‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 361 sur 766 · HÊRACLIUS, ACTE H, SCENE VIL · texte numérisé non relu

HÊRACLIUS, ACTE H, SCENE VIL

« Dérobe à sa fureur l'héritier de l'empire, u O vous qui me restez de iidèles sujets, « Honorez son grand zèle, appuyez ses projets ! « Sous le nom de Léonce Héraclius respire.

« Maubice. »

( Elle rend le billet à Exupère, qui le lui a donné, et continue.)

Seigneur, il vous dit vrai : vous étiez en mes mains Quand on ouvrit Bysance au pire des humains. Maurice m'honora de cette confiance ; Mon zèle y répondit par delà sa croyance. Le voyant prisonnier et ses quatre autres fils, Te cachai quelques jours ce qu'il m'avait commis; Mais enfin, toute prête à me voir découverte, Ce zèle sur mon sang détourna votre perte. J'allai pour vous sauver vous offrir à Phocas; Mais j'offris votre nom, et ne vous donnai pas. La généreuse ardeur de sujette fidèle Me rendit pour mon prince à moi-même cruelle : Mo» fils fut, pour'mourir, le fils de l'empereur. J'éblouis le tyran, je trompai sa fureur : Léonce, an lieu de vous, lui servit de victime.

( Elle fait un soupir.)

Ah ! pardonnez, de grâce; il m'échappe sans crime. J'ai pris pour vous sa vie, et lui rends un soupir; Ce n'est pas trop, seigneur, pour un tel souvenir : A cet illustre effort par mon devoir réduite, J'ai dompté la nature, et ne l'ai pas détruite.

Phocas, ravi de joie à cette illusion, Me combla de faveurs avec profusion, Et nous lit de sa main cette haute fortune Dont il n'est pas besoin que je vous importune.

Voilà ce que mes soins vous laissaient ignorer; Et j'attendais, seigneur, à vous le déclarer, Que , par vos grands exploits , votre rare vaillance Put faire à l'univers croire votre naissance, Et qu'une occasion pareille à ce grand bruit Nous put de son aveu promettre quelque fruit; Car, comme j'ignorais que notre grand monarque En eût pu rien savoir, ou laisser quelque marque , Je doutais qu'un secret, n'étant su que de moi, Sous un tyran si craint pût trouver quelque foi.

EXUPÈRE

Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice, Le forçait de ses filstt voir le sacrifice, Ce priuce vit l'échange, et Fallait empêcher ; • Mais l'acier des bourreaux fut plus prompt à tran- La mort de votre fils arrêta cette envie, [cher : Et prévint d'un moment le refus de sa vie. Maurice, à quelque espoir se laissant lors flatter, S'en ouvrit à Félix, qui vint le visiter, Et trouva les moyens de lui donner ce gage Qui vous en pût un jour rendreun plein témoignage. Félix est mort, madame, et naguère en mourant 11 remit ce dépôt à son plus cher parent ; Et m'ayant tout conté : « Tiens, dit-il, Exupère,

« Sers ton prince, et venge ton père. » Armé d'un tel secret, seigneur, j'ai voulu voir Combien parmi le peuple il aurait de pouvoir. J'ai fait semer ce bruit sans vous faire connaître ; Et, voyant tous les cœurs vous souhaiter pour maître. J'ai ligué du tyran les secrets ennemis, Mais sans leur découvrir plus qu'il ne m'est permis. Ils aiment votre nom, sans savoir davantage ; Et cette seule joie anime leur courage, Sans qu'autres que les deux qui vous parlaient là-bas De tout ce qu'elle a fait sachent plus que Phocas. Vous venez de savoir ce que vous vouliez d'elle ; C'est à vous de répondre à son généreux zèle, le peuple est mutiné, nos amis assemblés, Le tyran effrayé, ses confidents troublés. Donnez l'aveu du prince à sa mort qu'on apprête , Et ne dédaignez pas d'ordonner de sa tête.

MARTIAÎN.

Surpris des nouveautés d'un tel événement, Je demeure à vos yeux muet d'étonnement.

Je sais ce que je dois, madajne, au grand service Dont vous avez sauvé l'héritier de Maurice. Je croyais, comme fils, devoir tout à vos soins, Et je vous dois bien plus lorsque je vous suis moins ; Mais, pour vous expliquer toute ma gratitude, Mon âme a trop de trouble et trop d'inquiétude. J'aimais, vous le savez, et mon cœur enflammé Trouve enfin une sœur dedans l'objet aimé. Je perds une maîtresse en gagnant un empire : Mon amour en murmure, et mon cœur en soupire : Et de mille pensers mon esprit agité Parait enseveli dans la stupidité.

Il est temps d'en sortir,rhonneurnousle commande. Il faut donner un chef à votre illustre bande : Allez, brave Exupère, allez, je vous rejoins; Souffrez que je lui parle un moment sans témoins. Disposez cependant vos amis à bien faire ; Surtout sauvons le fils en immolant le père : Il n'eut rien du tyran qu'un peu de mauvais sans, Dont la dernière guerre a trop purgé son flanc.

EXUPÈRE

Nous vous rendons, seigneur, entière obéissance, Et nous allons attendre avec impatience.

Page 1