‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 227 sur 766 · LE MENTEUR, ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

LE MENTEUR, ACTE II, SCÈNE V

ALCIPPE

Cette vieille amitié faisait votre entretien? Tu te sens convaincue, et tu m'oses répondre ! Te faut-il quelque chose encor pour te confondre ?

CLARICE

Alcippe, si je sais quel visage a le fils...

ALCIPPE

La nuit était fort noire alors que tu le vis. Il ne t'a pas donné quatre chœurs de musique, Une collation superbe et magnifique, Six services de rang, douze plats à chacun ! Son entretien alors t'était fort importun ? Quand ses feux d'artifice éclairaient le rivage, Tu n'eus pas le loisir de le voir au visage ? Tu n'as pas avec lui dansé jusques au jour ? Et tu ne l'as pas vu pour le moins au retour ? T'en ai-je dit assez ? Rougis, et meurs de honte!

Je ne rougirai point pour le récit d'un conte.

ALCIPPE

Quoi ! je suis donc un fourbe, un bizarre, un jaloux?

CLARICE

Quelqu'un a pris plaisir à se jouer de vous, Alcippe, croyez-moi.

ALCIPPE

Ne cherche point d'excuses ; Je connais tes détours, et devine tes ruses. Adieu : suis ton Dorante, et l'aime désormais ; Laisse en repos Alcippe, et n'y pense jamais.

CLARICE

Écoutez quatre mots.

ALCIPPE

Ton père va descendre.

CLARTCE.

Non, il ne descend point, et ne peut nous entendre ; Et j'aurai tout loisir de vous désabuser.

ALCIPPE

Je ne t'écoute point, à moins que m'épouser, A moins qu'en attendant le jour du mariage, M'en donner ta parole et deux baisers en gage.

CLARICE

Pous me justifier vous demandez de moi, Alcippe ?

ALCIPPE

Deux baisers, et ta main, et ta foi.

Que cela?

ALCIPPE

Résous-toi, sans plus me faire attendre.

CLARICE

Je n'ai pas le loisir, mon père va descendre.

Page 1