HÉRACLIUS, ACTE IT, SCÈNE II
HERACLIUS
Que me dis-tu, Léonce? et qu'est-ce que tu veux? Tu m'as sauvé la vie; et, pour reconnaissance, Je voudrais à tes feux ôter leur récompense ; Et ministre insolent d'un prince furieux, Couvrir de cette honte un nom si glorieux; Ingrat à mon ami, perfide à ce que j'aime, Cruel à la princesse, odieux à moi-même !
Je te connais, Léonce, et mieux que tu ne crois ; Je sais ce que tu vaux, et ce que je te dois. Son bonheur est le mien, madame ; et je vous donne Léonce et Martian en la même personne ; C'est Martian en lui que vous favorisez. Opposons la constance aux périls opposés. Je vais près de Phocas essayer la prière; Et si je n'en obtiens la grâce tout entière, Malgré le nom de père, et le titre de fils, Je deviens le plus grand de tous ses ennemis. Oui, si sa cruauté s'obstine à votre perte, J'irai pour l'empêcher jusqu'à la force ouverte; Et puisse, si le ciel m'y voit rien épargner, Un faux Héraclius en ma place régner ! Adieu, madame.
PULCHERIE
Adieu, prince trop magnanime,
(Héraclius s'en va, et Pulcliérie continue.)
Prince digne en effet d'un trône acquis sans crime, Digne d'un autre père. Ah ! Phocas ! ah! tyran! Se peut-il que ton sang ait formé Martian ?
Mais allons, cher Léonce, admirant son courage, Tâcher de notre part à repousser l'orage. Tu t'es fait des amis, je sais des mécontents; Le peuple est ébranlé, ne perdons point de temps : L'honneur te le commande, et l'amour te convie.
MARTIAN
Pour otage en ses mains ce tigre a votre vie ;
Et je n'oserai rien qu'avec un juste efr'roi
Qu'il ne venge sur vous ce qu'il craindra de moi.
PULCHÉRIE
^'importe; à tout oser le péril doit contraindre. Il ne faut craindre rien quand on a tout à craindre. Allons examiner pour ce coup généreux Les moyens lesplus prompts et lesmoins dangereux.