DES MÉMOIRES DE DANGEAU
AVEC LES NOTES d'UN ANONYME.
3 Avril i684*
Le roi à son leyer parla fort sur les courtisaiiâ qui ne faisaient point leurs pâques y et dit qu'il estimait fort ceux qui les faisaient bien , et qu'il les exhortait tous à y songer bien sérieusement , et ajoutant même qu'il leur en saurait bon gré.
7 Avril.
Le roi envoya le duc de Charost che2 madame de Rohan qui se mourait y pour tâcher de lui fiiire écouter les gens^ qui lui parleraient de changer de religion.
17 Avril.
' Mademoiselle des Herteaux fut mariée av^ic le cheyalier du GueL Le roi domi^ une pension de mille écus à la mariée.
Noie d*un Anonyme. La nftère de mademoiselle des fier-
la ARTICLES INEDITS.
teaux avait été fort dans la confidence du roi pour ses amours, surtout dans les commencemens de madame de Montespan , qui résista long— temps.
ai Mai.
Le roi fit le matin , dans l'église, une réprimande au marquis de Gévres , sur ce qu'il entendait la messe irréligieusement.
1 3 Juin.
M. de Bussy perdit son procès. Sa fille fut déclarée, par arrêt du parlement, femme de M. de la Rivière, et l'enfant légitime.
JY. Z>. A. Bussy est celui qui se perdit par VHistoire Amoureuse des Gaules^ qui était les amours du roi , ce que le roi ne lui pardonna jamais. Les lettres qu'il écrivit pendant son exil respirent tout à la lois un orgueil et une bassesse qui font peine, et montrent un homme qui fait le philosophe et le tranquille du fond de son désespoir, qui tire vanité de tout avec l'alamhic , qui se guindé pour faire le savant et l'hopme d'esprit, qui est effacé par le^ moindres réponses de madame de Sévigné. Il passa pour aimer sa fille plus que de raison. Il tâcha de perdre d'honneur son gendre , qui en eut tout l'avantage , et qui est mort retiré à l'institution de l'Oratoire.
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Xuin.
On sut que le sieur de Baliment avait arrêté M. de Meckelbourg , et l'avait mené à Vincennes : il avait prorais au roi, par un traité signé, de livrer sans
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troupes de Danemarck la place de Dinatz , et n'a pas tenu parole.
5 Octobre.
Madame la dauphine à un bal refusa le milord Arran qui la vint prendre , et dit qu'elle voulait danser le branle de Metz; si bien que le bal finit. Le roi approuva ce qu'elle avait fait ^ parce que milord Arran n'était que fils de duc , et non pas duc.
4 Novembre.
On choisit trois nouvelles comédiennes pour être mises dans la troupe du roi ; et madame la dauphine leur a fait une exhortation âur leur bonne conduite à Tavenir.
14 Novembre.
Au souper du roi il y eut un petit concert de trois luths-théorbes , qui sont des instrumens fort ressemblans aux archiluths d'Italie.
Se Novembre.
Après le petit coucher , le roi appela M. de Turenne j et lui fit une forte réprimande sur ce qu'il le servait peu respectueusement.
iV. D, A, M. de Turenne , fils aîné de M. de Bouillon, et grand chambellan en survivance , profita mal de cette correction , et se fit enfin exiler. En donnant la chemise au roi.
i4 ARTICLES INÉDITS.
il ne prit pas la peiné d'dter des gants à fininge, de laquelle il donna par le nez du roi fort rudement, qui le trouva aussi mauvais qu'il est aisé de le croire.
17 Décembre.
Le bruit se répandit qu'on avait fait le soir du samedi une cruelle insulte à M. de Ternie dans la galerie basse.
N^D. A* Terme, de même maison que 1(. de Montespan, n'avait de noble que sa naissance , et était si pauvre et si bas 9 qu'il 6t Fimpossible pour être premier valet-de-chambre du roi. Il fut tellement accusé de lui rapporter tont ce qu'il yojait ou entendait, qu'il était seul au milieu de la cour, sans que personne voulût lui parler ou le recevoir. M. le Duc et madame la prinpesse de Gonti firent aposter des Suisses qui le chargèrent si violemment de coups de bâton , qu'il en fut plusieurs jours au lit.
a 6 Décembre.
Le major déclara que le roi lui avait ordonné de Tavertir de tous les gens qui causeraient à la messe.
8 Janvier i6S5.
Le marquis de Gévres et le comte de Grammont obtinrent du rot un don de place dans Paris, où ils feront une manière de b^iHe. Ils prétendent que cela leur vaudra ^l^^ooo francs^ de rente ^ dont la moitié^era pour cçux qui leur ont donné Tavis.
L'académie de Saumur fut condamnée. Ainsi il
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ne reste plus en France que Puylaurens , où les gens de la religion puissent étudier en théologie*
x6 Janvier.
On envoya à Sain^Lazare le petit Brunet ; et le roi ordonna à M* de Seignelay de dire à Lully qu'il lui pardonnait le passé , mais qu'à l'avenir il prît garde à sa conduite.
a 3 Janvier.
rappris la mort du chevalier de Méré. C'était un homme de beaucoup d'esprit y qui avait fait des livres qui ne lui faisaient pas beaucoup d'honneur.
8 Février. ,
J'appris la mort de l'abbé Bpurdelot , qui avait avalé de l'opium au lieu de siicre. Il avait été longtemps en feveur auprès de la reine Christine; et depuis qu'il s'était brouillé avec elle , il était revenu en Frâlice , et s'était attaché à M. le Prince ^ qu'il réjouissait fort, et dont il était médétin.
iV. D, A. L*abbé Bourdelot était en tiers avec M. le Prince et STCC la fameuse princesse palatine , amie intime de ce dernier^ lorsqu'ils essayèrent ensemble de brûler un morceau de la vraie croix, sans pouvoir en jrenîr à bout. Ce prodige frappa fort la princesse. Un songe qu'elle eut loog^temps après d'une danse en rond, dont un tombait à chaque tour dans un gouffre qui se refermait^ sans que cela interrompît la danse, Icbeva de la convertir tout-à-fait.
9 Février.
Je sus que dans toutes les villes où les violons s'assemblent pour des conderts d'opéra , les violons sont obligés de donner pension à Lully. Ils le font à Rouen et aiUeuvs.
I a Février.
Le roi île demande aux Génois ^ pour tout dédommagement des dépenses qu'ils lui ont fait faire, que de rebâtir leurs églises que nos bombes ont ruinées.
II Mars.
^ Les députés d'Alger vinrent saluer le roi , et lui dirent « que leur dey prenait la hardiesse de lui « faire un petit présent ; qu'il espérait que S. M. ne c( le dédaignerait pas ; puisque Salomon avait bien ce reçu la cuisse de la sauterelle que la fourmi lui « avait présentée. » L'après-dînée, en sortant du sermon , ils présentèrent au roi douze beaux barbes que le dey avait choisis avec soin.
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3o Mars,
M. le prince d'Orange ayant écrit au roi d'Angleterre eii faveur de M/de Montmouth , pour qu'il lui fut permis de retourner en Angleterre, S. M. B. a répondu qu'il avait des lettres de rémission du grand seau , et qu'ainsi on ne lui pouvait faire son
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procès en Angleterre ; mçis que s'il y remettait le pied , il le ferait éiil«vttr , et mené» en Ecosse , où il hii &rait«&ire son f)it>cès , et le ferait penëre.
t6 Avril.
Madame la danphine fit ses ps^ues à la paroisse. Il arriva une chose extraordinaire ; c'est qu'il y eut deux consécrations , parce qu^on avait oublié d'abord de présenter Vhostie choisie pour la communion de madame la dauphine.
18 Avril.
Le roi apprit , en entrant à ténèbres, que le doge de Gènes était arrivé à Paris , étant venu de Lyon par la diligence.
On mit dans la galerie une statue que MM. d'Arles ont donnée au roi^ qu'ils avaient trouvée, il y a environ vingt ans , dans les ruines d'un ancien édifice des Roftiains. Il y a eu de grandes disputes entre les savans pour savoir si c'était une Diane ou une Vénus ; mais enfin les connaisseurs ont décidé que c'était une Vénus.
ao Avril,
J'appris que le roi d'Angleterre avait fait dire à mademoiselle Gkelzoy, qu'il honorait de son amitié étant duc d'Yorck, que si elle voulait se retirer en France , il lui donnerait de quoi y vivre magnifiquement; qu'elle avait répondu, qu'elle ne voulait