‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 286 sur 766 · LA SUITE DU MENTEUR, ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

LA SUITE DU MENTEUR, ACTE III, SCÈNE IV

DORANTE

Je demeure immobile, et, pour vous répliquer, Je perds la liberté même de m'expliquer. Surpris, charmé, confus d'une telle merveille, Je ne sais si je dors, je ne sais si je veille, Je ne sais si je vis ; et je sais toutefois Que ma vie est trop peu pour ce que je vous dois; Que tous mes jours usés à vous rendre service, Que tout mon sang pour vous offert en sacrifice, Que tout mon cœur brûlé d'amour pour vos appas, Envers votre beauté ne m'acquitteraient pas.

MÉLISSE

Sachez, pour arrêter ce discours qui me flatte, Que je n'ai pu moins faire, à moins que d'être ingrate. Vous avez fait pour moi plus que vous ne savez ; Et je vous dois bien plus que vous ne me devez. Vous m'entendrez un jour ; à présent je vous quitte ; Et, malgré mon amour, je romps cette visite : Le soin de mon honneur veut que j'en use ainsi ; Je crains à tous moments qu'on me surprenne ici ; Encor que déguisée, on pourrait me connaître. Je vous puis cette nuit parler par la fenêtre, Du moins si le concierge est homme à consentir, A force de présents, que vous puissiez sortir : Un peu d'argent fait tout chez les gens de sa sorte.

DORANTE

Mais, après que les dons m'auront ouvert la porte, Où dois-je vous chercher?

MÉLISSE

Ayant su la maison, Vous pourriez aisément vous informer du nom ; Encore un jour ou deux il me faut vous le taire : Mais vous n'êtes pas homme à me vouloir déplaire. Je loge en Bellecour, environ au milieu, Dans un grand pavillon. N'y manquez pas. Adieu.

DORANTE

Donnez quelque signal pour plus certaine adresse.

LYSE

Un linge servira de marque plus expresse ; J'en prendrai soin.

MÉLISSE

On ouvre, et quelqu'un vous vient voir. Si vous m'aimez, monsieur...

( Elles baissent toules deux leurs coiffes.) DORANTE.

Je sais bien mon devoir ; Sur ma discrétion prenez toute assurance.

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