deçà de la machine (de Marly).
i4 Juillet.
L'abbé Bignon , que M. le chancelier de Pontchartrain, son oncle , avait chargé du soin de la librairie y qui demande beaucoup d'application et de connaissances j a remis cet emploi où il n'y a point d'appointemens j mais qui ne laisserait pas de valoir assez si on voulait. Le nouveau chancelier en a chargé M. de la Rochepot son gendre.
i6 Juillet.
M. du Buisson j intendant des finances , a eu ordre de se défaire de sa charge , parce qu'il est si vieux 9 qu'il n'est plus en état de la faire. Il avait peine à la quitter, mais il a fallu obéir. On a choisi M. Fagon, maître des requêtes.
II Août.
Madame la duchesse de Berri, outre les douze
ANNÉE 1714. 3oi
gardes que le roi a ordonné qu'elle eût, voulait en avoir dix-huit autres, pour relever tous les jours les douze gardes, et remplacer même ceux qui pourraient être malades ou absens. Ainsi elle en aurait eu toujours douze dans sa salle des gardes , et pour suivre à cheval quand elle serait en carrosse; mais le roi n'a pas jugé que cela dût être.
94 Août.
Monseigneur le dauphin prit les chausses , et il en parait encore plus joli; il n'a que quatre ans et demi.
6 Septembre.
I-iC maréchal de Villeroi ne reviendra de Lyon que dans quelques jours. Il a fait punir les séditieux. Il travaille présentement à faire faire le procès aux commis des traitans , qui avaient voulu pousser leurs droits trop loin.
91 Septembre.
Les états de Languedoc s'assembleront cette année à Nîmes. Ils s'étaient toujours assemblés à Montpellier depuis quelques années. On a jugé à propos de les mettre dans une autre ville , parce que l'on n'est pas content de l'évéque de Montpellier, sur les affaires de la constitution.
3o Septembre.
M. l'archevêque de Narbonne est nommé président de l'assemblée du clergé, qui commencera
3oa ARTICLES INÉDITS.
au mois de mai et qui se tiendra à Pontoise. On n'a pa» voulu que ce fût dans le diocèse de Paris. Il n'y avait point eu d'assemblée du clergé à Pontoise depuis l'année i65o.
i6 Octobre.
M. le Blanc, intendant à Dunkei^que, a fait arrêter deux Anglais qu'on a trouvés. sondant le canal de Mardik. Le nouveau roi d'Angleterre se plaint un peu de ce que kious faisons travailler à ce cânal-là.
17 Octobre.
M. de Chalais, que le roi d'Espagne a envoyé deux fois ici, comme un homme en qui il agrande confiance, a été fait grand d'Espagne. Le' roi lui a permis de recevoir cet honneur, mais à condition qu'il ne viendra point ici , parée que le roi ne veut plus que ses sujets accepteut cette grâce, ne voulant pas multiplier les honneurs dans sa cour. Il est neveu et héritier du premier mari de madame des Ursins.
19 Oetobii».
Il y avait une course de chevaux réglée pour dimanche. MM. les ducs d'Aumont et de Fronsac avaient £adt de groi^es gageures , eH plusieurs gens s'étaient intéressés avec eux. On conseilla» à
ANNÉE 1714. 3o3
M. de Fronsac de rompre la gageure , et M. d'Aumont y voulut bien consentir.
4 Novembre.
Le roi envoie M. de Saint-Olon , un de ses gentilshommes ordinaires , à Marseille pour y recevoir un ambassadeur de Perse que le sophi envoie au roi, ambassade qu'on n'est point accoutumé de voir. C'est la grande réputation du roi dans les pays même les plus éloignés, qui attire cette ambassade.
N, D. A. Cette ambassade fut toujours fort équivoque , et même quelque chose de plus. Ce qu'on crut en démêler de mieux, fut qu'an ministre d'une des provinces de Perse, comme qui dirait un intendant de Languedoc, avait envoyé ce prétendu ambassadeur pour des affaires de négoce entre des marchands, et que pour se faire défrayer il contrefit l'ambassadeur de Perse ; que Pontchartrain , dont cette ambassswlc regard,ait le département, ne voulut pas dévoiler la friponnerie , pour amuser le roi , et lui faire sa cour en lui laissant croire que le sophi lui envoyait un ambassadeur. En effet le roi y prit si bien , qu'il parut par toute sa conduite à cet égard, qu'il en croyait sa gloire fort rehaussée. Peu d'autres qu« lui en furent les dupes ; l'ambassadeur lui-même, homme bas et insolent, et de plus extravagant et d'une avarice sordide, soutint fort mal le caractère dont il prétendait être revêtu. Les suites découvrirent encore plus à plein la fourberie; maïs le roi était mort, et Pontchartrain chassé de -sa
place.
19 Novembre.
Le roi a taxé les régimens d'in&nterie , qui se
3o4 ARTICT^S INÉDITS.
vendaient si cher qu'il y avait peu de gens de qualité qui les pussent acheter. Les six vieux corps sont taxés à 76,000 livres; les six petits vieux à 55,000 livres. Les régimens suivant ces douze premiers jusqu'à ceux qui furent faits en 1684, et qu'on appelle les régimens de Luxembourg, sont taxés à 40,000 livres. Ces régimens-là sont appelés Luxembourg, parce que c'est cette année-là que nous prîmes Luxembourg. On a mis tous les autres régimens qu'on conserve à 3o,ooo Uvres , à com -
mencer par celui de Guienne. On n'a point taxé les régimens des princes, comme Orléans, Chartres^ Bourbon , etc. , parce que ce sont les princes qui , avec l'agrément du roi , en disposent.
2 s Décembre.
Le roi donne au prédicateur qui prêche l'avent i5oo livres, et 3,ooo livres à celui gui prêche le carême.
6 Janvier 171 5.
On apprit la mort de M. de Grignan , qui était parti de Lambesc pour aller à Marseille. Il est mort dans une hôtellerie sur le chemin. Il n'a que deux filles de deux mariages différens. L'aînée est la marquise de Vibraye , et la cadette la marquise de Simiane, qui était toujours auprès de lui, et qu'il a avantagée autant qu'il a pu. Il avait quatrevingt-trois ans.
ANNÉE 171 5. 3o5
10 Janvier.
Le cardinal de Polignac eut une longue audience de madame de Maintenon, à Saint*Cyr.
Il a demandé au roi rarchevéché de Cambrai. Il n'est pas prêtre encore ; mais il songe à l'être^ et a besoin des bontés du roi, et jd'une. grâce considérable y car il est mal dans ses affaires.
i3 Janvier.
M. l'évéque de Fréjus demandait au roi depuis quelque temps la permission de se démettre de son évécbé, quoiqu'il soit d'un assez grand revenu. Le roi le lui a permis, et lui a donné une petite abbaye qui ne vaut pas la cinquième partie du revenu de l'évêché.
N. D, A, Ce prélat règne encore et seul et uniquement, et avec toute plénitude de puissance. Il n'est donc pas temps de parler d'iin homme parvenu à un état unique et sans exemple dans l'histoire. Qu'en dire de son vivant sans s<}up-çon de haine ou de flatterie , non-seulement de son gouvernement et de son personnel, mais môme des degrés qui l'ont porté sur le trône ? Voici l'époque de ces merveilles qui confondent les hommes les plus prudens , mais qui sont dans la vue des profondeurs de la Providence.
20 Janvier.
L'ordinaire d'Espagne apporta des lettres de Madrid ^ du 7 de ce mois. Le roi parait fqrt content de la nouvelle reine y qui entre dans tous ses IV. ao
3o6 ARTICLES INÉDITS.
goûts, et qui le suit tous les jours à la chasse. On mande qu^elle tire à merveille.
2a Janvier.
Le maréchal de Montrevel, qui voulait faire élever à Bordeaux une statue magnifique au roi , n'a pas pu réussir dans son entreprise. Il est parti d*ici avant la fin de Tannée, fort fôché de i/avoir pas pu exécuter ce projet , qui était fort beau.
iV. D. A» Montrevel , bas courtisan, et de fort pea d'esprit, conçut l'idée de donner au roi le réchauffé de M. de la Feuillade de la place des Victoires, et en espérait bien des retours. Mais il devait plus qu'il n'avait , et comme c'était aux dépens d'autrui qu'il espérait tirer celte chère ft&tterie par son éloquence et son autorité , il eut le double dépit de voir aller se& projets en fumée , et le monde se moquer doublement de* lui.
36 Janvier.
On a mis à la Bastille madame d'Ësclainvilliers, accusée d'avoir voulu faire assassiner son mari dans son château , par quatre hommes à qui elle avait promis chacun 3;Ooo Uv. On prétend qu'un de ces quatre hommes alla tout découvrir au mari, qui a fait arrêter sa femme.
6 Février.
L'évêque de Pamiers, qui préside aux états du pays de Fois ^. et qui est le seul des é véques qui y ait fiéaniCe^ étant accusé de ne vouloir pas rece*
AIWÎÉE 1716. 3o7
voir la conaCitution , a ordre de ne se poiiit trou* ver à cette assemblée.
8 Férrier.
Le roi joua chez madame de Maintenon avec les dames, et le soir il y eut la comédie du Baron d'AWicraij et du Cqcu imaginaire.
Madame de Polignac, fille de madame de Mailly, partira lundi de Paris pour s'en aller au Puy-en** Velay, dont son mari est gouverneur. Sa famille n*a point été contente de sa conduite , et a voulu qu'elle s'éloignât de Paris. Elle s'y est résolue de fort bonne grâce. Elle n'a point eu de lettre^de^ cachet, cmnme on l'avait dit.
ti Février»
Dvpi^ qui était notre interprète pour l'ambas^ sadeur de Perse ^ est mort en deux jours de ma*ladie. On a envoyé chercher un curé d'Amboise^ qui a passé plusieurs années en Perse, pour remplacer Dipi pendant que l'ambassadeur sera ici.
iS Février.
On apprend de Madrid que Orry a ordre de sortir du royaume, sans voir le roi d'Espagne. Son départ et sa disgraq^ pourront bien empêcher le . siège de Majorque , tar c'eât lai qui avait £ût tous les préparatifs pour cette entreprise , et qui faisait trouver l'aient dont on avait besoin. Maeanaâ f
3o8 ARTICLES INÉDITS.
qui avait écrit contre Tinquisîtion y est disgracié aussi.
N, D, A, Orrjy qui n'était qu'un avec madame des Ursins, fut chasse ainsi qu'elle , aux applaudissemens de toute l'Espagne , et fort mal reçu en notre cour. Ses provisions étaient faites y et il eut de quoi Sffc consoler. Qui lui eût dit que seize ans après, son fils serait contrôleur-général defl( lances, il ne l'eût pas cru. Pour Macanas, lui et le cardinal de! 'Giudice étaient les sceaux du puits. Après qu'on se f^l <seryi de sa plume pour se défeiidre de. Rome , il fut abandonné aux es* claves de cette cour , en haine de madame des Ursins , qui avait tendu son livre en panneau au cardinal del Giudice , lequel, rétabli sur ses ruines, ne songea qu'à la vengeance. La disgrâce de ce digne et savant magistrat devint si forte, qu'il ne put se dérober à la fureur de l'inquisition qu'en passant les Pyrénées. Il a vécu vingt ans depuis, errant en France et en Flandre , pajé toutefois par le roi d'Espagne , et conservant un commerce direct d'affaires avec lui, mais obscur, et par intervalles. A la fin l'argent, a tari et le commerce a fini y et il a mené depuis une vie pauvre, misérable, caché en France , détestant son maître et sa fidélité , dans les ruines de son repos et de sa famille. Rome donne souvent de pareils exemples, jusqu'en France, et vient aussi à bout de tout, quoique en ce même genre les petits rois, comme Portugal et Sardaigne , vengent les grands monarques , et s'en trouvent fort bien.
4 Mars.
L'ambassadeur de Perse aHa à l'Opéra à Paris. On lui avait fait garder . l'amphithéâtre. Il fut charmé des danses pltis que de la musique.
17 Mars.
M. le comte du Luc a renouvelé l'alliance de la France avec les cantons catholiques. Il travaille présentement à la renouveler avec les cantons protestans , ce qui sera plus difficile paixe que tes catholiques et les protes^tans^ sont fort animés les uns contre les autï*es. On prétend même que les ministres du pape en ce pays-là ont fort aigri les esprits. Cela retarde fort le voyage du comte du Luc à Vienne, où sa présence serait nécessaire parce que les Anglais y ont toujours des ministres qui voudraient engager TEmpereur dans leur animosité contre la France.
N. D, A. On se sent encore depuis vingt ans de la bévue de ce traité, qui mit la dissension , puis la guerre, entre les cantons catb^iques et protestans ^ qui a occasioné une fatale supériorité au canton de Berne , et qui a toujours depuis arrêté le renouvellement de l'alliance des canlons protestans avec la France , qui sont bien plus puissans que les cantons
catholiques.
ai Mars.
Le duc de Fronsac avait fait quelques démarches qui faisaient croire qu'il voulait se venger d'un procédé qu'avait eu avec lui un page de la grande écurie, le jour de l'audience de l'ambassadeur de Perse. M. de Fronsac prétend que tout ce qui a été dit là-dessus est faux, mais le public l'avait échauffé. M. le duc d'Orléans prit hier sa parole ^
3io ARTICLES INÉDITS.
et iui imposa silence. MM. les ducs ne veulent point reconnaître .4e tribunal des maréchaux de France.
N, D. An Cette prétendue affaire était passablement ridicule. M. le duc d'Orléans se trouva sous la main , et finit cela en l'arrêtant sur-le-champ. Au moins Dangeau avoue ici que les ducs ne veulent pas reconnaître le tribunal des maréchaux de France, et par les diverses occasions qu'il en a rapportées, quoique à sa manière , montre qu'ils ne le reconnaîfisent ni
de droit ni de fait, ^
8 Avril.
Il y a eu trcHS prédicateurs chassés de Paris, Il y en a même un des trois qu'on a mis à la Bastille, y
19 Avril,
On ne croit pas que milord Stairs prenne la qualité d'ambassadeur. Il parle toujours fort haut aux ministres y et on lui répond de même. On ne le croit pas trop bien intentioiiné , et on ne sera ^ aché de le voir partir.
i3 Avril.
M, le Grand , qui ne peut pas se tenir debout , ^ fit porter dans le cabinet du roi y •! lui apprit
la mort de la princesse D Elle est .morte à
dermont et en fort peu de temps. On dit qu'elle laisse beaucoup de bien. Elle ayait ici et à Fontai* nebleau de beaux lôgemens dans les châteaux qui 4oQt déjà demandés par biens des gens.
ANNÉE 1715. 3u
N. D. A, C'était une mégère/quî sut se ^conserver jusqu'au bout l'amitié de madame deMaintenon , et jusqu'au bout aussi vivre de fureurs, de rapines et d'hypocrisie. Sa mort fut un grand soulagement pour la cour, même pour sa famille, malgré tout ee qu'elle lui valut. Cette princesse, qui avait été belle et point trop cruelle, était deveniae hideuse. C'était une harpie qui prenait de toutes mains au jeu, comme ailleurs; qui ne payait personne , qui battait ses gens et ses femmes comme plâtre , et qui en était quelquefois très-bien rossée ; tempêtant chez elle avec tant de furie, que ses voisins àMarly n'y pouvaient tenir ; avec cela dévote incomparable, et communiant tant et plus ; fléau de ses enfans , et ayant fait dé-^ serter son mari ; haute par-delà l'insolence à Tordinaire de sa vie , et plus basse que l'herbe devant quiconque elle avait ou pouvait avoir affaire. Avec ces aimables qualités, elle avait trouvé une telle grâce devant madame de Maintenon, qu'elle était et faisait ce qu'il lui plaisait, et on ne comprenait rien à ce goût. Il ^ui est arrivé d'être accablée dans son lit , à Marly, de pelotes de neige, par madame la duchesse de Bourgogne et sa suite, et d'avoir non-«eulement le lit, mais la chambre noyée, et d'autres fois d'être réveillée en sursaut par tous les tambours de la garde suisse tout autour de son lit. Tantôt le chemin du pavillon du roi chez elle se trouvait bordé de pétards au milieu desquels ses porteurs avertis l'abandonnaient toute seule. Une auire fois elle eût sauté eu l'air par un pétard sous son tabouret , si quelqu'un n'eût averti que c'était de quoi l'estropier; quelquefois cousue à son siège en jouaut , et laissée à s'en dépêtrer toute seule. Elle y était si accoutumée qu'étant allée en Lorraine , deux jours après son arrivée on tira des pétards pour je ne sais quelle fête. Elle ne le savait point , et après une grande peur elle s'écria que c'était par trop , et toute en furie , qu'on la poursuivait
3i!i ARTICLES INÉDITS.
jusqu'en Lorraioe , ou ëtafit prineesac elle devait être au moins à Fabn. On ne sut ce qu'elle voulait dire , et on y apprit avec scandale, par cette aventure , tout ce que journellement elle essujait à la cour. On ne l'y appelait que prinehi— pionnétte ; c'est ce qui la peinait le pl^s , mais ce que jamais elle ne put corriger. Ce qu'elle a eu du roi , fait d'affaires , pris de force ou d'adresse , ne se peut nombrer. Deux de ses fils passèrent à l'Empereur, où ils sont morts.
»9 Avril.
Le roi fait partir un de ses écuyers qui mène au roi Auguste six très-beaux chevaux d'Espagne avec des harnais et des housses très-magnifiques. On n^avait encore rien vu de si beau et si superbe en ce genre-là- Il y a des pistolets à tous les rhevaux qui répondent à la magnificence de l'équipage.
4 Mai.
On a mis à la Bastille madame de Nassau , sœur du marquis de Nesle. Cest sa famille même qui a demandé qu'on l'y mît. Son mari l'accuse de choses effroyables y et avait présenté , il y ^ quelques jours, au roi, un placet où il priait S. M. de lui permettre de convaincre sa femme d'adultère , et de pouvoir attaquer en justice ceux qui l'avaient commis avec elle.
5 Mai.
Le roi a fait quitter le grand deuil ti madame la duchesse de Berri, et l'a menée dans le salon
ANNÉE 1715. 3i3
pour y tenir le jeu. On avait coutume depuis quelques années de porter le deuil d'un mari quarante jours après ran#révolu; mais le roi s'étant informé à beaucoup de dames de ce qui se faisait autrefois , elles Font assuré qu'on ne portait le grand deuil qu'un an entier. Il a ordonné à madame la duchesse de Berri de suivre cet ancien usage.
JV* D. A. On a vu souventdans ces Mémoires combien les grands deuils importunaient le roi , et le peu de mesures qu'il 7 garda dans sa plus proche famille.
\% Mai.
M. le bailli de Mesme , ambassadeur de Malte , alla rendre visite en cérémonie à M. le prince de Dombe , qui le reçut à l'ai^senal. C'est la première fois que les enfans des enfans naturels aient reçu pareil honneur; mais aussi n'ont-ils jamais eu un si grand rang que celui qu'ils ont aujourd'hui.]
18 Mai.
Un aide-de-camp de milord Stairs, qui était venu avec lui à Paris, étant retourné en Angleterre, y a dit beaucoup de sottises sur la santé du roi , qui sont toutes très-fausses , Dieu merci. Le roi méprise fort tous ces sots bruits. Mais le milord en ayant été averti, a désavoué cet aide-de-camp, et a déclaré même que c'était un fripon qu'il avait
3i4 ARTICLES INÉDITS.
chassé de chee lui ^ et que ai jamais il tombe en son pouvoir, il le fera châtier rudement. Cela n'a pas laissé d'aflfliger fort ce milord.
N D. A. La santé du roi dîmînuajt à vue d*œil , quoiqu'il ne changeât rien à sa manière de vivre. ^ maigrissait et changeait tous les jours. Les paris s'ouvrirent publiquement en Angleterre , sur le peu de durée de sa vie-, et beaucoup panèrent qu'il verrait à peine les premiers jours de septembre. •Torcj lui lisant en particulier quelques gazettes, qu'il n'avait point parcourues auparavant , vint à s'arrêter court, puis à reprendre comme un homme qui saute et qui est embarrassé. Le roi s'en aperçut*, #t voulut tout voir. Torcj, ne pouvant s'en défendre , lut tout. C'étaient ces paris. Le roi ne fit pas semblant d'en être touché , mais il le fut pro£pndément , et ne put s'empêcher d'en parler généralement à son petit couvert. Il fit ce qu'il put pour manger et montrer de l'appétit , mais on voyait que les morceaux lui croissaient à la bouche. Tout cela ne laissa pas de faire une sorte de mouvement , mais en même temps tint encore le monde et la cour plus circonspects, et surtout ceux qui pouvaient par leur position avoir lieu d'y cire plus attentifis que les autres.
X9 Juin.
Le roi apprit à sou lever la mort de Tévéque de Bayeux. Il avait quatre-vingt-six ans. Il était beaufrère de la» présidente de Nesmond. Son évêché vaut plus de 60,000 livres de rente ; mais il était si charitable qu'il en donnait plus des deux tiers aux pauvres.
iV, D, A, Nesmond^ évéque de Bajeux , était un de ces
ANNÉE 1715. 3i5
saints qui attirent malgré eux la vénération , et dont la gimplicité donne à tous mumens à rire. Aussi disait- on de lui qu'il disait la messe tous les matins , et qu'il ne savait après ce qu'il disait de tout le reste de la journée. L'innocence de ses mœars ^ jointe à tn esprit borné 9 lui laissait échapper des propos dont il ne se doutait pas^ et qui rendaient sa compagnie indécente aux femmes , jusque-là que la préstaente Lam'oignon j sa nièce , renvoyait toujours sa fille dès qu'il arrivait ; et il fut bien surpris quand elle lui en avoua la cause. Mais U pli était pris , et il n'y avait plus moyen d'y remédief » Ce fut lui qui dit à un curé qui s'excusait d'être allé à la noce^ par l'exemple de N. S. qui assista à celle de Gana : a Voyez- « vous, monsieur le curé, ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. » Quel blasphème dans une autre bouche! Ce bonhomme croyait fort bion répliquer, et d'une manière édifiante , et il est vrai que de lui on le prenait ainsi. C'était un vrai pasteur, trèsF-riche de patrimoine, très -libéral envers les pauvres, plein d'ordre , et tout occupé du soin de son diocèse , et avec plus d'écrit et de sens que Dieu ne lui en avait donné pour tout le reste. ^On n'a su qu'après sa mort , qivs tant qu^ le roi Jacques |i vécu , il lui donnait 3o,ooo livres par an , non plus que quantité d'autres œuvres nobles et grandes. Il sollicitait un procès à Rouen. Un des présidens, qui avait la plus grande influence au parlement , avait mis sa femme au couvent , et vivait publiquement avec une femme mariée. M. de Bayeux se présente chez lui , et le portier lui dit que M. le président est sorti 9 mais qu'il trouvera ^adj^me , désignant la femme entretenue. « Fi , fi , répliqua l'évêque , je ne veuié "point en^- » trer. C'est une vilaine , une vilaine que je ne veux pas t< voir. Dites-le bien à M. le président de ma part , et que M cela est honteux à un magistrat comme lui de maltraiter d madame sa femme, une femme honnête et vertueuse commo^
3i6 ARTICLES INÉDITS.
n elle 9 et donner ce scandale , et vivre avec une gueuse , et « encore à son âge. Fi^ fi, cela est infâme; dites-le lui bien « de ma part, et encore une fois, et que je ne reviendrai pas « ici. » Voilà la belle sollicitation que fit ce bonhomme ; et la rareté est qu'il gagna son procès, e% que ce président l'y servit à merveille. Il ne se raccommoda pourtant pas avec lui. Aais ce conte, fit rire toute la ville ,. et vint après jusqu'à Paris.
9» Juin.
C'était hier le jour de la naissance du roi d'Angleterre , qui est à Bar-le-Duc. Il a vingt-sept ans. Comme il y a quelques villes en Angleterre qui l'ont déjà proclamé roi , on espère qu'il se sera fait quelques mouvemens populaires le jour de sa naissance.
a3 Juin.
Le roi, qui avait été assez resserré quelques jours*, ce qui l'incommodait un peu, se trouva fort soulagé le soir, et son ventre s'ouvrit abondamment sans avoir pris aucun remède.
37 Juin.
On ôte onze des fermiers-généraux, et on les remplace par onze autres qui donneront chacun 55o,ooo livres ; les vingt-neuf autres , qui demeurent en place, donneront chacun 100,000 livres. Il reviendra au roi de cette affaire près de 9 millions de livres. Les on^ie fermiers qu'on ôte avaient
ANNÉE i7i5'. 3i7
donné chacun 4^0,000 livres; mais on ne les remboursera que quand on aura compté avec eux de leur régie.
14 Juillet.
' Quelque envie que le roi eût d'ôter le dixième et la capitation j comme on l'espérait après la paix, après avoir bien examiné tpus les moyens qu'il y aurait de donner ce soulagement-là à ses peuples, on n'a point trouvé qu'il fât possU>le que le roi^ passât de ce secours-là. Ceux qui avaient racheté la capitation pour six ans qui se trouvent^^écoulés, recommenceront à la payer.
27 Jailiet.
Le roi alja , l'après-dîner, faire la revue dé son régiment. Madame la duchesse de Berri y était à cheval avec beaucoup de dames , qui avaient des écharpes magnifiques comme les hommes les portaient, et des nœuds d'épaule couleur de feu, qui est la couleur des nœuds d'épaule des soldats du régiment du roi.
4 Août.
Les garnisons y dans quelques villes de Flandre et à Strasbourg , ont fait des séditions sur le pain qu'on voulait qu'elles prissent des munitionnaires à plus haut prix qu'il ne vaut^dans les marchés
7 Août.
Madame la' duchesse de Berri alla à la roulette ;
3i8 ARTICLES INÉDITS.
mais y comme on n^avait point commandé de chevaux pour la monter, elle se servit des soldats du régiment du roi qui se promenaient dans le jardin, et elle leur donna libéralement pour leur peine.
9 Août.
On a eu nouvelle (gae la mutinerie des garni* sons d'Alsace était apaisée. Les soldats ont demandé miséricorde , et ont pris le pain des muni^ tionnaires. Ils ont reçu quelque argent ; ce qui a fort adwci les esprits. On mande aussi que les garnisons de Flandre, qui s'étaient mutinées aussi, sont rentrées dans leur devoir.
L'abbé Reverseau , aiunônier de Saint-Roch , grand amateur de nouvelles, et qui était assez aimé de beaucoup de courtisans, et à qui le roi a donné deux petites abbayes, a dit où écrit quelque chose qui a déplu. On lui a donné ordre de vendre sa charge , et de s'éloigner de la cour de trente Ueues.
18 Août.
Le comte de Ribeyra, ambassadeur extraordinaii^e de Portugal, fit son entrée à Paris, qui fut la plus magnifique qu'on eàt vue depuis long-temps. Il jeta même au peuple beaucoup de médailles
d'argent et quelques-unes d'or. Il devait avoir son audience mardi , et le roi l'a remis à huit jours.
20 Août.
M. Fagon a prié le roi de trouver bon que des médecins, que l'on fait assembler et de la cour et de Paris, pussent avoir Thonneur de le voir et d'examiner son mal. S. M. y avait quelque répugnance ; mais elle s'est rendue aux instances qu'on lui en a Élites.
• aa Août.
Le roi , hier à son coucher, donna ordre à M. de la Rochefoucault de lui faire voir des habits, pour choisir celui qui lui conviendra en quittant le deuil ; et M. àe la Rochefoucault avertit les courtisans , qui ont quitté le deuil aujourd'hui.
4 Septembre.
. On porta le soir à Paris les entrailles du roi à Notre-Dame. L'ordre était donné pour les porter à Saint-Denis. M. le cardinal de Noailles représenta que les entrailles- des derniers rois avaient été portées à Notre-Dame ^ ce qui faisait une manière de droit. Sur sa représentation , Vordre fiit changé, et on les porta à Notre-Dame sans beaucoup de cérémonie. Les aumônitrs du roi étaient chargés de les y porter dans un de ses carrosses.
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ARTICLE» INEDITS.
6 Septembre.
M. le cardinal de^Rohan porta le cœur du roi aux Jésuites de la rue Saint-Antoine, et leur fit un très-beau discours en le leur présentant. Le coeur de Louis XIII y avait été porté.
N. D, A, Quoique rien ne doive surprendre de l'ingratitude du monde, de tant de gens si obligés au feu roi, pour ne pas y ajouter tant d'autres si empressés autour de lui , il n'y eut pus six personnes de la cour qui se trouvassent aux Grands-Jésuites, hors ceux qui, par fonction nécessaire, assistaient à ^tte cérémonie. ^
9 Septembre.
Lorsque le corps du feu roi fut porté de Versailles à Saint-Denis, il fallut abatte je dessus d'une des portes du parc de Boulogne , parce que le chariot qui portait le roi était trop haut.
iV". D. A, Le roi n'avait rien prescrit ni rien défendu pour ses obsèques. Il était donc de règle d'opserver toutes les ce— ' rémonies usitées en pareille occasion , comme il fut pratiqué pour Henri IV> et comme on eût fait pour Louis XIII, s'il ne l'eût expressément défendu de bouche et par écrit. Le roi ne laissait point d'enfant en état d'en ordonner, et M. le duc d'Orléans n'avait jamais été traité par lui, pour y suppléer par le cœur. Il crut facilement ceux qui lui proposèrent d'en user comme pour Louis XIII, parce qu'en effet personne ne s'en souciait , et que cet abrégé de cérémonies sans fin épargnerait beaucoup d'argent et de disputes. Tout fut donc exécuté avec l'épargne, la modestie et l'humilité qui peuvent être observées pour un roi ,
toutes yei-tu3 aimées et pratiquées eu grand par hovM XIII , mais bien Inconnues du fils. Pcrsdnne n'j trouva .à redire.
20 Septembre.
Le service du feu roi se fera le ^3 du mois d'octobre. Il y aura des talbies pour six ou sept cents personnes. Les maîtres-4'hôtel ^u roi cuisent que cela coûtera plus.de 60,000 livrea.
•ai Septembre.
lie feu roi faisait donner à M. Desmarets, comme contrôleur-général , 35o,ooo Kvres au renouvellement des fermes. Il a reiprés6nté à M. le duc d'Orléans qu'il n'a point touché cette somme à ce dernier renouvellement-ci, parce qu'il y avait des affaires plus pri^ssées: ce prince a promis de la lui faire payer.
a4 Septembre.
Le roi donna audience à l'ambassadeur de Hollande, qui, dans sa harangue, lui souhaita un règne encore plus long que celui du feu roi, mais plus tranquille.
i*' Oclobre.
rLes spectacles ont recommencé 'k Paris , et on y «en établinaiencoredetnouveatix.
L'affaire «entre le maréchal de ViUars et M., de Simiane, pour la Provence, est accommodée.