‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 270 sur 766 · UR, ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

UR, ACTE I, SCÈNE IV

Philiste avec Alcippe y vient vous accorder. Votre feu père même est joué sous le masque.

DORANTE

Cette pièce doit être et plaisante et fantasque. Mais son nom?

Votre nom de guerre, le Menteur.

DORANTE

Les vers en sont-ils bons? fait-on cas de l'auteur?

CLITON

La pièce a réussi, quoique faible de style; Et d'un nouveau proverbe elle enrichit la ville ; De sorte qu'aujourd'hui, presque en tous les quartiers , On dit , quand quelqu'un ment , qu'il revient de

[Poitiers.

Et pour moi, c'est bien pis, je n'ose plus paraître. Ce maraud de farceur m'a fait si bien connaître, Que les petits enfants, sitôt qu'on m'aperçoit, Me courent dans la rue et me montrent au doigt; Et chacun rit de voir les courtauds de boutique , Grossissant à l'envi leur chienne de musique, Se rompre le gosier, dans cette belle humeur, A crier après moi : le valet du Menteur! Vous en riez vous-même !

DORANTE

Il faut bien que j'en rie.

CLITON

Je n'y trouve que rire, et cela vous décrie, Mais si bien, qu'à présent, voulant vous marier, Vous ne trouveriez pas la fille d'un huissier, Pas celle d'un recors, pas d'un cabaret même.

DORANTE

Il faut donc avancer près de celle qui m'aime. Comme Paris est loin, si je ne suis déçu, Nous pourrons réussir avant qu'elle ait rien su. Mais quelqu'un vient à nous, et j'entends du mur-

[mure.

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