‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 397 sur 766 · D. ISABELLE, BLANCHE · texte numérisé non relu

D. ISABELLE, BLANCHE

D. ISABELLE

Blanche, as-tu rien connu d'égal à ma misère? Tu vois tous mes désirs condamnés à se taire, Mon cœur faire un beau choix sans l'oser accepter, Et nourrir un beau feu sans l'oser écouter. Vois par là ce que c'est, Blanche, que d'être reine : Comptable de moi-même au nom de souveraine, Et sujette à jamais du trône où je me voi, Je puis tout pourtout autre, et ne puis rien pour moi . 0 sceptres! s'il est vrai que tout vous soit possible, Pourquoi ne pouvez-vous rendre un cœur insensible? Pourquoi permettez-vous qu'il soit d'autres appas, Ou que l'on ait des yeux pour ne les croire pas ?

BLANCHE

Je présumais tantôt que vous les alliez croire; J'en ai plus d'une fois tremblé pour votre gloire. Ce qu'à vos trois amants vous avez fait jurer Au choix de don Carlos semblait tout préparer : Je le nommais pour vous. Mais enfin par l'issue Ma crainte s'est trouvée heureusement déçue ; L'effort de votre amour a su se modérer; Vous l'avez honoré sans vous déshonorer, Et satisfait ensemble, en trompant mon attente, La grandeur d'une reine et l'ardeur d'une amante.

Dis que pour honorer sa générosité,

Mon amour s'est joué de mon autorité,

Et qu'il a fait servir, en trompant ton attente,

Le pouvoir de la reine au courroux de l'amante.

D'abord par ce discours, qui t'a semblé suspect, Je voulais seulement essayer leur respect, Soutenir jusqu'au bout la dignité de reine; Et comme enfin ce choix me donnait de la peine, Perdre quelques moments, choisir un peu plus tard : J'allais nommer pourtant, et nommer au hasard : Mais tu sais quel orgueil ont lors montré les comtes, Combien d'affronts pour lui, combien pour moi de Certes, il est bien dur à qui se voit régner [hontes. De montrer quelque estime, et la voir dédaigner. Sous ombre de venger sa grandeur méprisée, L'amour à la faveur trouve une pente aisée : A l'intérêt du sceptre aussitôt attaché, Il agit d'autant plus qu'il se croit bien caché, Et s'ose imaginer qu'il ne fait rien paraître

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