‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 324 sur 766 · CLÉOPATRE, A1NTIOCHUS, SÉLEUCUS, LAONICE · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE, A1NTIOCHUS, SÉLEUCUS, LAONICE

CLÉOPATRE

Mes enfants, prenez place. Enfin voici le jour Si doux à mes souhaits, si cher à mon amour, Ou je puis voir briller sur une de vos têtes

ie j'ai conservé parmi tant de tempêtes,

us remettre un bien, après tant de malheurs, Qui m'a coûté pour vous tant de soins et de pleurs. H peut vous souvenir quelles furent mes larmes Quand Trvphon me donna de si rudes alarmes,

pour ne vous pas voir exposés à ses coups, Tl fallut me résoudre à me priver de vous, [tes !

es peines depuis, grands dieux ! n'ai-je souffer-

Lie jour redoubla mes douleurs et mes pertes.

; votre royaume entre ces murs réduit ; Se crus mort votre père; et sur un si faux bruit

puple mutiné voulut avoir un maître.

J'eus beau le nommer lâche, ingrat, parjure, traître, 11 fallut satisfaire à son brutal désir,

le peur qu'il n'en prît, il m'en fallut choisir. »our vous sauver l'état que n'eussé-je pu faire ?

oisis un époux avec des yeux de mère,

oncle Antiochus, et j'espérai qu'en lui Votre trône tombant trouverait un appui;

à peine son bras en relève la chute, Que par lui de nouveau le sort me persécute : Maître de votre état par sa valeur sauvé, > bstine à remplir ce trône relevé :

ui parle de vous attire sa menace.

Il n'a défait Tryphon que pour prendre sa place ;

dépositaire et de libérateur

lige en tyran et lâche usurpateur.

tain l'en a puni : pardonnons à son ombre;

i bien en un seul voici des maux sans nombre. Nicanor votre père, et mon premier époux...

pourquoi lui donner encor des noms si doux,

[ue, l'ayant cru mort, il sembla ne revivre

oour s'en dépouiller afin de nous poursuivre? Passons; je ne me puis souvenir sans trembler Du coup dont j'empêchai qu'il nous put accabler: sais s'il est digne ou d'honneur ou d'estime,

lut aux dieux ou non, s'il fut justice ou crime ; Mais, soit crime ou justice, il est certain, mes fils,

mon amour pour vous fit tout ce que je fis : Ni celui des grandeurs, ni Celui de la vie

ta dans mon cœur cette aveugle furie.

s lasse d'un trône où d'éternels malheurs

omblaient chaque jour de nouvelles douleurs. Ma ie est presque usée, et ce reste inutile

Chez mon frère avec vous trouvait un sûr asile :

Mais voir, après douze ans et de soins et de maux,

Un père vous ôter le fruit de mes travaux!

Mais voir votre couronne après lui destinée

Aux enfants qui naîtraient d'un second hyménée!

A cette indignité je ne connus plus rien;

Je me crus tout permis pour garder votre bien.

Recevez donc, mes fils, de la main d'une mère,

Un trône racheté par le malheur d'un père.

Je crus qu'il fit lui-même un crime en vous l'ôtant,

Et si j'en ai fait un en vous le rachetant,

Daigne du juste ciel la bonté souveraine,

Vous en laissant le fruit, m'en réserver la peine,

Ne lancer que sur moi les foudres mérités,

Et n'épandre sur vous que des prospérités !

jMsques-ici , madame , aucun ne met en doute Les longs et grands travaux que notre amour vous Et nous croyons tenir des soins de cet amour [coûte ; Ce doux espoir du trône aussi bien que le jour; [dre Le récit nous en charme, et nous fait mieux compren Quelles grâces tous deux nous vous en devons ren- Mais afin qu'à jamais nous les puissions bénir, [dre : Épargnez le dernier à notre souvenir; Ce sont fatalités dont l'âme embarrassée A plus qu'elle ne veut se voit souvent forcée. Sur les noires couleurs d'un si triste tableau Il faut passer l'éponge, ou tirer le rideau : Un fils est criminel quand il les examine ; Et quelque suite enfin que le ciel y destine, J'en rejette l'idée, et crois qu'en ces malheurs Le silence ou l'oubli nous sied mieux que les pleurs. Nous attendons le sceptre avec même espérance , Mais si nous l'attendons, c'est sans impatience : Nous pouvons sans régner vivre tous deux contents ; C'est le fruit de vos soins, jouissez-en longtemps : Il tombera sur nous quand vous en serez lasse ; Nous le recevrons lors de bien meilleure grâce ; • Et l'accepter si tôt semble nous reprocher De n'être revenus que pour vous l'arracher.

SÉLEUCUS

J'ajouterai, madame, à ce qu'a dit mon frère Que, bien qu'avec plaisir et l'un et l'autre espère, L'ambition n'est pas notre plus grand désir. Régnez, nous le verrons tous deux avec plaisir; Et c'est bien la raison que pour tant de puissance Nous vous rendions du moins un peu d'obéissance, Et que celui de nous dont le ciel a fait choix Sous votre illustre exemple apprenne l'art des rois.

CLÉOPATRE

Dites tout, mes enfants : vous fuyez la couronne, Non que son trop d'éclat ou son poids vous étonne ; L'unique fondement de cette aversion, C'est la honte attachée à sa possession. Elle passe à vos yeux pour la même infamie, S'il faut la partager avec notre ennemie,

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