RODOGUNE, ACTE II, SCÈNE
^eait sa vengeance 5 ce dur traitement-,
ait un prétexte à vaincre sa colère,
allait du temps, et, pour ne rien vous taire,
\ je me dispensais à lui mal obéir, Quand en votre faveur je semblais la trahir,
être qu'en son cœur plus douce et repentie Elle eu dissimulait la meilleure partie; Que, se voyant tromper, elle fermait les yeux,
•{"un peu de pitié la satisfaisait mieux. A présent que l'amour succède à la colère, ElUfne vous voit plus qu'avec des yeux de mère;
le cet amour je la voyais sortir, Je jure de nouveau de vous en avertir :
savez comme quoi je vous suis toute acquise. Le roi souffrirait-il d'ailleurs quelque surprise ?
RODOGUNE
Qui que ce soit des deux qu'on couronne aujour- Elle sera sa mère, et pourra tout sur lui. [d'iiui,
LAONICE
Oui que ce soit des deux, je sais qu'il vous adore :
Connaissant leur amour, pouvez-vous craindre en-
rodogune. [core?
^>ui, je crains leur hymen, et d'être à l'un des deux.
LAONICE
Quoi! sont-ils des sujets indignes de vos feux?
RODOGUNE
e ils ont même sang avec pareil mérite, TJu avantage égal pour eux me sollicite; Mais il est malaisé, dans cette égalité, Qu'un esprit combattu ne penche d'un côté. Il eh\ des nœuds secrets, il est des sympathies, Dont parle doux rapport les âmes assorties S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer. C'est par là que l'un d'eux obtient la préférence; Je crois voir l'autre encor avec indifférence; Mais cette indifférence est une aversion Lorsque je la compare avec ma passion.
Étrange effet d'amour ! incroyable chimère ! Je voudrais être à lui si je n'aimais son frère; Et le plus grand des maux toutefois que je crains, C'est que mon triste sort me livre entre ses mains.
LAONICE
Ne pourrai-je servir une si belle flamme?
RODOGUNE
Ne crois pus en tirer le secret de mon âme : Quelque époux que le ciel veuille me destiner, C'est à lui pleinement que je veux me donner. De celui que je crains si je suis le partage, irai l'accepter avec même visage; nen me le rendra précieux à son tour, devoir fera ce qu'aurait fait l'amour, tans crainte qu'on reproche à mon humeur forcée Qu'un autre quun mari règne sur ma pensée.
LAONICE
Vous craignez que ma foi vous l'ose reprocher?
RODOGUNE
Que ne puis-je à moi-même aussi bien le cacher !
LAONICE
Quoi que vous me cachiez, aisément je devine ; Et, pour vous dire enfin ce que je m'imagine, Le prince...
RODOGUNE
Garde-toi de nommer mon vainqueur :
Ma rougeur trahirait les secrets de mon cœur, Et je te voudrais mal de cette violence Que ta dextérité ferait à mon silence ; Même, de peur qu'un mot par hasard échappé Te fasse voir ce cœur et quels traits l'ont frappé, Je romps un entretien dont la suite me blesse. Adieu : mais souviens-toi que c'est sur ta promesse Que mon esprit reprend quelque tranquillité.
LAONICE
Madame, assurez-vous sur ma fidélité.