DON SANCHE D'ARAGON, ACTE IV, SCENE V
Condamner, pour vous plaire, un bruit qui m'est si Mais où sera mon fils s'il ne vit point en vous ? [doux ; On veut qu'il soit ici ; je n'en vois aucun signe : On connaît, hormis vous, quiconque en serait digne; Et le vrai sang des rois, sous le sort abattu, Peut cacher sa naissance, et non pas sa vertu : Il porte sur le front un luisant caractère Qui parle malgré lui de tout ce qu'il veut taire ; Et celui que le ciel sur le vôtre avait mis Pouvait seul m'éblouir si vous l'eussiez permis.
Vous ne l'êtes donc point, puisque vous mêle dites: Mais vous êtes à craindre avec tant de mérites. Souffrez que j'en demeure à cette obscurité. Je ne condamne point votre témérité ; Mon estime, au contraire, est pour vous si puissante, Qu'il ne tiendra qu'à vous que mon cœur n'y con- Votre sang avec moi n'a qu'à se déclarer, [sente : Et je vous donne après liberté d'espérer. Que si même à ce prix vous cachez votre race, Ne me refusez point du moins une autre grâce : Ne vous préparez plus à nous accompagner ; Nous n'avons plus besoin de secours pour régner. La mort de don Garcie a puni tous ses crimes, Et rendu l' Aragon à ses rois légitimes ; [vœux, N'en cherchez plus la gloire, et quels que soient vos Ne me contraignez point à plus que je ne veux. Le prix de la valeur doit avoir ses limites ; Et je vous crains enfin avec tant de mérites. C'est assez vous en dire. Adieu : pensez-y bien, Et faites-vous connaître ou n'aspirez à rien.