RODOGUNE, ACTE II, SCENE IV
Et qifun indigne hymen la fasse retomber Sur celle qui venait pour vous la dérober.
O nobles sentiments d'une âme généreuse ! O fils vraiment mes fils! 6 mère trop heureuse ! Le sort de votre père enfin est éclairci : Il était innocent, et je puis l'être aussi; Il vous aima toujours et ne fut mauvais père Que charmé par la sœur, ou forcé par le frère ; Et dans cette embuscade où son effort fut vain, Rodogune, mes fils, le tua par ma main. Ainsi de cet amour la fatale puissance Vous coûte votre père, à moi, mon innocence ; Et si ma main pour vous n'avait tout attenté, L'effet de cet amour vous aurait tout coûté. Ainsi vous me rendrez l'innocence et l'estime, Lorsque vous punirez la cause de mon crime. De cette même main qui vous a tout sauvé, Dans son sang odieux je l'aurais bien lavé ; Mais comme vous aviez votre part aux offenses, .le vous ai réservé votre part aux vengeances; Et, pour ne tenir plus en suspens vos esprits, Si vous voulez régner, le trône est à ce prix. Entre deux fils que j'aime avec même tendresse Embrasser ma querelle est le seul droit d'aînesse : La mort de Rodogune en nommera Fainé.
Quoi ! vous montrez tous deux un visage étonné ! Redoutez-vous son frère ? après la paix infâme Que même en la jurant je détestais dans l'âme, J'ai fait lever des gens par des ordres secrets [prêts ; Qu'à vous suivre en tous lieux vous trouverez tout Et tandis qu'il fait tête aux princes d'Arménie, Nous pouvons sans péril briser sa tyrannie. Qui vous fait donc pâlir à cette juste loi ? Est-ce pitié pour elle? est-ce haine pour moi? Voulez-vous l'épouser afin qu'elle me brave, Et mettre mon destin aux mains de mon esclave? Vous ne répondez point ! Allez, enfants ingrats, Pour qui je crus en vain conserver ces états : J'ai fait votre oncle roi, j'en ferai bien un autre ; Et mon nom peut encore ici plus que le vôtre.
SÉLEUCUS
Mais, madame, voyez que pour premier exploit...
CLÉOPATRE
Mais que chacun de vous pense à ce qu'il me doit. re sais bien que le sang qu'à vos mains je demande N'est pas le digne essai d'une valeur bien grande; Mais si vous me devez et le sceptre et le jour, Ce doit être envers moi le sceau de votre amour : Sans ce gage ma haine à jamais s'en défie ; Ce n'est qu'en m'imitani que l'on me justifie. Rien ne vous sert ici de faire les surpris : Je vous le dis encor, le trône est à ce prix ; Je puis en disposer comme de ma conquête; Point d'aîné, point de roi, qu'en m'apportantsa tête; Et puisque mon seul choix vous y peut élever, Pour jouir de mon crime il le faut achever.