D. MANRIQUE, D. LOPE , D. ALVAR
Vous voyez l'arrogance.
D. ALVAR
Ainsi les grands courages Savent en généreux repousser les outrages.
D. MANRIQUE
Il se méprend pourtant s'il pense qu'aujourd'hui Nous daignions mesurer notre épée avec lui.
D. ALVAR
Refuser un combat!
Des généraux d'armée, Jaloux de leur honneur et de leur renommée, Ne se commettent point contre un aventurier.
D. ALVAR
Ne mettez point si bas un si vaillant guerrier : Qu'il soit ce qu'en voudra présumer votre haine, Il doit être pour nous ce qu'a voulu la reine.
La reine qui bous brave, et, sans égard au sang, Ose souiller ainsi l'éclat de notre rang !
D. ALVAR
Les rois de leurs faveurs ne sont jamais comptables, Ils font, comme il leur plaît, et défont nos sembla-
D. MANRIQUE. [bleS.
Envers les majestés vous êtes bien discret. Voyez vous cependant qu'elle l'aime en secret?
D. ALVAR
Dites, si vous voulez, qu'ils sont d'intelligence, Qu'elle a de sa valeur si haute confiance, Qu'elle espère par là faire approuver son choix, Et se rendre avec gloire au vainqueur de tous trois; Qu'elle nous hait dans l'âme autant qu'elle l'adore : C'est à nous d'honorer ce que la reine honore.
D. MANRIQUE
Vous la respectez fort : mais y prétendez-vous? On dit que l' Aragon a des charmes si doux...
D. ALVAR
Qu'ils me soient doux ou non, je ne crois pas sans Pouvoir de mon pays désavouer l'estime ; [crime Et puisqu'il m'a jugé digne d'être son roi, Te soutiendrai partout l'état qu'il fait de moi. Je vais donc disputer, sans que rien me retarde, Au marquis don Carlos cet anneau qu'il nous garde; Et si sur sa valeur je le puis emporter, J'attendrai de vous deux qui voudra me l'ôter : Le champ vous sera libre.
A la bonne heure, comte ; Nous vous irons alors le disputer sans honte;