PÏIOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS, MARTIAN, PULCHÉRIE, CRISPE
PHOCAS
Quel est votre entretien avec cette princesse? Des noces que je veux ?
MARTIAN
C'est de quoi je la presse.
PHOCAS
Et vous Pavez gagnée en faveur de mon fils?
M VUTIAN.
Il sera son époux, elle me l'a promis.
PHOCAS
C'est beaucoup obtenu d'une Ame si rebelle. Mais quand?
rE ni, scène n.
MARTIAN
C'est un secret que je n'ai pas su d'elle.
PHOCAS
Vous pouvez m'en dire un dont je suis plus jaloux On dit qu'Héraclius est fort connu de vous : Si vous aimez mon lils, faites-le moi connaître.
MARTIAN
Vous le connaissez trop, puisque je vois ce traître.
EXUPÈRE
Je sers mon empereur, et je sais mon devoir.
MARTIAN
Chacun te l'avoûra ; tu le fais assez voir.
PHOCAS
De grâce éclaircissez ce que je vous propose. Ce billet à demi m'en dit bien quelque chose; Mais, Léonce, c'est peu si vous ne l'achevez,
MARTIAN
Nommez-moi par mon nom, puisque vous le savez;
Dites Héraclius ; il n'est plus de Léonce,
Et j'entends mon arrêt sans qu'on me le prononce.
Tu peux bien t'y résoudre après ton vain effort Pour m'arracher le sceptre et conspirer ma mort.
MARTIAN
J'ai fait ce que j'ai dû. Vivre sous ta puissance, C'eût été démentir mon nom et ma naissance, Et ne point écouter le sang de mes parents, Oui ne crie en mon cœur que la mort des tyrans. Quiconque pour l'empire eut la gloire de naître Renonce à cet honneur s'il peut souffrir un maître : Hors le trône ou la mort, il doit tout dédaigner ; C'est un lâche, s'il n'ose ou se perdre ou régner.
J'entends donc mon arrêt sans qu'on me le pro- Héraclius mourra comme a vécu Léonce, [nonce. Bon sujet, meilleur prince; et ma vie et ma mort Rempliront dignement et l'un et l'autre sort. La mort n'a rien d'affreux pour une âme bien née : A mes cotés pour toi je l'ai cent fois traînée; Et mon dernier exploit contre tes ennemis Fut d'arrêter son bras qui tombait sur ton fils.
PHOCAS
Tu prends pour me toucher un mauvais artifice : Héraclius n'eut point de part à ce service ; J'en ai payé Léonce, à qui seul était dû L'inestimable honneur de me l'avoir rendu. Mais, sous des noms divers à soi-même contraire, Qui conserva le fils attente sur le père ; Et se désavouant d'un aveugle secours, Sitôt qu'il se connaît, il en veut à mes jours. Je te devais sa vie, et je me dois justice. Léonce est effacé par le fils de Maurice. Contre un tel attentat rien n'est à balancer, Et je saurai punir comme récompenser.
MARTIAN
Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance Pour en avoir conçu la honteuse espérance ;