Tome ni. — Page 17; dimaDche a6 juin
Le roi est si sévère sur les duels qu'il a cassé M. de Seraucourt , parce qu'il paraît certain qu'il s'est battu en duel. Les preuves ne sont pas assez positives pour l'entière condamnation , mais elles sont assez fortes pour n'en pas douter (i).
(i) Au lieu de ceUe rédaction , qui paraît bien élégante pour Dangt au , on lit celle-ci dans mon manuscrit : « Le roi <« # cassé M. de Seraucourt, tant il veut punir sévèrement jus- « qu'aux moindres app|irences du duel. M. de^eraucourt , le « maître des requêtes , lui parla, il y a deux jours, pour jusli- «fier son frère, et le roi lui répondit : Il s'est condamné lui- H même en quittant l'armée; j'en suis fâché. »
Page 3o; mardi i3 septembre 1707.
Le roi , après son lever, regardant à la fenêtre , vit que M. d'Antin avait abattu la nuit tous les arbres qu'il avait condamnés la veille. Il entendit la messe à dix heures , où l'on chanta un motet en musique , [qui fut remarqué , parce qu'il convenait à un bon courtisan].
Page 33; mercredi s6 octobre 1707.
Aujourd'hui en arrivant ici , le roi apprit que M. le duc d'Orléans avait pris par assaut la ville de Lérida le 1 3 de ce mois. [Il l'a donnée au pil-
lage à ses soldats durant vingt-quatre heures. Tous les lieux circonvoisins y avaient fait porter leurs meilleurs effets. On n^a pas épargné les moines , qui animaient fort les habitans contre nous.]
Page 4t ; jeudi a a décembre 1707.
M. le prince de Listenois l'a emporté avec beaucoup de raison et de fierté sur ceux qui avaient voulu lui nuire auprès du roi ; il a eu une longue audience de S. M., et en est sorti très-satisfait (i).
(1) Il existe plusieurs manuscrits *des Mémoires de Dangeau. Je ne connais point celui dont madame de Genlis a fait Textrait. Le manuscrit que j'ai consulté est net , exact , sans lacunes ; je n'y ai trouvé , sous aucune date , l'article précédent qui concerne le prince de Listenois , et qui paraît incompatible avec un autre article du 27 du même mois. Je vais transcrire de mon manuscrit tout ce qui a rapport à cette aventure.
« Dimanche 20 no\>embre 1707. M. de Listenois a été « pris entre Benfeld ^ Strasbourg. On ne sait par qui ni M comment. On a fait écrire une lettre d'une main inconnue , n mais signée de lui , .dans laquelle il mande à son homme « d'affaires en Franche-Comté y qu'il ne peut écrire ni où il « est, ni entre les mains de qui il est; mais qu'on le mettra « en liberllj si on donne 1200 pistoles à un homme qu'il en* « verra pour les prendre à Besançon. On a envoyé l'argent il «( j a déjà huit jours, et l'on n'a appris cette nouvelle que ce « soir, madame de Mailly, sa belle-mére, qui le savait, n'en « ayant point parlé. Cette aventure est fort étonnante par
« toutes ses circonstances. Il a été pris, dit-on , avant que « M. de Villars fût parti de Strasbourg,' et il dit qu'il n'en a 41 point entendu parler étant sur les lieus , et n'en a eu ai\cun « avis par toutes les lettres qu'il reçoit^ tous les jours , et n'en t( a rien mandé non plus à M. de Strasbourg. M. de Listenois *i est fort à plaindre , et on le croit en grand danger.
« f^endredi ^ décembre. Il est arrivé ici un valet de « cbambre de M. de Listenois qui a toujours été avec lui de- « puisqu'il est pris. Il vient pour emporter l'argent ,^après « quoi il assure que son maître sera mis en liberté. On vou— K lait le faire suivre ; mais il a dit qu'on s'en donnât bien de <« garde, et que sur le moindre soupçon d'être découverts, les « gens qui l'ont pris le tueront. Jusqu'ici on ne comprend « rien à cette affaire, et l'on n'ose travailler à l'approfondir.
« T^endredi 16 décembre. On a des nouvelles de M. de « Listenois. Il est présentement cbez lui à Besançon. Ou ne « parle plus de ce qui lui est arrivé , dont'on ne sait rien de «< positif; mais on dit qu'il j a une granâe altération dans sa « santé.
u Jeudi 22 décembre, M. de Listenois est revenu à Paris. Il <i, a même été aujourd'hui à l^tang , voir M. de Ghamillard , « à qui il 2k dit qu'il avait été pris véritablement par quelques « officiers des ennemis ; que tous les bruits qu'on avait fait u courir de lui depuis ce temps-là étaient faux ; qu'il lui donu nerait par écrit le récit de toute cette aventure ; qu'il lé « priait d'en faire examiner la vérité , et quand il la saurait , « d'en rendre compte au roi , pour effacer tous le3 mauvais « offices qu'on lui avait rendus là-dessus , et qu'en cas qu'il « avançât la moindre fausseté , le roi devait le punir rigou- « reusement.
« Mardi 27 septembre, M. de Listenois est revenu , «ta
3«8 ARTICLES RETABUS.
« salué- le roi ce soir. Il ne parait pus que sa sauté ait été al- « térée , comme on l'avait dit.
%N, D. A, Ce M. de Listenois était un fou sérieux, plein M de vues, de projets éi d'idées. Il se relaissa dans un village, « d'où il fit tout ce manège pour avoir de l'argent, qui lui « fut en effet envoyé par sa famille ; après quoi il reparut « sans trop savoir que dire. Tout fut bientôt découvert, et M servit de le^u. »
Page 93 ; lundi 99 avril 1709.
Il arrivarhier un très-grand désordre dans l'église de Saipt-Roch. Un pauvre qu'on voulut faire sortir de l'église fut blessé légèrement à la main. La populace et surtout les femmes s'assemblèrent en grand nombre. Il vint quelques soldats de la compagnie générale des Suisses pour empêcher le désordre. M. tl'Argenson fut obligé d'y venir luimême. On lui jeta quelques pierres. Le peuple avait déjà mis du bois devant la maison du commissaire du quartier pour la brûler. M. d'Argenson par sa patience , et par le secours dés Suisses , apaisa le désordre sans être obligé de sévir»
Page iSi ; vendredi 3 juillet tju.
Le dauphin y avant de partir de Paris, dit à tous les courtisans qui avaient eu l'honneur de venir dans ses carrosses , que ceux qui avaient envie de d^eurer à Paris le pouvaient faire y sans craindre
ARTTCI^ RÉTABUS. SSg
qu'on le trouvât mauvais; et qu'il voulait qu'on fut à SO0 aise avec Im, et qu'on m craignit jamais personne, [et ne contraindre jamais personne].
Page 3s8; samedi 5 janvier 1715.
La princesse d'Isenghien accoucha ces jours passés d'un enfant mort; elle est dans un trèsgrand danger Madame d'Isenghién était
brouillée avec sa mère, parce qu'elle s'était mariée sans son consentement. Madame d'Isenghién mourante a fait demander pardon à sa mère, en lof conjurant, au nom de la religion , de venir la voir; ce qui lui a été a^ccordéy et la réconciliation a été fort touchante. [Elle a tant souhaité de voir sa mère avant que de mourir, qu'elle s'est rendue à ses prières, et la réconciliation a été fort tendre.]
Du mardi 8. La princesse dlsenghien mourut ce matin à Paris , dans les bras de sa mère.
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Page 333; dimanche 17 février.
Le roi envoya chercher le duc de Tresmes, à qui il fit une réprimande sévère, mais auec la moderation et la politesse qu'il a toujours. Cependant il dit en entrant au conseil, et ensuite* à madame de Maintenon , qu'il n'aidait jamais été plus en colère, [Il dit mèxngi à ses ministres en entrant au conseil,
36o ARTICLES RÉTABUS.
et à madame de Main tenon en entrant chez elle , qu'il n'avait quasi jamais été plus en colère.]
Page 346; dimaoclie a6 mai 171 5.
Madame la princesse de Gonti , qui conserve un grand attachement pour la mémoire de monseigneur le dauphin , fils du roi, songe à marier une fille qu'il a eue de la Raisin , fameuse comédienne. On appelle cette fille mademoiselle de Fleury. Monseigneur [savait bien qu'elle était sa fille, mais] n'avait pas voulu la reconnaître publiquement. Madame la princesse de Conti^ par des arrangemens particuliers j lui a fait avoir 200,000 1. [par une ^flaire qu'elle a faite].
Page 353; jeudi a5 juillet 171 5.
Les princesses s'assemblèrent après dîner chez madame la duchesse de Berri, comme cela avait été convenu, [Elles ont ordonné qu'on leur apportât au premier jour des modèles d'habillemens. Mais elles n'ont rien déterminé encore. Les avis sont fort diffère iis, et] il y a apparence qu'on s'en tiendra^ aux habits qu'on porte présentement.
ARTICLES RETABLIS. 36 r
Page 36 1 ; dims^nche ^5 août 171 5.
Après avoir reçu ses sacremens , le roi envoya quérir M. le duc d'Orléans , lui parla long-temps avec beaucoup d'estime et d*amitié , [et l'assurant qu'il ne trouverait rien dans son testament dont il ne dût être content , lui recommandant la personne du dauphin et l'intérêt de l'État. Après cette conservation, le bruit se répandit dans toute la cour que le roi l'avait déclaré régent (i)].
(1) CeUe dissimulation dont le roi mourant usa avec son neveu, et qu'atteste M. de Dangeau , est un trait caractéristique qui doit être conservé pour l'histoire.
Page 36 1 ; lundi 36 août 1715.
Le roi parla aux cardinaux de Rohan et de Bissy sur l'état où il laissait les affaires de l'Église ; [que Dieu ne lui avait pas voulu laisser ia consolation de les avoir finies durant sa vie , mais qu'il espérait que cette affaire finirait plus heureusement et plus promptement dans d'autres mains que dans les siennes; que quelque droite qu'eût été sa conduite y on aurait cru qu'il n'eût agi que par prévention , et qu'il aurait porté son autorité trop loin. Et enfin , après avoir fortement exhorté ces deux cardinaux à soutenir la yésité avec la même ferveur, le même zèle et la même application qu'ils avaient fait jusqu'à présent,] il leur
déclara qu'il voulait mourir^ comme il avait vécu, dans la'rdigion apostolique et romaine, etc. (i).
(i) Le rétablissement de ce pàssâge est important, parce t|u*il prouva les inquiétudes de Louis XIV sur les mesuras où des prêtres ançibitieux précipitèrent sa vieillesse. On abusa de son pencbant à la domination , pour lui faire usurper sur les consciences un pouvoir qui n'appartient à personne , et on l'égara facilement dans des matières religieuses , pour lesquelles, au rapport même de madame de Main^enon, son igno* rance étail complète. Le commentateur de Pangeau reproche à ce courtisan d'avoir trop déguisé le repentir du roi , et le discours où il chargea les deux cardinaux de répondre devant Dieu de ce qu'il n^vait fait que par leurs conseils. Quoi qu'il en soit , il est certain que la vie et la mort de Louis XI V furent troublées par des entreprises que la sagesse et l'équité lui interdisaient. Pour s'être livré à de méchans guides, ce grand roi mourut comme un prince scolastîque du Bas-Empire, laissant les prisons remplies de théologiens*, et une mémoire chargée de malédictions.
Page 364; mardi 37 août 171 5.
....Depuis sa confession , le roi ne passa pas une heure sans parler de piété ou à son confesseur ou à madame de Maintenon , quij malgré sa douleur de F état où elle voyait le roi , ri à été occupée que de sa conscience. Il avait entendu la messe à midi j etc., etc. Madame de Maintenon lui dit : Cette résolution est difficile , quand on a un atta-
ARTICLES RÉTABUS. 363
chement désordonné pour les créatures , [quand on a de l'attachement aux créatures]. ^
Page 378 ; mercredi i3 octobre 1715. ' *
On fit à Saint-Denis le service du feu roi. M. le cardinal de Rohan officia; l'évêque de Castres prononça l'oraison ^nèbre. Je ne suis que trop dispensé de décrire cette triste cérémonie, qui dura jusqu'à cinq heures et demie du soir!.... [On trouvera cela ailleurs dans beaucoup d'endroits.] (i)
(1) Je n'ai vu dans le manuscrit ni le point d'admiration , ni les points de suspension qui sont dans l'imprimé. Les expressions omises 9 071 trouvera cela ailleurs ^ etc., suivent immédiatement les mots à cinq heures et demie au soir. Voici le motif probable de ce cbangement. L'éditeur a senti la se- «heresste avec laquelle Dangeau inscrit la mort de Louis XIV au I*' septembre : Le w$i mourut le matin à huit heures et un quart , sans j ajouter une seule parole d'éloge ou de regret. Dans cinquante-deux articles qui se suivent jour par jour, il est souvent question du feu roi , de son cœur, de ses entrailles, de sou testament, ^ toujours avec la même indifférence. L'éditeur a voulu excuser un peu ce favori comblé des bienfaits de son maître , en lui prêtant un signe de sensibilité dèiix mois après. Ce soin fait plus d'honneur à la délicatesse 4e l'éditeur qu'à la reconnaiaaauCe de Dimgeau. Ce n'est point au reste un reproche particulier quç j'6ntçnde adresser h ce dernier. Tout autre courtisan ^ écrivant un journal secret, en aurait fait autant que lui, ni plus ni moins.
364 ARJICa:.ES RÉTABLIS.
Page 383; jeudi 14 novembre tyib.
M, le duc d'Orléans a donné à M. d'Antin la permission d'assembler cet hiver des bals trois fbis la*semaine dans la salle de l'Opéra. On i^'y entrera qu'en masqué et en payant. [Le chevaliéï* de Bouilloif, qu'on appelle présentement le prince d'Auvergne , aura 6,000 livres de [pension sur cette affaire dont il a donné l'avis.]
Page 388; samedi ix décembre X7i5 (i).
(1) Au lieu' du nom de madame d'Argenson, lisez celui de madame d'Argenton.