LE MENTEUR, ACTE V, SCENE VIL
Il faut vous dire vrai , je n'aime que Lucrèce.
CLARICE , à Lucrèce.
Est-il un plus grand fourbe? et peux-tu l'écouter?
DORANTE , à Lucrèce.
Quand vous m'aurez ouï, vous n'en pourrez douter Sous votre nom, Lucrèce, et par votre fenêtre, Clarice m'a fait pièce, et je l'ai su connaître ; Comme en y consentant vous m'avez affligé, Je vous ai mise en peine , et je m'en suis vengé.
LUCRÈCE
Mais que disiez-vous hier dedans les Tuileries?
DORANTE
Clarice fut l'objet de mes galanteries...
CLA.RICE, bas, à Lucrèce.
Veux-tu longtemps encore écouter ce moqueur?
DORANTE , à Lucrèce.
Elle avait mes discours, mais vous aviez mon cœur, Où vos yeux faisaient naître un feu que j'ai fait taire, Jusqu'à ce que ma flamme ait eu l'aveu d'un père; Comme tout ce discours n'était que fiction, Je cachais mon retour et ma condition.
CLARICE , bas, à Lucrèce Vois que fourbe sur fourbe à nos yeux il entasse, Et ne fait que jouer des tours de passe -passe.
DORANTE, à Lucrèce.
Vous seule êtes l'objet dont mon cœur est charmé.
LUCRÈCE, à Dorante.
C'est ce que les effets m'ont fort mal confirmé.
DORANTE
Si mon père à présent porte parole au vôtre, Après son témoignage, en voudrez-vous quelque aulucrèce. [tre?
Après son témoignage il faudra consulter Si nous aurons encor quelque lieu d'en douter. DORANTE, à Lucrèce.
Qu'à de telles clartés votre erreur se dissipe.
(à Clarice. ) Et vous, belle Clarice, aimez toujours Alcippe ; Sans l'hymen de Poitiers il ne tenait plus rien ; Je ne lui ferai pas ce mauvais entretien; Mais entre vous et moi vous savez le mystère. Le voici qui s'avance, et j'aperçois mon père.