‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 354 sur 766 · HÉRACLIUS, ACTE IT, SCÈNE II · texte numérisé non relu

HÉRACLIUS, ACTE IT, SCÈNE II

HERACLIUS

Que me dis-tu, Léonce? et qu'est-ce que tu veux? Tu m'as sauvé la vie; et, pour reconnaissance, Je voudrais à tes feux ôter leur récompense ; Et ministre insolent d'un prince furieux, Couvrir de cette honte un nom si glorieux; Ingrat à mon ami, perfide à ce que j'aime, Cruel à la princesse, odieux à moi-même !

Je te connais, Léonce, et mieux que tu ne crois ; Je sais ce que tu vaux, et ce que je te dois. Son bonheur est le mien, madame ; et je vous donne Léonce et Martian en la même personne ; C'est Martian en lui que vous favorisez. Opposons la constance aux périls opposés. Je vais près de Phocas essayer la prière; Et si je n'en obtiens la grâce tout entière, Malgré le nom de père, et le titre de fils, Je deviens le plus grand de tous ses ennemis. Oui, si sa cruauté s'obstine à votre perte, J'irai pour l'empêcher jusqu'à la force ouverte; Et puisse, si le ciel m'y voit rien épargner, Un faux Héraclius en ma place régner ! Adieu, madame.

PULCHERIE

Adieu, prince trop magnanime,

(Héraclius s'en va, et Pulcliérie continue.)

Prince digne en effet d'un trône acquis sans crime, Digne d'un autre père. Ah ! Phocas ! ah! tyran! Se peut-il que ton sang ait formé Martian ?

Mais allons, cher Léonce, admirant son courage, Tâcher de notre part à repousser l'orage. Tu t'es fait des amis, je sais des mécontents; Le peuple est ébranlé, ne perdons point de temps : L'honneur te le commande, et l'amour te convie.

MARTIAN

Pour otage en ses mains ce tigre a votre vie ;

Et je n'oserai rien qu'avec un juste efr'roi

Qu'il ne venge sur vous ce qu'il craindra de moi.

PULCHÉRIE

^'importe; à tout oser le péril doit contraindre. Il ne faut craindre rien quand on a tout à craindre. Allons examiner pour ce coup généreux Les moyens lesplus prompts et lesmoins dangereux.

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