‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 265 sur 766 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DORANTE, CLITON

(Doran'e paraît écrivant dans une prison, elle geôlier ouvrant la porte à Clilon , et le lui montrant.)

CLITON

Ah ! monsieur, c'est donc vous ?

DORANTE

Cliton, je te revoi !

Je vous trouve, monsieur, dans la maison du roi ! Quel charme, quel désordre, ou quelle raillerie, Des prisons de Lyon fait votre hôtellerie ?

DORANTE

Tu le sauras tantôt. Mais qui t'amène ici ?

CLITON

Les soins de vous chercher.

DORANTE

Tu prends trop de souci ; Et bien qu'après deux ans ton devoir s'en avise, Ta rencontre me plaît, j'en aime la surprise ; Ce devoir, quoique tard, enfin s'est éveillé.

CLITON

Et qui savait, monsieur, où vous étiez allé ? Vousne nous témoigniez qu'ardeur et qu'allégresse, Qu'impatients désirs de posséder Lucrèce ; L'argent était touché, les accords publiés ; Le festin commandé, les parents conviés, Les violons choisis, ainsi que la journée : Rien ne semblait plus sûr qu'un si proche hyménée : Et parmi ces apprêts, la nuit d'auparavant Vous sûtes faire gille, et fendîtes le vent.

Comme il ne fut jamais d'éclipsé plus obscure, Chacun sur ce départ forma sa conjecture; Tous s'entre-regardaient, étonnés, ébahis ; L'un disait : « Il est jeune, il veut voir le pays ; » L'autre : « Il s'est allé battre, il a quelque querelle ;» L'autre d'une autre idée embrouillait sa cervelle; Et tel vous soupçonnait de quelque guérison D'un mal privilégié dont je tairai le nom.

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