‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 322 sur 766 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CLÉOPATRE

Serments fallacieux, salutaire contrainte, Que m'imposa la force et qu'accepta ma crainte, Heureux déguisements d'un immortel courroux, Vains fantômes d'état, évanouissez-vous!

Si d'un péril pressant la terreur vous fit naître, Avec ce péril même il vous faut disparaître, Semblables à ces vœux dans l'orage formés, Qu'efface un prompt oubli quand les flots sont cal- Et vous, qu'avec tant d'art cette feinte a voilée, [mes. Recours des impuissants, haine dissimulée, Digne vertu des rois, noble secret de cour, Éclatez, il est temps, et voici notre jour. Montrons-nous toutes deux, non plus comme sujet- Mais telle que je suis, et telle que vous êtes, [tes, Le Parthe est éloigné, nous pouvons tout oser : Nous n'avons rien à craindre, et rien à déguiser; Je hais , je règne encor. Laissons d'illustres marques En quittant, s'il le faut, ce haut rang des monar- Faisons-en avec gloire un départ éclatant, [ques : Et rendons-le funeste à celle qui l'attend. C'est encor, c'est encor cette même ennemie Qui cherchait ses honneurs dedans mon infamie, Dont la haine à son tour croit me faire la foi, Et régner par mon ordre et sur vous et sur moi. Tu m'estimes bien lâche, imprudente rivale, Si tu crois que mon cœur jusque-là se ravale, Qu'il souffre qu'un hymen qu'on t'a promis en vain Te mette ta vengeance et mon sceptre à la main. Vois jusqu'où m'emporta l'amour du diadème,

HODOGUNE, AC

Voisquel sang il m écoute, et tremble pour toi-mêrne:

Tremble, te dis-je; et songe, en dépit du traité, Que, pour t'en faire un don, je l'ai trop acheté.

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