IV
i8 ARTICLES INÉDITS.
point porter sa honte éhez les étrangers. Quand le roi la fit preasw use seconde fois de prendre ce parti-là , ^Rfin qu'oa ne put pa^ dire , sî^Jle demeurait en Angleterre , qu'elle^eût quelque pouvoir sur son esprit, elle répliqua que S. M. avait tout pouvoir , qu'elle pouvait la faire tirer à quatre chevaux y mais qu'elle ne pourrait la faire consentir à s'éloigner de lui.
ai Avril.
Le roi fit son bon jour à la paroisse , entre les mains du cardinal de Bouillon , et toucha ensuite ^m^e cents malades/
a8 Avril.
Nous nous promenâmes long -temps dans le potager. Nous sûmes que le roi ne donnait plus que 2,000 francs de pension à M. de ]fi Quintiuie, et qu'il avait fait un marché avec lui pour toutes les dépenses du potager. Il lui donne 18,000 francs par an pour tous les jardiniers, et tous les frais qu'il faut faire.
8 Mai.
On présenta au roi le duc de Saint-Alban^ fikdu roi d'Angleterre et de mademoiselle Gouin., comédienne. La reine douairière lui donna 2,000 pièces d^ pension , sans quoi il ne pourrait subsister.
^BIÉE i635. 19
3i Mai..
Pftr le calcul qu'on fit ée tous lès geas qui travaillent présentement ici ou* aux environs pour Versailles , on trouva qu'il y en avait plus de trente-six mille mpraill«nt actoèllement.
8 JuId.
M. de Louvois ravin t de la rivière d'Eure, où il était allé voir les travmix. Il y aur^ pues de seize cents arcades aux aqueducs qua l'on fait, desquelles il y en aura quelques-unes plus hautes deux fois que les tours de Notre-Dame. Outre ces seize cents arcades -là, il y an aura beaucoup de petites que l'on ne coxnpte point.
10 Juix).
M. le Prince fit ses dévotions à Saint-Sulpice , sa paroisse. Il y eut un concours de peuple extraordinaire , qui fut fort édifié de le voir faire une si bonne action.
19 Jmn.
On reçut des lettres de MM. les princes de Conti. Ils ont passé à Vienne, et n'ont point vu l'Empereur.
N, D. A, MM. les princes de Gontî ne virent point l'Empereur , parce qu'ils- voulurent un fauteuil devant lui , comme en ont les électeurs, et reftisèrent d'être reçus debout, et tous les honneurs possibles qu'on leur offrit, en tenant ferme sur le fauteuil.
30 ARTICLES HIÉDITS.
l3 IliÎD.
Le roi (jiss^ h qpmps^gnîe dis oidets dd Çhirieraont, parce, qu'ils s'étaient afifi^iu))l^s séditieusemeïity et qu'ils avaient &it saiiver |in de leurs camarades qu'on allait Êiîre mpijirir pour s'être battu ; et même dix-sept d'entre eux , non contens de l'avoir tiré de l'échafaud, Favaient escorté jusqu'-à Ifaœur j et étaient ensuite revenus à Charlemont. On « fait tirer au billet ces dix-sept, et il y en aura deux passés par les armes.
a3 Juin.
Le roi envoya M. de Duras , quoiqu'il fut en quartier, pour voir M. le duc de la Force qu'on croyait à l'extrémité , et savbir s'il ne voulait point songer à abjurer son erreur. M. de la Force remercia le roi de son honnêteté et de ses soins ; et de^ meura dans sa rel%ion.
ler Juillet.
On arrêta un courrier , portant des lettres de plusieurs gens de la cour à MM. les princes de Conti.
N, D, A. Il y avait entre autres trois lettres qui piquèrent le roi au vif. Elles étaient des deux fils du duc de la Roéhefoucauld, «A du marquis d'Alincour, fils du duc deVilleroî. C'étaient des plaisanteries sur le roi et«ur madame de Maintenon , sur ses revues de troupes, ses occupations et ses amusemens , et toutes les nouvelles contées en ridicji)eé Celle de d'Alincour était fort impie, et de beaucoup la moindre sur ce
ANNÉE 1686. ai
qui regardait le roi ; ce giiî fit dire au bonhomme maréchal de Villeroi , que pour '^om petit-fils , qui ne s'en Aait pris qu'à Dieu, ce n«K serait rien, Ct gue uela le^mettalMn^n au ^^tg^t mais que pour les d^ux^utr^s, c'étaient de gr|iiids impertinent» Le roi ue pardonna de sa vie à Liancoujrt , qui fut enfefmé des anjy|ées avec une ri^eur ev^réme , nj aux deux princes de Conti. Le premier mourut eu <}i^i'ace ouverte, et l'autre est monrt enfin d*ennua et de douleur de n'avoir pu arriver au commandement des armées malgré son iipparence de pard#n. ^.
Le petit dom Cosniey feuiUgnt, qui avait prêché à la cour , même avec réputation , fut chassé de son couvent, et mis, dît-on, f/ipace.
3o Août.
Le duc de Lude, gcaud.- maître de TartlUerie, mourut à Paris.
N, D. A. Il n'eut point d'en fans de ses deux femmes. La premi^e. Bouille'^ toujours dans ses terre», ne se plaisant qu'aux chevaux, qu'elle piquait mieux qu'un homme, et chasseuse à outrance. Elle faisait sa toilette dans son écurie , et faisait tiembler le pays. Vertueuse pour elle , et trop pour les autres , elle fit châtrer un clerc en sa présence , pour avoir abusé dans son château d*une de ses demoiselles , le fit guérir, lui donna dans une boîte ce qu'on lui avait ôté , et le renvoya.
3 Septembre.
Le soir on apprit que tous le$ huguenots de l«i ville de Montauban s'étaient convertis par une délibération prisé en la maison de ville.
4a ARTICLES INÉDITS.
5 SepteoArab
Mâétfme fei âauphiçe fit son bos jour dans la cha^lle sous terre (àt3haÉrtres),et retourna oncore l'après-dinée dans ta même chapelle , où elle demeura long-temp.S. — Le roi alla encore faire ses piTières dans \s chapelle de 1^ Vierge, sous terre. Cest une chapeHe que les druides avaient dédiée , il y a deux mille ans , à la Vierge qui devait enfanter, Firgini paritur€e.
^ Septembre.
On «sut que les diocèses d'Embnin et de Gap , et les vallées de Pragelas, qui sont dépendantes de l'abbaye de Pignerol, s'étaient toutes converties, sans que les df^gon^ y aient été.
a Octobre.
Le roi eut nouvelle à son lever que toute 1^ ville de Castres s'était convertie.
5 Octobre.
On apprit que Montpellier et tout son diocèse étaient convertis : Lunel et Maugnio en sont. Aifijues-Mortes s'est converti aussi : il est du diocèse de Kîmes.
7 Octobre.
On apprit la mort de Vittorio . Sirî ^ hitftorio* graphe du roi, qui avait eu l'emplcn d'écrire This-
ANNÉE j685. a3
toire du roi en italien. Ses livres sont pleins des mémoires qu'il avait eus du cardinal Mazarin et de M. de Lyonne.
9 Octobre.
Le roi dit à M. le nonce , à son lever , qu'il avait eu nouvelle que la ville d'ITzès se convertissait tout entière , à Texemple de Ntn^es et de Montpellier , et qu'il ne doutait pas que le pape ne se réjouit fort de ces bonnes nouvélles-là.
Le cerf, blessa M. le prince de la Rocfae^ur>Yon d^ln coup d'undouiller entre Tœil et la tempe , et l'enleva fort haut de dessus son cfaevaL On espère que la blessure ne sera pas dangereuse. On lui a recousu la peau du visage ^ ainsi il en sera marqué toute sa vie. Le roi n'a point envoyé savoir de ses nouveHes, ni n'en a demandé.
i3 Octobre.
On sut au lever du roi que presque tout le Poitou était converti. On a appris aussi qu'à Grenoble tous les huguenots avaient abjuré.
ai Octobre.
Le roi voulut assister à l'abjuration du duc de
Ridiemont.
N, D, A. Cette conversion ne dura guère. Le duc de Ri-
q4 articles inédits.
chemoat retourna en Angleterre après la révolution de 1688 , redevint anglican , p» plutôt sana religion effectivf , s'y maria, s'j perdit de vin et de débauche, et de la p4us belle créature qu'on piit voir devint la plus hideuse.
a4 Octobre.
SA. de Chaulues est reparti pour la Bretagne. 11 espèr^ pouvoir convertir les hugveiiots , qui y sont en fort petit nombre, sans qu'il soit besoin d'y envoyer des troupes.
• 14 Novembre.
Le roi te promena (à Versailles) dans l'orangerie 9 qu'il ti*ouva d'une magnifîcepce admirée. Il vit la statue équestre du chevalier Bernin , qu'on y a placée, et trouva que l'homme et le cheval étaient si mal fatt«, qu'il résolut non -seulement de l'ôter de là , mais même de la faire briser.
'a5 Novembre.
Le roi a donné deux mille écus de pension à Vivans , ancien brigadier de cavalerie , qui 's'est converti depuis deux mois.
8 Janvier 1686.
Le roi a donné une pension de 2,000 francs au marquis de Belsence, nouveau converti, et une de pareille somme à madame de Lance-Rambouillet, nouvelle convertie.
II Janvier.
Je sus qu'il y avait un arré^ rendu contre ceux de la R. P. R. j par lequel il est ordonné que tous les enfans qui soât au-dessous de seize ans seront élevés dans notre religion ; et pour cela on les ôtera de chez leurs pères et mères huguenots, pour les mettre chez leurs plus proches parens catholiques.
a4 Janvier.
On eut nouvelle que le marquis du Bords^e avait été arrêté auprès de Trelon , entre Sambre et Meutte. Il voulait sortir du royaume a^ec sa famille. Sa femme a été blessée d'un coup de fîisil. Ce sont les paysans qui l'ont arrêté , et qui faisaient la garde pour empêcher ies gens de la religion de sortir du royaume. On mena le Bordage dans la citadelle de Lille j sa femme dans celle de Cambrai 9 et mademoiselle de la Moussaye, sa bellesœur , dans délie de Tournai. On fait revenir les enfans à Paris , où ils seront élevés dans notre religion.
1 Février.
Le roi refusa de signer le contrat de mariage de mademoiselle de Tonnerre , disant qu'il ne voulait faire cet honnéur-Ià qu'aux personnes dont il avait été content.
a6 ARTLCLES INÉDITS.
a5 Février.
Le roi résolut dt'envoyer 4^ troupes à M. de Savoie, pour réduîfe les babitans des vallées de Lucerae et d'Angrogpe > qui ne i^eulept pas se «oumetire à quitter kur relipcui. S. M; y envoie six bataillons ^ deux régimeiis de dragons y et un régiment de cavalerie.
a6 Février.
Le maréchal d'Estrades mourut à Pari3. Il était gouverneur de M. le duc de Cbartres , et Benserade a dit làrdessus que MoirsiEua avait beaucoup de peine» à élever des gouvern«nirs à son fils.
a6 Mars.
Le 1 3 janvier, M. Girardin, ambassadeur du roi à la Porte , fit assembler tous les Français , et leur déclara , de la part du roi , qu'il n'y aurait que les catholiques qui jouiraient des privilèges et des franchises que la protection du rot fait accorder à la nation , et qu'il leur donn£||t quatre mois pour ' se faire instruire.
5 Avril.
On sut que Quinault avait fait demander au roi de le dispenser des opéras. Dans sa dernière maladie il a eu des scrupules sur cela, et S. M. a trouvé bon qu'il n'en fit plus. Il va travailler à
ANNÉE ^lâajS. • ^
faire nfi poème qui expMquâm \m pcAiitttre^ de Le Brun dans la paierie dé VeratfHles.
x5 Avrii.
Le roi allasse prontenee dmis une petite otlèche qu^on lui a fait a«comnio#er pour tirer sans descendre. Il tua cinq ou sîk pièces de gibier. Cette ma!Chine*là n'est pourtant pas bien commode* .
i8 Avril.
Le roi envoya le duc de la Force à Sain t-Magloire. On r avait cru qu'il changerait de religion , et le roi lut avait parMdong-temps ce matin pour cela, mais inutilement.
a Mai.
Mademoiselle de Malause j qui est encore huguenote 9 eut ordre de se mettre dans un couvent.
V ' la Juin.
Le pape a fait faire de grandes réjouissances pour la conversion des hérétiques en France. Il a tenu un consistoire exprès , où il a donné de grandes louanges au roi , et a fait tenir une chapelle où l'on a chanté le Te Deum , ce qui a été suivi d'illuminations dans toute la ville pendant trois jours.
a3 Juîa.
Il y eut une grande batterie entre les officiers
%B ABTU^l.£S^iKSQITS.
du i-i^gîiaieBt idu roUet les sdiiats dei^ gardes. Il y eut quinze soldate^tués qn bli^^s.
19 Jaillec.
> On. brûla à I^ris Ambineville^ fameux Bohénôtn, poiu* avoir dit des impiétés abominables. Le rei lui avait souvent donné graœ pour plusieurs crimes ; mais U o'a point voulu lui en pardonner un si atroce. Léance, sa sœur, a été enfermée dans lHôpital-Général.
II septembre.
M. le lieutenant-civil et M. le preaiier président de la cour des aides vinrent apporter au roi une lettre de M. de Grenoble, leur frère, que le pape a nommé cardinal.
N, D. A, L'abbe Lecamus avait été aumônier du roi , et dans les meilleures compagnies, galant, plein d'esprit, *d'agrémettt, de sel, savait beaucoup, éébancbé à l'excès, et impie jusqu'à avoir fait le baptême d'un cocbon. L'jibbé Bou* thilier de Rancé était fort de ses amis, et se reti^'a quelques années avant d'entreprendre cette merveille de la Trappe. L'abbé Lecamus en futtoucbé, et prit toute une autre conduite qui fut récompensée do l'évéclié de Grenoble. Il j fnena une vie tout épiscopale, et y ajouta une pénitence extérieure qui le canonisa avant le temps. Gç fut de ne manger eh tout temps qUe des légumes, et de prendre ses repas ave$t tous ses domestiques; nféme les plus abjects ^ avec une lecture commune. Tout en lui avait plu à Innocent II , et surtout sa singuhirité de vie. Il en reçut la pourpre pour récompense, et
ANNÉE i966. 39
]a prît sans se coimnettre à ]a . permission du roi , qui ae le lui pardonna jamais , ^t ne le laissa ni venir à la cour , ni mettre le pied hors de son diocèse. Jamais oflrdinal ne le foi tant que^luî , et jusqu'à ses bottes pour aUeren nratti par les montagnes étaient routes. On ]m ¥pulut persuader •é'ajiau* cir sa nourriture. « OkI mes chers légupies, répondi^il par « un élan de vérité , je vous ai trop d'obligation ! » Il n'avait point d'autres bénéfices , était riche de patrimoine', et dépen* sait peu. ll.lttssa de si immenses richesses, qo^ellM furent rétonnement çt le scandale de tout le moade.
9 Octobre.
Les ambassadeurs de Siam ont eu audience de foutes les princesses du sang qui les reçurent sur leur lit. On leur donna des fauteuils. Les autres mandarins restèrent debout.
6 Oclobre.
J'appris que M^ Choppin, le lieutenant-criminel, s'était mis en prison. On l'accuse d'avoir fisiit enlever une femme y et d'avoir mis son mari en^rocès. L'affaire est ËLcheuse , car le mari était prêt à être condamné, comme ayant fait mourir cette femme, qui ne se retrouvait plus*
lo Octobre.
On ne veut plus que les filles montant à cheval, parce qu'on n'a pas été content de la dernière cavaU cade qui se fit à Marlj.
3o ARTICLES INEDITS.
xa Octobre.
Le soity twdame la dauphine arriva à Essoaiie , où elloQoucfaa^. Elie mardue en chaîse, ^t a qtarailte^ deux pottetirs: Elfe v» presque aussi vife'qu'en carrosse.
ao Octobre.
Le roi nous conta en dînant Faventnre tragique» d'un capucin nommé Bélmont, qui avait été mousquetaire. C'était un des braves hommes du monde, et qui, même depuis être capucin, avait donné beaucoup de marques de courage, car il ne pafrtait pmittde la trajachée^ et était toujours à la tête de» travailleurs , pour confesser les blessés. Le maréchal de Lorge a dit au roi qu'il Tavait vu durant deux heui*es entre deux lignes d'infanterie qui combattaient, ayant un coup de mousquet dans la cuisse , et ne se voulant- pas retirer^ Le pauvre misérable est devenu fou et furieux. On l'a enfermé ^ahs le fort SainD-Andréau-dessus de Salins. Le commandant, nommé la Barté, le fit encliainer^ Le kndemain matin , il fit entrer un caporal dans sa chambre. Le capucin avait rompu sa chaîne , et en jeta à bas le caporal , et quand la Barte, qui suivait le caporal, entra, il se jeta sur lui, le renversa à terre et l'étranglait , quand le caporal revint de son étourdissement; et, comme il ne pouvait se relever , il cria à la sentinelle de
ANNEE 1686. 3i
tirer paria fenêtre. La porte était fermée. La sentinelle tira y tua le capucin j et cassa le bras à la Barte.
6 Janvier i6drj.
Le roi descend toujours en bas à la chapelle, et en sortant de la messe il va chez madame de Montespan^ et le soir, après souper , madaipe de Montespan monte chez lui avec madame la Duchesse.
Lltt^hevéque d'Albi' mourut à Paris. Cet archevêché et ràbbaye d« ia C9iiaiaa>Dieu qu'il laisse vacaos valent 1 00,000 livres de rente. Il s'appelait Seront, et avait été jacobin iet compagnon .du c£Hrdtnal de Saiftte-Céêiie. M. le cardinal 'UbaAtiu Pavait employé en beaucoup d'afMres.
JV. D, A, Ce fut pour ce Seroni qu'Âlbi fut érigé en métropole aux dépens de Bour|[ea» L'archevêque d'Aix , cardi-nal et dominicain , était un pauvre homnie , frère du cardinal Mazarin , qui lui procura cette fortune , et lui donna Seroni pour le conduire. L'archevêque d'Âix fut cause de tout l'éclat qui arriva à Ron^e sûr le^Barberins. Pendant le pontificat de leur #ncl6, Urbain YIII, ceux-ci s'étaient cruellèiéent brouillés avec la France, et y avaient ajouté les voies de £siit contre le maréchal d'Ëstrées , ambassadeur, jusqu'à faire assassiner son écu jer, et avouer l'assassinat. Ils comblèrent la mesure par l'élection de Pamphile , malgré la France , sous le nom d'Innocent X^ avec qui ils conclurent pour cela un marché fort avantageux. Mais dès qu'il fut pape , il n''en tint rien , et se mit à les persécuter avec une telle furie , qu'ils ne surent
3a ARTICLES INÉDITS.
ni OÙ , ni comment se mettre à couvert. Mazayin désirant faire son frère cardinal, ]e pape l'amusa de promesses , afin de pouvoir pousser à son aise les Barberins. Mais Mazarin , s'apercevant que le pape le jouait , et voulant lui faire dëpit , fit venir les Barberins en France , et les combla de faveurs et de bienfaits. Le pape /ut pliMienrs fois sur le4>oint d'en venir aux dernières extrémités contre la France. Cette situation , qm dura long-temps, finît enfin par le raffermissement solide dès B^berini , et par la prom^îon de l'arcbetéque d^Aix.
II Janvier.
Le roi donna.à M. ê% la Ro<!llief6ucaulti'abbaye de la Cbaise^Dieu » p^Hir e^k partages le r^v^ou entre son oncle ^ Tiibbé son kève^ et le .cbevalier , comme il le jugera à prepf^s. Le roi a 4it au p^e la Cbaise, que 4e chevalior de la Rocfaefoueavlt serait le deipiefe* chevalier qui aurait des pensions sur des bénéfices.
i6 JaniMêr<
J'appris que Taf&ire des poteaux de Namur était terminée. Les Espagnols ont obtenu da roi qu'il ferait metire ses poteaux cinq à six cents toises plus loin, et pour cela ils ont cédé-^^à la France la petite ville de Valcour et les villages qm leur restaient entre Sàmbre-et-Meuse.
a4 Janvier.
J'appris que la ducbesse de Bétbune, mère du duc de Charost^ était morte à Paris^
N, D, A. Cettp duchesse était Lescalopier, fille d'un président à mortier du parlement de Paris. Son fils, qui fut fait duc et pair quelques années après , prenait plaisir d'aller souvent occuper sa place au parlement, et d'y juger, ni. de Foix disait plaisamment qu'il y avait là du Lescalopier.
ri Février;
La duchesse d'Estrées est morte ce matin. Elle était, si mal dans ses afïairesy que le roi de temps en ten^s lui donnait quelque petit argent pour sidisister.
JV. D. A, Cette duchesse , troisième femme et veuve sans enSeins du premier maréchal d'Estrées , est fameuse par l'étrange et ridicule aventure qui lui arriva , du tonnerre qui tomba fort près d'elle , lui pas^a entre las jambes , et qui , sans la blesser, lui servit si bien de barbier, que si l'on s'en servait en ces endroits-là , elle n'en aurait jamais eu besoin depuis^
i** Marsi
Le roi choisit pour gouverneur de M. le comte de Toulouse le marquis de Villers d'O , qui avait épousé mademoiselle de Guillerague le jour du mardi gras. Le roi avait donné à mademoiselle de Guillerague 23^000 écus«
N, D. Ai Guillerague, conseiller au parlement dé Bordeaux , homme d'un esprit amusant , avait fait avec madame Scarron une connaissance particulière, qui se changea en amitié intime. Gomme c'était un panier percé, elle le fit eiivoyef ambassadeur, à Constantinople , pour se remplumer. Sur le IV. 3
vaisseau qui Je portait, ainsi que sa femme et sa fille , se trouva VîUers ^ petit garde-marine , fort gueux , fort sot , et fort bien fait, qui devint amoureux de mademoiselle de Guillerague. Gejt ambassadeur étant mort, on dépêcha un bâtiment pour ramener la mère et la fille, et YiUers, qui en fnt instruit, trouva le moyen de monter ce bâtiment, en qualité de lieutenant. Mademoiselle de Guillerague, cbarmée de son re^ tour, et encore plus de l'amour qui lui avait fait entreprendre ce voyage, le fit goûter à sa mère; et, à la manière des béros de romans qui ne s'inquiètent pas de la sabsîstance , ils se marièrent sur la côte de l'aneienne Troie, où le vaisseau eut à relâcber. C'était une terre toute propre à un mariage da roman ; aussi lui porta-t-elle bonbeur. Madame de Maintenon , plus toucbée du romanesque que sa moderne austérité ne le semblait, prit de là pour eux un degré d'afiection qu'elle trouva moyen de tourner en utile. Elle avait toujours tendu à saper madame de iViontespan , et à lui soustraire ses enfans par qui elle tenait encore. Montchevreuil lui répondait du duc du Maine , dont elle l'avait fait gouverneur. Elle voulait tenir le comte de Toulouse par le même moyen , et sa qualité d'amiral lui donna couleur de proposer un officier de vaisseau pour mettre auprès de lui. Yillers fut donc agréé, et prit le nom de marquis d'O , se prétendant de cette maison , que les généalogistes ne lui accordèrent jamais , mais dont la cour et le monde ne firent aucune difficulté. Sa femme , galante et romanesque, lui laissa la gravité et l'austérité en partage , et prit pour elle l'enjouement et tout ce qui l'accompagne. Pour lui , la suffisance de son maintien , le sage dédain de son silence, sa dévotion extatique, jointe à son. orgueilleux sourcil,, donnaient envie de découper en frange le derrière de son habit, et de coller sur ses épaules quelque pasi^age de l'Ancien Testament.
9 Mars.
M. de Roquelaure avait demandé au roi les lods et ventes de quelques terres de M. de Lauzun , et le roi les refusa , disant qu'il ne fallait pas vouloir profiter de la disgrâce des malheureux.
T9 Mars.
Madame Colbert est morte à Paris. Elle avait fait son testament se portant bien y et sa maladie la prit avant qu'il fut fini. Elle ne laissa pas de l'achever, et perdit connaissance bientôt après.
N, D, A» Madame Colbert était sœur du président Menars. Madame la princesse de Gonti, fille naturelle de Louis XIV, Ini fat confiée. Elle l'éleya long*temps avec ses filles, sans cpi'oD sût qui elle était. Puis reconnue , elle Ini servit un temps de gouvernante, Tayant toujours chez elle. Elle était avec cela favorite de la reine , et la voyait tous les jours en particulier. La combinaison de ces deux choses lui ouvrit enfin l'entrée dans les carrosses et à la table, où jamais femme de secrétaire d'État n'avait été admise.
5 Mai.
Le prince d'Isenghien est à l'extrémité, et a prié le maréchal d'Humières de pardonner à la vidame le mariage qu'elle a fait avec M. de Surville. M. le maréchal a reçu sa fille , que M. d'Isenghien avait fiiit venir à la petite écurie où il est malade.
iV. D, A, Le prince d'Isenghien est Flamand , et s'appelle Villain. Il y en a eu treize maires de Gand de suite. Il faut
36 ARTICLES INEDITS.
que ce soit beau , puisque, en mémoire décela, il porte un XIII pour chiffre.
ao Mai.
Le roi fit rhonneur à la femme de Mathieu , gouverneur de Longwi, de la saluer.
37 Mai.
Madame de Miaintenon a £aiit de grandes charités à beaucoup de pauvre noblesse.
Le roi vit à Verdun , en arrivant , une grande inondation , parce qu'on avait relevé les écluses pour lui en faire voir l'effet. S. M. changea un ancien usage que les chanoines avaient à Verdun , qui ne se mettaient point à genoux durant l'élévation y et qui se couvraient aux processions.
S. M. joue tous les jours au 3o et 4o y comme elle avait joué en venant.
iS Octobre.
L'octave de Sainte-Thérèse a commencé. Toutes les dames vont en foule aux Loges. La comtesse de Grammont est tout-à-fait dans la dévotion. Il y a long-temps qu'elle s'en cachait , présentement elle n'en fait plus mystère.
On a voulu faire une affaire cruelle à madame de Roquelaure, dont elle s'est fort bieiK justifiée.
On accuse un courtisan considérable de lui avoir fait cette méchanceté-là. On prétend ^^u'il est amoureux d'elle, et que c'est pour se venger de sa cruauté.
a5 Octobre.
Le rdi a permis à madame de Montchevreuil de quitter la charge de gouvernante des filles , et Ton croit qu'on ne mettra personne en sa place. On malheureusement trouvé un mauvais livre derrière le lit de mademoiselle de M****. Elle a avoué que M. le Duc le lui avait donné , mais elle prétend que c'est pour une de ses compagnes qui le nie fort. La chambre est dans une grande désolation. Le roi a déclaré qu'il ne s'en voulait plus mêler. Madame ladauphinefait des merveilles, et quoiqu'elle crut n'avoir pas sujet de se louer de ces demoiselles, elle leur a promis sa protection , si elles faisaient mieux à l'avenir. «
a6 Octobre.
Madame la dauphine a déclaré qu'elle ne prendrait plus de nouvelles filles, mais qu'elle tâcherait d'établir celles qui demeurent.
37 Novembre.
L'on apporte à Monseigneur deux habits, l'un brodé d'or et l'autre d'argent à Constantinople. C'est Girardin, notre ambassadeur, qui les lui a envoyés. Ils sont magnifiques et agréables.
3 Décembre.
Le roi nous dit en dînant , que M. de Lavardin était entré à Rome le 1 5 novembre , sans que personne se soit présenté pour s'opposer à son entrée. Quelques jours après , le cardinal d'Estrées demandant au pape la permission de proposer un évéché pour le Portugal, doQt il est protecteur, le pape lui dit : Je vous absous. Saint-Père, répondit le cardinal , je n'ai point encouru de censure ; ainsi je ne demande point l'absolution. Je vous la donne , dit le pape , proposez votre évé^ ché. Il n'y a que le cardinal Maldakin qui ait vu l'ambassadeur. Mais la plupart se sont absentés de Rome avant qu'il arrivât. Il a envoyé, quelques jours après son entrée , demander audience au pape, qui a répondu qu'il ferait réponse quand il se porterait mieux. Le cardinal Mollini, qui a été npnce en Espagne, a pris la liberté de dire au pape qu'il avait grand tort de balancer à donner audience à un ambassadeur du roi très-cbrétien , et que c'était commencer par offenser un grand roi. Mais ce sage avis n'a pas fait changer le pape.
19 Janvier 1688.
M. l'abbé de Lorraine , fils de M. le Grand, reçut à Paris l'ordre de prêtrise; il n'a pas encore l'âge , mais il a obtenu une dispense de Rome. Il y aura à Noël cent ans qu'aucun prince de la mai-
son de Lorraine n'avait été prêtre. Le dernier fut le cardinal de Guise tué à Blois.
%4 Janvier.
Des lettres de Constantinople de M. Girardin mandent que les spahis se sont révoltés^ qu'ils ont voulu forcer le sérail y qu'ils ont pillé les plus riches maisons de la ville 1 sont entrés dans les bains où les femmes se baignent et les y ont violées, et que l'ambassadeur craint pour sa maison et pour lui-même.
3x Janvier.
On a su que le pape avait forcé les jésuites de venir à la procession , ce qu'ils n'avaient jamais fait. On a arrêté un barnabite à Paris , accusé d'être un peu molinosiste. Il y a quelques docteurs en fuite accusés d'être tombés dans des erreurs approchant de celle-là , et qu'on accuse d'avoir eu des commerces secrets avec la cour de Rome.
8 Février.
On a voulu faireiine méchanceté à un magistrat considérable, prétendant qu'il voyait trop souvent chez lui à Paris^un jeune garçon qui demeure d ordin^re à Versailles.
Après souper, M. de Luxembourg mena chez madame la princesse de Conti , où étaient Mon-
4o ARTICLES INÉDITS.
seigneur et madame la Duchesse , trois comédiens italiens , quelques-uns des meilleurs danseurs et mademoiselle de la Lande , et donna un petit spectacle qui divertit fort. Il avait fait déguiser quatre gardes de la compagnie de Noailles ^ qui avaient des tailles de géant et qui étaient habillés en filles. Il y a eu des courtisans qui ont voulu fronder ce divertissement-là y qui attaquait un peu les princes qui veulent épouser présentenient la princesse de Conti.
i4 Février.
Langlade eut la question ordinaire et extraordinaire, et n'avoua rien ; on ne laisse pas de le croire coiipable.
i6 Février.
Le roi a résolu de faire sortir du royaume tous les gens de la religion qui y restent. Il confisque leurs biens , et leur donne perqiission de se retirer où il leur plaira. Il les fera conduire hors du royaume.
' Langlade fiit jugé définitivement , et condamné ahx galères pour neuf ans, et Sur l'heure mis à la chaîne. Sa femme est condamnée à un bannissement pour neuf ans, et à garder prison jusqu'à ce qu'elle ait payé à M. de Mo^tgommeri les 10,000 écus qui lui ont été volés ^ et tous les frais du procès.
ANNÉE 1688. 4i
18 Février.
On trouva les quatre appartemens principaux de Marly meublés de neuf. Ils n'étaient que de damas , et ils sont présentement de velours et de brocart. On a seulement conservé les couleurs : le rouge pour le roi , le vert pour Monseigneur, le bleu et l'aurore pour Monsieur et pour Madame.
a4 Février.
M. le Prince a parlé au roi du dessein qu'il a de marier mademoiselle de Bourbon sa fille ; à M. le prince de Conti. Le roi approuva fopt ce mariage , mais il ne paraît pas qu'il veuille présentement rien &ire de considérable pour M. le prince de Cooti. Il lui a pardonné , mais il n'a pas encore tout-à-fait oublié.
a Mars.
On n'espère plus rien de mademoiselle de Guise. On dit qu'elle meurt d'un cancer dans la matrice; elle est âgée de soixante-treize ans.
N, D. A. Mademoiselle de Guise était extrêmement ricbe, et la dernière de la brancbe de Guise en ligne directe. Elle était petite-fiUe de celui qui fut tué à filois , sœur de celui qui tenta l'expédition de Naples , et sœur aussi de l'abbesse de Montmartre , célèbre par ce beau traité sigué à sa grille , et avorté aussitôt après, qui donnait la Lorraine au roi, et substituait la couronne à la maison de Lorraine , après les
4a ARTICLES INÉDITS.
princes du sang , et avec le même rang , ce qui produisît tant de vacarmes, et fit dire par le chancelier Séguier au roi , qu'il oe pouvait faire de princes du sang qu'avec la reine. MadciHoiselle de Guise était fort magnifique et fort glorieuse. £lle avait épousé secrètement un cadet de Bourdeille, si connu dans la cabale des Importans , sous le nom de Montrésor, dans la régence, de qui l'on a des mémoires. Il mourut chez elle , et n'en eut point d'enfans.
a a Mars.
Les Vénitiens souhaitaient que M. de Turenne acceptât la charge de lieutenant - général , sous M. de Konigsmarck. Notre ambassadeur à Venise en avait écrit au roi , mais S. M. n'a fait aucune réponse. La famille de M. de Turenne jugeant bien que le silence du roi n'était pas une marque d'approbation , lui a écrit de ne pas accepter l'emploi.
a6 Mars.
M. de Mortemart est toujours fort mal, et l'on espère que M. de Vivohne son père, sera touché de l'état oit il est^ et voudra bien lui donner la consolation de le voir avant sa mort ; ce qu'il souhaite
N, D, A. M. de Mortemart étdit l'homme de son temps de la plus grande espérance , et pour son âge de la plus grande réputation. Son père , qui n'était pas tel , mais qui payait de beaucoup d'esprit et de privance avec le roi , était brouillé avec lui , et avec les Colbert , dont son fils avait épousé une fille, et les menait haut la main pour des intérêts pécuniaires,
où il était fort injuste et grand panier percé. Il n'aimait point M. de Mortemart. On l'accusait de jalousie, mais il ne le croyait pas son fils. Dans cette triste entrevue , il se retira le dos à une table^ vis-à-vis le pied du lit qui était ouvert, d'où , considérant M. de Mortemart , on l'entendit qui se disait à lui-même : « Il n'en reviendra jamais; j'ai vu son pauvre père « mourir tout comme cela. » C'était son écuyer dont il voulait parler. Lui, sa femme, ses trois sœurs, et ses filles, auraient fourni l'Europe d'esprit, et de cboses plaisantes et singulières, toujours neuves, et auxquelles personne, ni euxmêmes , ne s'attendaient. Il y a de lui des bistoires sans fin , que le feu roi se plaisait à rendre , et il contait parfaitement bien. Tout courtisan qu'était M, ie Yivonne, sa soeur ,^ madame de Montespan, ne laissait pas de le craindre. Il mourut lui-même peu de mois après son fils, parfaitement ruiné.
3o Mars.
J'appris la mort de Gharleval. Il était père de M. de Ris, premier président du parlement de Rouen. Il était fort connu par son mérite, son esprit 9 et les jolis vers qu'il avait faits.
14 Avril.
M. de Vendôme est allé à Anet, et le roi lui a donné a^ooo pistoles. On croit que Monseigheur avait prié le roi de lui faire quelque petit présent.
i5 Avril.
Monseigneur fit la cérémonie de la cène , que le roi ne put faire à cause de sa goutte. Il n'y eut point de sermon , parce que l'abbé Roquette 9 qui
s'était préparé à prêcher devant le roi , s'excusa.
is Ayril.
Le roi a donné à Racine et à Despréaux , qui travaillent à son histoire 9 1,000 pistoles à chacun.
^ 19 Avril.
iTappris que le roi avait donné 2,000 liv. de pension à d'Estoublon , ancien mmtre-d'hôtel et qui avait i^té à la reine-mère.
N. D, A. D'Estoublon ëtait de condition et Provençal ; un ' fort bonnête homme , mais plaisant au dernier point , et un grand homme noir, olivâtre, qui ne riait jamais, avec je ne sais quel air niais et naturel dont il attrapait les nouveaux venus. Il avait usurpé une telle liberté avec la reine-mère , qu^il lui demanda un de ses carrosses pour ramener sa femme de Saint-Germain. Ce carrosse ne revenait point; la reine le sut, et demanda à Estoublon ce qu'il en avait fait* « Ce que M vous m'avez permis, madame; vous m'avez fait la grâce de <t me le prêter pour ramener ma femme , et il la ramène en u Provence. Je ne sais pas bien le temps qu'il faut pour aller <c et venir. Voilà ce qu'est devenu votre carrosse. » On en rit, et ce fut tout. Une autre fois , passant devant la chambre de madame de Brégis, qui donnait sur une galerie à Saint-Germain , il en trouva la porte eiftr'ouverte , et la vît sur son lit, le derrière en l'air, et une seringue auprès. Il se glisse doucement, insinue le remède, remet la seringue, et se retire. La femme de chambre , qui était allée dans la garde-robe chercher je ne sais quoi , revient, et propose à sa maîtresse de se remettre en posture. Elle demande ce qu'elle veut dire, et ajoute qu'elle rêve apparemment ; grande cacophonie entre
elles. Enfin la femme de chambre legarde k la seringue et la trouve vide, et proteste tant et si bien qu'elle n'y a pas toucbé , que la Brégis croit que c'est le diable qui lui a donné son lavement. C'était une antique beauté, et un bel esprit, grande intrigante , à qui de la régence et de la jeunesse du roi et de Monsieur, il était resté grande familiarité avec enx j et avec la reine-mère. Dès qu'elle parut chez elle , voilà le roi et Monsieur à lui parler de son lavement, et elle étonnée et furieuse tout ce qu'on peut 4'étre , apprit la dernière de la cour ce qu'elle devait à Estoublon.
Cet Estoublon , à la fin de sa vie , homme de bien dés long-temps , le devint de plus en plus. Il se mit à Paris à uu quatrième étage , dans la paroisse de Saint-Sulpice , occupé uniquement de son salut et des bonnes œuvres, donnant tout aux pauvres • et il avait du bien. Sa dévotion était d'en ramener tous les jours quelques-uns dtner avec lui , et de nyinger avec eux. Dans ces temps-là MM. de Saint-Sulpice s'étaient mis dévotement dans la tête de tirer par le for de la conscience la connaissance de tout ce qui se passait, sous prétexte de ce qu'ils appelaient la correction fraternelle ^ et obligeaient tous ceux qui se confessaient à eux de leur rendre un compte exact de toutes choses. Us surent donc par le valet d'Estoublon , qu'il voyait tous les jours des gens de fort mauvaise mine , et qu'il leur donnait à dîner. Les inquisiteurs comptent toujours sur le mal. Je ne sais ce qu'il* soupçonnèrent ;.mais*ils eurent un ordre de la police, et mirent Estoublon an Ghâtelet. Voilà un homme bien étonné à quatrevingts ans qu'il avait. Cependant lui, comme il put, et ses voisins qui étaient édifiés de lui, firent tant qu'il en sortit. Mais il eut beau demander justice ; on né songea qu'à l'apaiser , et il se retira chez lui en Provence. Toutefois cela fit assez de bruit pour réveiller d'autres choses, et pour
mettre au net tout le pet aux roses de la correction fraternelle , qui fit un furieux vacarme. Le curé La Barmondière fut obligé de chasser plusieurs prêtres, de détester en pleine chaire ce genre d'informations, et d'en écrire une apologie, en forme d'instruction. Toutefois on fut long-temps à se rapprivoiser avec eux à confesse.
8 Mai.
L'abbé de Furetière .mourut à Paris ; il était de l'Académie y mais les^ académiciens l'en avaient exclu. Il s'en était rendu indigne par le procédé qu'il avait eu avec plusieurs particuliers de ce cofps, et en voulant dérober partie du dictionnaire.
3$ Juin.
On a appris que la reine d'Angleterre était accouchée d'un fils. Son père lui donnera bientôt le titre de prince de Galles. Il n'aura point de nourrice, et sera nourri de lait, de pain et de bouillie. C'est ainsi qu'on élève à Londres beaucoup d'enfans de qualité.
%& Juillet.
M. le"* maréchal d'Estrées bombarde Alger, et ceux de la ville ont déjà mis plusieurs esclaves français à la bouche de leurs canons. On a passé par les armes autant de herts qu'ils avaient fait mourir de chrétiens, et on les leur a envoyés sur des radeaux. On ne croit pas qu'on les puisse réduire.
» Août.
Arlequin est mort aujourd'hui à Paris. On dit qu'il laisse Soo^ooo livres de bien. On lui adonné tous ses sacremens, parce qu'il a promis de ne plus monter sur le théâtre.
N. D, A. Cet arlequin était le sieur Dominique, comë-* dien plaisant , salé , mettant du sien , sur-le-champ et arec variété, ce qu'il j avait de meilleur dans ses rôles. Il était sérieux , studieux , et très-instruit. Le premier président de Harlay , qui le rencontra souvent à la bibliothèque de Saint- Victor, fut si charmé de sa science et de sa modestie , qu'il l'embrassa et lui demanda son amitié. Depuis ce temps '^ là jusqu'à la mort de ce rare acteur , M. de Harlay le re^ut toujours chez lui avec une estime et une distinction particulières. Le monde qui le sut, prétendait qu'Arlequin le dressait aux mines, et qu'il était plus savant que le magistrat, mais que celui-ci était aussi bien meilleur comédien que Dominique.
>8 Août.
Racine y par l'ordre de madame de Main tenon , fait un opéra dont le sujet est Esther et Assuérus. Il sera chanté et récité par les petites fiUes de 3ain t- Cyr. Tout ne sera pas en musique. 'C'est un nommé Moreau qui fera les airs.
IX Août
M. de Croissy a été dire à M. le nonce qu'on fera à ses gens le même traitement qu'on fera à Rome aux gens de M. de Lavardiu, parce qu'on
a su qu'on en avait arrêté deux par ordre du pape.
3 Septembre.
M. de Vardes est mort ce soir à Paris ; il était chevalier de l'ordre, avec un brevet de juste-aucorps en broderie. Il avait été capitaine des cent* suisses.
Ni Di A, M. de Vardes s'appelait Du Bec Grespin, un des hômities de France le mieux fait, le plus adroit, de la meilleure grâce , et le plus galaiit. Les dames , les intrigues et l'ambition , le perdirent. Il fut du complot de la comtesse d« Soissons , pour exciter la reine sur les amours du roi. Il fut découvert et perdu. Il lui en coûta sa ckarge , et plus de vingt-H^inq ans d'exil en Jianguedoc. Il en revint si rovîUë , qu^il surptit tout le monde , et conserva toujours du provincial. H avait trouvé lé moyen pendant la régence de se battre impunément en duel avec le dac de Saint^imon. Le rendez-vous était à la porte Saint-Honoré , et les deux combattans y allèrent dans leurs carrosses. Les voitures se beurtèrent , et les cocbers se cbargèrent à coups de fouet. Pendant ce temps les maitres sautèrent à terre avec leurs seconds , et se battirent. Vardes fut désarmé. Gela passa pour une rencontre, et une querelle de cocbers de gens qtii ne s'aimaient pas.
i6 Septembre.
Milord Spencer, fils aîné du comte de Sunderhmd, premier ministre d'Angleterre , est mort cette nuit à Paris , pour avoir trop bu d'eau-devie.
4 Octobre.
On a su que le roi d'Angleterre avait fait mettre à la Tour Scbalton, qui était son envoyé ici, parce que , sans son ordre, il avait prié le roi de le secourir. On ne doute plus que le prince d'Orange n'en veuille à l'Angleterre , et S. M. B. se repentira de n'avoir pas accepté les offres que le roi lui faisait de lui envoyer quarante de ses meilleurs vaisseaux.
5 Octobre; '
Voici l'adieu qu'on dit qîie le prince d'Orange a fait aux États de Hollande : « Messieurs, je vous « dis adieu pour jamais. Je vais ou périr ou réif gner. Si je péris , je mourrai votre serviteur ; si a je règne, je vivrai votre ami. »
i Octobre.
Le roi a donné ordre à Saint-Olon, gentilhomme ordinaire, de se rendre auprès de M. le nonce, pour ne le pas quitter d'un pas.
Il Octobre.
Le prince d'Oradge né prend sur ses vaisseaux aucun officier catholique. Il a fait demander aux Français réfugiés s'ils voulaient le suivre. La Mqlonière a fait la liste de ceux qui veulent s'em-* barquer, et il s'en est trouvé près de six cents.. IV. 4
5o • ARTICLES INÉDITS.
i4 Octobre.
Monsieur et Madame ont aujourd'hui ouvert trente à quarante caisses de Siam, où ils ont trouvé des présens et beaux et agréables. Le j^i de Siam ne leur en avait point envoyé par les premiers ambassadeurs^ et ils avaient témoigné qu'ils n'en étaient pas contens.
17 Octobre.
Le roi a dit aujourd'hui au duc de Yilleroi : c( Ne trouvez-vous pas bien extraordinaire que te M. de Schomberg, qui est né Allemand, se soit c( fait naturaliser Hollandais, Anglais, Français et « Portugais. »
aa Octobre.
M. Ducange y homme fameux par sa profonde érudition et par les bons livres qu'il nous a donnés, est mort à Paris. Il passait pour le plus savant homme de l'Europe , et le roi lui donnait pension sans le connaître de vue.
a6 Octobre.
Plus de quatre cents soldats des invalides, voyant les, levées qu'on fait en France, et que la guerre est commencée , ont demandé à sortir pour aller servir, et se sont enrôlés en différens cotps. On leur a donné à tous des billets, afin qu'ils
ANNÉE 1688. 5i
puissent rentrer dans la maison , quand le temps pour lequel ils se sont engagés sera expiré. Presque tous ceux qui se sont mis dans Tinfanterie ont été faits sergens;
a Novembre.
Quelques évêques d'Angleterre ont été trouver S. M. B., et lui ont représenté qu'il était à propos, dans les conjonctures présentes, de convoquer le parlement, et qu'il était^de son devoir de s'instruire de la religion anglicane, à quoi S. M. B. a répondu que les Hollandais ne pourraient pas lui tenir -un autre discours.
4 Novembve.
M. le prince d'Orange , avant que de pai^tir, fit une harangue à MM. les États, et leur dit qu'il n'allait en Angleterre que pour les intérêts de la religion réformée , et pour en chasser les catholiques. Dans le même temps, l'ambassadeur d'Espagne à La Haye faisait des prières pour l'heureux succès des armes du prince d'Orange en Angleterre. Cela nous a paru ici fort extraordinaire.
On a su que le chevalier de Longueville , visitant les travaux de Philisboùrg , après la prise de la |llace , avait été tué par un soldat qui tirait une bécassine. Il ét»t bâtard de M. de Longueville, tué au passage du Rhin.
N. D. A. Ce chevalier de Longueville était fils de M«*de
5a ARTICLES INEDITS.
Longueville, ou comte de Saint* Paul, tué au passage du Rhio y comme il allait être élu roi de Pologne. La maréchale de la Fcrtéy célèbre par ses galanteries, était sa mère. Son mari vivant , il n'y avait point d'exemple en France de la légitimation d'un bâtard de femme mariée j parce qu'il fallait nommer la mère, et qu'en la nommant^ ce fils par la loi devenait le fils de son mari. Le roi, pressé par madame de Montespan de reconnaître leui*s enfants , et de les légitimer, chargea Harlay , lors procureur-général , et depuis premier président , d'en chercher les moyens. Il n^osa hasarder rien surjes enfans du roi; mais œ chevalier de Longueville lui parut propre pour un essai. Ils subornèrent ^onc madame de Longueville , soeur du grand prince de Coudé, et si connue dans les troubles de la régence , qui était retirée et dans une grande pénitence, et lui persuadèrent de reconnaître ce bâtard de son fils , et de présenter requête pour le faire «légitimer. Elle le fit, et le parlement , dans l'ignorance du pont qu'il construisait sans le savoir, le légitima sans nommer la mère , après quoi il n'y eut plus de difficulté pour les enfans du roi et de madame de Montespan. Harlay avait renouvelé pour eux un prodige de la mythologie. Ils étaient , comme Minerve , nés de Jupiter sans avoirde mère. Le comte de Saint-Paul avait un frère aîné qui vécut de longues années, prêtre, fou, et relégué dans l'abbaye de Saint-Georges en Normandie. En lui a fini la maison de Longueville.
la Novembre.
Madame la duchesse de Bourbon et madame la princesse de Conti ont pris* le deuil du chevalier de Longueville.
If Décembre.
M. de Bulonde est revenu à Huis , après avoir mis sous contributiçu tous les villages de la mairie de Bolduc et de la mairie de Breda. Il a été jusqu'à deux lieues de Bolduc. Il a été obligé de brûler douze ou quinze villages. Il a mis aussi sous contribution le pays de Liège ^ dont on tirera plus de 5oo,ooo livres.
16 Décembre.
S. M. a résolu de faire raser Cherbourg, dont les fortifications étaient déjà fort avancées, et deux petites villes qui n'en sont éloignées que de trois ou quatre lieues , Yalogne et Carentan. On await déjà dépensé plus de 20O9OOO écus pour fortifier Cherbourg.
- a 8 Décembre.
Il est venu des nouvelles d'Angleterre qui disent que le roi avait été arrêté à Faversham , et mené prisonnier à Rochester ; qu'on ne l'avait pas connu d'abord , mais qu'on s'était saisi de lui , parce que le trouvant à deux lieues de la mer, on avait bien cru que c'était un catholique qui se voulait sauver ; qu'il s'était déguisé en valet d'un milord qui a été arrêté aussi. On dit que le geôlier de Rochester a reconnu le roi dans sa prison.
lo Janvier 1689.
On a su d'Angleterre que le prince d'Orange a envoyé dire à M. de Barillon de sortir de Londres sur-le-champ.
N. D, A, Barillon , trompé par le roi d'Angleterre, et par ses. ministres qui trompaient leur roi , répondît toujours qu'il n'y avait rien à craindre en Angleterre, tandis que d' A vaux mandait de Hollande de point en point tout ce qui arriva. Si, à la fin de 1688, on eût fait le siège de Maestricht , au lieu de celui de Philisbourg , comme on y balança, l'affaire d'Angleterre était avortée avant d'être entreprise , comme on le sut bien après. Mais M. de Louvois voulait absolument la guerre, et une guerre générale et longue , qui lui donnât toute supériorité. V •
16 Janvier.
On a su d'Espagne que le roi avait donné à la reine sa femme une confiscation d'un million. On croit qu'elle paiera présentement les dettes qu'elle a en France ^ et qui montent à 200,000 francs.
17 Janvier.
Le roi d'Angleterre a vu aux grandes Carmélites la mère Agnès et madame d'Épernon. Il a voulu voir la mère Agnès , parce que c'est la première personne qui lui a parié pour le faire changer de religion. Il a fait ses dévotions aux Jésuites.
M. le prince d'Orange renvoie au roi d'Angleterre ses carrosses , ses chevaux , ses équipages de chasse et sa vaisselle.
la Février.
M. de Maurevel étant chez lui le matin à Paris fut réveillé par un grand hruit qu'il entendit dans sa cour et dans la rue. C'étaient des sergeps qui étaient venus prendre ses chevaux dans son écurie , pour une prétendue dette d'un tailleur. Il se leva en robe-de-chambre, et n'ayant pu faire entendre raison à cette canaille, dont il y en eut un qui tira sur lui, le voyant à sa fenêtre , il prit ses pistolets , et par sa fenêtre en tua deux. Le reste se dissipa bien vite. M. de Maurevel vint ici rendre compte au. roi de son action, et lui demander grâce et justice, en même temps offrant de s'aller mettre en prison. Le roi le reçut fort bien, et lui dit de demeurer à Versailles, jusqu'à ce qu'on sût si ràffaire s'était passée comme il la contait. Il paraît que cela ne tournera pas mal pour lui.
i3 Février.
M. de Maurevel a eu sa grâce du roi ^ et les saufs-conduits nécessaires pour sa personne et pour tous ses gens. On ne peut avoir été mieux traité.
t6 Mars.
Le roi a donné une déclaration par laquelle il rend à ses sujets huguenots , réfugiés en Angleterre et en Hollande , la moitié de leurs revenus, pourvu qu'ils se retirent en Danemarck ou à Hambourg.
M. Danglure, qui a été capitaine aux gardes, s^en va servir en Irlande par dévotion.
iS Avril.
M. de Flammarius , qui est exilé depuis longr temps, a passé incognito par Paris, venant d'Angleterre. Il s'en va en Irlande. Il n'a pu avo|r de passe-port du prince d'Orange ; il a dit à ceux qui l'ont vu que les afiEaires de ce prince n'allaient que trop bien à Londres. Il a formé deux régimens des réfugiés français qui y sont. Il en appelle un Normandie, et l'autre Guienne. Il a fait la Caillemotte colonel du premier, et Is^ Mulonière du second.
ai Avril.
Le pape lève des troupes , et ne veult point donner d'argent au roi d'Angleterre, de peur, dit-il , que le prince d'Orange ne maltraite encore davantage les catholiques d'Angleterre.
AimÉE 1689. *57
aa Avril.
Le comte de Brionne se marie à mademoiselle d'Espioay de Brou , héritière fort riche. Le père de la fille est encore en vie, mais il laisse espérer qu'après la noce il prendra les ordres , et se mettra par-là hors d'état de pouvoir se remarier.
ai Avril.
♦ L'affaire dont M. le" chevalier de Lorraine viqt, bi^ràminuity parler au roi, c'est que M. de Hautefort, exempt des gardes-du-corps , fit hier tirer Icpée à M. le comte de Brionne , après le coucher de Monseigneur. Le comte de Brionne ^ eu les deux cuisses percées , et Hautefort a été blessé audessus du geBOUt II voulait faire, demander la vie au comte de Brionne, et eut besoin lui-même que le comte de Brionne la lui donnât, car la douleur de sa blessure le fit évanouir. Cependant sa blessure, qui était si douloureuse, est fort légère, et il parut hier au couché du roi après le combat. M. le comte de Brionne s''est très-bien battu, et s'arracha lui-même l'épée de Hautefort qui lui était demeurée dans les cuisses. Il lui donna de l^esprit de vin quand il s'évanouit , et eut la force de revenir à pied vis-à-vis la paroisse, où il trouva des porteurs. On croit que le sujet de la querelle était que Hautefort était fâché des
58 ARTICLES INEDITS.
soins que M. de Brionne rendait à mademoiselle de Hautefort sa sœur, fille d'honneur de madame la princesse de Conti.
3 Maî.
M. de Louvois a terminé à Paris l'affaire de maître de la garde-robe , pour M. de Souvré son fils, avec la famille de M. de Lyonne. Quant à celui-ci (fils aîné du célèbre ministre de Lyonne, et quelque temps son successeur ) il n'est plus en état d'agir, et il se fit voir il y a quelques jours sur le balcon de sa maison qui donne dans le Palais-Royal. Il était dans un état et chantait des chansons si extraordinaires ^ que sa famille sera contrainte de le renfermer. L'esprit a achevé de lui tourner depuis les chevaliers , de désespoir de ne l'avoir pas été.
19 Mai.
Hier od jugea l'affaire des officiers du parlement de Grenoble , que le roi avait fait venir à la suite du conseil pour un jugement qu'ils avaient rendu contre les formes. La chambre a été condamnée à 4?ooo écus d'amende, et les officiers isont renvoyés à leurs charges. Leur jugement a été trouvé fort inj uste ; mais o^ ne peut plus revenir à faire le procès à l'hommç qu'ils avaient justifié. Les 4^000 écus seront donnés au père et à la mère de la petite fille violée, qui est morte depuis cette affaire-là.