PULCHÉRIE, HÉRACLIUS, MARTIAN
HÉRACLIUS
En vain il se promet que, sous cette menace, J'espère en votre cœur surprendre quelque place : Votre refus est juste, et j'en sais les raisons. Ce n'est pas à nous deux d'unir les deux maisons ; D'autres destins, madame, attendent l'un et l'autre : Ma foi m'engage ailleurs aussi bien que la vôtre. Vous aurez en Léonce un digne possesseur; Je serai trop heureux d'en posséder la sœur. Ce guerrier vous adore, et vous l'aimez de même; Je suis aimé d'Eudoxe autant comme je l'aime. Léontine leur mère est propice à nos vœux ; [nœuds, Et quelque effort qu'on fasse à rompre ces beaux D'un amour si parfait les chaînes sont si belles, Que nos captivités doivent être éternelles.
PULCHÉRIE
Seigneur, vous connaissez ce cœur infortuné : Léonce y peut beaucoup ; vous me l'avez donné, Et votre main illustre augmente le mérite Des vertus dont l'éclat pour lui me sollicite ; Mais à d'autres pensers il me faut recourir : Il n'est plus temps d'aimer alors qu'il faut mourir ; Et quand à ce départ une âme se prépare...
HÉRACLIUS
Redoutez un peu moins les rigueurs d'un barbare : Pardonnez-moi ce mot; pour vous servir d'appui J'ai peine à reconnaître encore un père en lui. Résolu de périr pour vous sauver la vie Je sens tous mes respects céder à cette envie • Je ne suis plus son fils, s'il en veut à vos jours, Et mon cœur tout entier vole à votre secours.
PULCHÉRIE
C'est donc avec raison que je commence à craindre, Non la mort, non l'hymen où l'on veut me contrain- Mais ce péril extrême où pour me secourir [dre Je vois votre grand cœur aveuglément courir.
MARTIAN
Ah! mon prince! ah! madame! il vaut mieux vous ré- Parunheureux hymen,à dissiper ce foudre. [soudre,
Au nom de votre amour et de votre amitié, Prenez de votre sort tous deux quelque pitié. Que la vertu du fils, si pleine et si sincère, Vainque la juste horreuiMjue vous avez du père, Et, pour mon intérêt, n'exposez pas tous deux...