LA SUITE DU MENTEUR, ACTE II, SCÈNE II
Il n'entre point chez nous ; et quand il me rencontre, Il semble qu'avec peine à mes yeux il se montre, Et prend l'occasion avec une froideur Qui craint en me parlant d'abaisser sa grandeur.
LYSE
Peut-être il est timide, et n'ose davantage.
MÉLISSE
S'il craint, c'est que l'amour trop avant ne l'engage. 11 voit souvent mon frère, et ne parle de rien
LYSE
Mais vous le recevez, ce me semble, assez bien.
MÉLTSSE.
Comme je ne suis pas en amour des plus fines, Faute d'autre j'en souffre, et je lui rends ses mines; Mais je commence à voir que de tels cajoleurs Ne font qu'effaroucher les partis les meilleurs, Et ne dois plus souffrir qu'avec cette grimace D'un véritable amant il occupe la place.
LYSE
Je l'ai vu pour vous voir faire beaucoup de tours.
MÉLTSSE.
Qui l'empêche d'entrer, et me voir tous les jours ? Cette façon d'agir est-elle plus polie ? Croit-il...?
LYSE
Les amoureux ont chacun leur folie : La sienne est de vous voir avec tant de respect, Qu'il passe pour superbe, et vous devient suspect; Et la vôtre, un dégoût de cette retenue, Qui vous fait mépriser la personne connue, Pour donner votre estime, et chercher avec soin L'amour d'un inconnu, parce qu'il est de loin.