‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 38 sur 766 · MÉDÉE, ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

MÉDÉE, ACTE V, SCÈNE VII

Pense encore échapper à mon bras irrité? Tu redoubles ta peine avec cette insolence.

MÉDÉE

Et que peut contre moi ta débile vaillance? Mon art faisait ta force, et tes exploits guerriers Tiennent de mon secours ce qu'ils ont de lauriers. jason. [plice

Ah ! c'est trop en souffrir ; il faut qu'un prompt sup- De tant de cruautés à la fin te punisse. Sus, sus, brisons la porte, enfonçons la maison; Que des bourreaux soudain m'en fassent la raison. Ta tête répondra de tant de barbaries.

MEDEE, en l'air dans un char tiré par deux dragons.

Que sert de t'emporter à ces vaines furies ? Épargne, cher époux, des efforts que tu perds; Vois les chemins de l'air qui me sont tous ouverts; C'est par là que je fuis, et que je t'abandonne Pour courir à l'exil que ton change m'ordonne. Suis-moi, Jason, et trouve en ces lieux désolés Des postillons pareils à mes dragons ailés. Enfin je n'ai pas mal employé la journée Que la bonté du roi, de grâce, m'a donnée; Mes désirs sont contents. Mon père et mon pays, Je ne me repens plus de vous avoir trahis ; Avec cette douceur j'en accepte le blâme. Adieu, parjure : apprends à connaître ta femme, Souviens-toi de sa fuite, et songe une autre fois Lequel est plus à plaindre ou d'elle ou de deux rois.

JASON

O dieux ! ce char volant, disparu dans la nue, La dérobe à sa peine, aussi bien qu'à ma vue ; Kt son impunité triomphe arrogamment Des projets avortés de mon ressentiment. Creuse, enfants, Médée, amour, haine, vengeance, Où dois-je désormais chercher quelque allégeance ? Où suivre l'inhumaine, et dessous quels climats Porter les châtiments de tant d'assassinats ?

Va, furie exécrable, en quelque coin de terre Que t'emporte ton char, j'y porterai la guerre; J'apprendrai ton séjour de tes sanglants effets, Et te suivrai partout au bruit de tes forfaits. Mais que me servira cette vaine poursuite, Si l'air est un chemin toujours libre à ta fuite, Si toujours tes dragons sont prêts à t'enlever, Si toujours tes forfaits ont de quoi me braver ? Malheureux , ne perds point contre une telle audace De ta juste fureur l'impuissante menace; Ne cours point à ta honte, et fuis l'occasion D'accroître sa victoire et ta confusion. Misérable ! perfide ! ainsi donc ta faiblesse Épargne la sorcière , et trahit ta princesse ! Est-ce là le pouvoir qu'ont sur toi ses désirs, Et ton obéissance à ses derniers soupirs? Venge-toi , pauvre amant , Creuse le commande ; Ne lui refuse point un sang qu'elle demande, Écoute les accents de sa mourante voix , Et vole sans rien craindre à ce que tu lui dois. A qui sait bien aimer il n'est rien d'impossible. Eusses-tu pour retraite un roc inaccessible , Tigresse , tu mourras ; et malgré ton savoir , Mon amour te verra soumise à son pouvoir ; Mes yeux se repaîtront des horreurs de ta peine : Ainsi le veut Creuse , ainsi le veut ma haine. Mais quoi ! je vous écoute impuissantes chaleurs ! Allez, n'ajoutez plus de comble à mes malheurs. Entreprendre une mort que le ciel s'est gardée , C'est préparer encore un triomphe à Médée. Tourne avec plus d'effet sur toi-même ton bras , Et punis-toi, Jason, de ne la punir pas. Vains transports, où sans fruit mon désespoir s'amu- Cessez de m'empêcher de rejoindre Creuse. [se, Ma reine , ta belle âme, en partant de ces lieux , M'a laissé la vengeance, et je la laisse aux dieux ; Eux seuls, dont le pouvoir égale la justice, Peuvent de la sorcière achever le supplice. Trouve-le bon, chère ombre, et pardonne à mes feux Si je vais te revoir plus tôt que tu ne veux.

(lise tue.)

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