‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 283 sur 766 · ÙH, ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ÙH, ACTE II, SCÈNE VI

LYSE

Le faut-il demander?

Et doutez-vous si c'est ma maîtresse elle-même?

' DORANTE

Quoi ! celle qui m'écrit ?

LYSE

Oui, celle qui vous aime ; A l'aimer tant soit peu vous l'auriez deviné.

DORANTE

Un si rare bonheur ne m'est pas destiné; Et tu me veux flatter par cette fausse joie.

lyse. [croie.

Quand je dis vrai, monsieur, je prétends qu'on me Mais je m'amuse trop, l'orfèvre est loin d'ici ; Donnez-moi, je perds temps.

dorante.

Laisse-moi ce souci ; Nous avons un orfèvre arrêté pour ses dettes, Qui saura tout remettre au point que tu souhaites.

LYSE

Vous m'en donnez, monsieur.

DORANTE

Je te le ferai voir.

LYSE

A-t-il la main fort bonne ?

Autant qu'on peut l'avoir.

LYSE

Sans mentir?

DORANTE

Sans mentir.

CLITON

Il est trop jeune, il n'ose.

LYSE

Je voudrais bien pour vous faire ici quelque chose; Mais vous le montrerez.

DORANTE

Non, à qui que ce soit.

LYSE

Vous me ferez chasser si quelque autre le voit.

DORANTE

Va, dors en sûreté.

LYSE

Mais enfin à quand rendre ?

DORANTE

Dès demain.

LYSE

Demain donc je viendrai le reprendre.

Je ne puis me résoudre à vous désobliger.

CLITON, à Dorante, puis à Lyse.

Elle se met pour vous en un très-grand danger. Dirons-nous rien nous deux ?

LYSE

Non.

CLITON

Comme tu mépi ises !

LYSE

Je n'ai pas le loisir d'entendre tes sottises.

CLITON

Avec cette rigueur tu me feras mourir.

LYSE

Peut-être à mon retour je saurai te guérir ; .le ne puis mieux pour l'heure : adieu.

CLITON

Tout me succède.

DORANTE, CLITON

DORANTE

Viens, Cliton, et regarde. Est-elle vieille ou laide? Voit-on des yeux plus vifs? voit-on des traits plus cliton. [doux ?

Je suis un peu moins dupe, et plus futé que vous. C'est un leurre, monsieur, la chose est toute claire ; Elle a fait tout du long les mines qu'il faut faire.

On amorce le monde avec de tels portraits, Pour les faire surprendre on les apporte exprès ; On s'en fâche, on fait bruit, on vous les redemande, Mais on tremble toujours de crainte qu'on les rende; Et pour dernière adresse, une telle beauté Ne se voit que de nuit et dans l'obscurité, De peur qu'en un moment l'amour ne s'estropie A voir l'original si loin de la copie. Mais laissons ce discours, qui peut vous ennuyer. Vous ferai-je venir l'orfèvre prisonnier?

DORANTE

Simple ! n'as-tu point vu que c'était une feinte, Un effet de l'amour dont mon âme est atteinte?

CLITON

Bon; en voici déjà de deux en même jour, Par devoir d'honnête homme, et par effet d'amour. Avec un peu de temps nous en verrons bien d'autres. Chacun a ses talents, et ce sont là les vôtres.

DORANTE

Tais-toi, tu m'étourdis de tes sottes raisons. Allons prendre un peu l'air dans la cour des prisons.

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